Un mardi midi de février, les mélomanes présents à la salle Le 9e ont assisté à une authentique expérience interculturelle, soit la rencontre de l’Ensemble ArtChoral et de l’identité juive dans le chant choral, sacré ou profane. Ce concert coïncidait avec la sortie de l’album Hallelujah chez ATMA classique, dont l’objet était le même que celui de ce superbe programme.
D’entrée de jeu, la musique chorale du compositeur montréalais Jaap Nico Hamburger exhalait une spiritualité évidente. Les airs de The Uninterrupted Melody étaient exposés en deux temps relativement courts: d’abord une séquence lente et soyeuse avec ce titre de complainte How long will you forget me, forever? , suivie de Rescue them, discours plus syncopé que les voix féminines auront dominé. Ce travail s’inscrit dans le répertoire contemporain des musiques enclines à la spiritualité, juive dans le cas qui nous occupe.
Ce concert, a-t-on observé, ne fut pas calqué sur le nouvel album. Le rôle accru de l’excellent ténor Gideon Zelermyer, qui a participé à l’album Hallelujah et à qui l’on doit la direction chorale de la synagogue montréalaise Shaar Hashomayim, à mon sens la contribution musicale la plus marquante de l’ultime album de Leonard Cohen, You Want It Darker.
La première intervention du ténor consistait à interpréter avec ArtChoral la pièce Min Hametzar, composée en France au 19e siècle par un compositeur juif, Jacques Fromental Halévy. La langue et le texte confèrent la singularité de ce chant choral s’inscrivant dans une esthétique européenne, pas exactement orientale.
La pièce qui suivit était assurée par le chœur sans soliste principal, un air d’Ernest Bloch composé au 20e siècle, Y’Hiyu L’ratzon. Encore là, le chant est typique de sa modernité chorale, seul le texte le distingue de l’époque dont il est issu. On enchaîna par un chant de même lignée, mais avec plus de profondeur mélodico-harmonique, gracieuseté de Leonard Bernstein, typique des grands chœurs modernes des années 50 et 60.
On peut aussi associer cette esthétique occidentale au personnel du chœur en tant que tel, si on le compare aux chœurs juifs de musique sacrée, traditionnellement masculins dans les offices orthodoxes.
On trouve des inflexions vocales particulières à ces chœurs masculins et aussi des vocalises du cantor, non sans rappeler celles de la musique baroque ou ancienne d’Europe, sans compter certains micro-intervalles au-dessous ou au-dessus de la note que prévoit le système tonal.
ArtChoral peut se rapprocher de ces pratiques, mais reste différent par sa mixité et sa laïcité, ce qui n’est aucunement une entrave à cette communion avec le cantor Gideon Zelermyer, ténor de haut niveau, dont la formation a été parachevée auprès d’un maître cantor de Jérusalem, Naftali Herstik, décédé en 2024. On aura d’ailleurs eu droit à deux œuvres de son cru en fin de programme, Unetane Tokef et Michtam L’David/Psaume 16.
Ces deux brillantes interprétations furent entrelardées de l’incontournable Hallelujah de notre Leonard Cohen national, exécutée en version chorale avec un relai de solistes des plus créatifs selon un arrangement créatif d’Andre van der Merwe. Excellent choix de la direction artistique assurée par le chef d’ArtChoral, Matthias Maute.
Voilà qui nous confirme une fois de plus l’effet bénéfique, voire salvateur de la musique dans les existences interculturelles des êtres humains de bonne volonté.
























