Pour l’avant-dernier concert de sa saison, Arion Orchestre Baroque invitait le public mélomane montréalais à une plongée dans l’Italie baroque. L’Italie dans tout ce qu’elle a de « caricatural », pour reprendre les mots que le directeur artistique a adressés au public, où les émotions sont exprimées à l’état brut.
Car c’est bien les émotions : la peine et la douleur certainement, mais aussi l’amour, l’amitié, la joie et l’allégresse qui traversent ce programme concocté par la claveciniste et cheffe invitée Marie van Rhijn. Un programme qui, aussi, mettait à l’honneur les compositrices en cette fin de semaine de la Journée internationale des droits des femmes.
Pour traduire et communiquer les différents affects de ces œuvres, c’est la voix qui était mise à l’honneur avec la contralto française Anthea Pichanik. Dans la première partie qui s’ouvrait avec la cantate Cessate, omai cessate d’Antonio Vivaldi, la puissance de son instrument nous a saisis, de même que son interprétation incarnée de ce personnage d’amoureux rejeté qui se lamente d’avoir été rejeté par sa Dorilla. Pichanik possède un timbre riche et cuivré dans son médium, des aigus et des graves charnus, que l’on perdait cependant parfois dans la masse orchestrale et dans certaines fins de phrases, mais qui était d’une stature et d’une incarnation sur scène ancrée et engagée. Dans l’extrait de la cantate Pallade et Marte de Maria Margherita Grimani, l’air du dieu Mars, une marche triomphante au style assez guerrier, mais qui conserve une parure très légère, a été rendu avec preste. C’est surtout le dialogue entre le violoncelle et le basson qui retient l’attention dans cette œuvre. Composée originalement pour violoncelle et théorbe obligé, Marie van Rhijn a adapté ce en remplaçant le théorbe par le basson en lui écrivant une ligne spécifique, au grand plaisir de Mathieu Lussier. Le dialogue entre les deux instruments illustrait bien la relation des deux protagonistes, soit Athéna et Mars, avec un échange quasi humoristique qu’on n’imaginait pas possible de cette manière dans le répertoire du XVIIIᵉ siècle. Un court concerto pour clavecin, sous-titré « Madrigalesco » de Vivaldi, servait de liant entre ces deux pièces de la première partie pour témoigner de la richesse harmonique du langage du compositeur.
La deuxième partie était entièrement dédiée à la voix avec des extraits de la Serenata Ulisse in Compania de Maria Teresa Agnesi et de la cantate Il pianto di Maria de Giovanni Battista Ferrandini, dont le nom a inspiré le titre de ce concert. Cette cantate de Ferrandini, à l’image d’un Stabat Mater, relate les souffrances de la mère du Christ à la vue de son fils sur la croix. Originellement composée pour soprano, la version de ce concert a été transposée une tierce plus bas. Trop haute pour un contralto dans la tonalité originale et même trop grave pour une soprano, cette version adaptée pour l’occasion pour la voix qui était sur scène conférait à l’œuvre une sonorité très maternelle. Dans la cavatine « Se d’un Dio fui fatta Madre » – la Vierge exprime sa douleur et même son indignation de voir mourir son fils. La ligne musicale et harmonique est simple, mais d’une grande richesse, portée avec chaleur par la voix de Pichanik et soutenue par l’orchestre et Marie van Rhijn dans un phrasé et une direction d’une intensité frissonnante et touchante.
Avec une programmation qui allie cette année un savant mélange de compositeurs connus et de découvertes, avec notamment le tiers de sa programmation 25-26 consacré aux compositrices, Arion continue d’apporter un vent de fraîcheur et une variété bienvenue dans le répertoire de la musique des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles sur la scène montréalaise.
crédit photo: Elliana Zimmerman























