Pour ouvrir sa 45e saison, Arion Orchestre Baroque a repris cette formule des Concerts de la Reine. Sous l’égide de Marie Leszcynska, épouse de Louis XV entre 1725 et 1762, les Concerts de la Reine proposaient à la cour des extraits d’œuvres vocales ou encore des mouvements de symphonies, plus propices au cadre des appartements royaux et des salons privés. Dans le faste des salles de bal des palais royaux, des œuvres étaient ainsi jouées pour le plaisir de la royauté. C’est dans cette idée d’agencement de pièces hétéroclites que Mathieu Lussier a construit le répertoire de ce concert, de la musique instrumentale à la musique vocale.
Dans cette thématique sous-jacente de la féminité, Arion a donc ouvert sa saison avec l’œuvre d’une compositrice – une première pour l’ensemble en 45 ans. Tirés d’un petit opéra pastoral, proprement nommé Le Concert, les airs, symphonies et danses de Mademoiselle Laurant possédaient une légèreté et un lyrisme bien d’époque oscillant entre caractère animé, intérieur et royal. En comparaison, les extraits tirés du Prologue de l’opéra-ballet Les Génies ou Les Caractères de l’Amour d’une certaine Madame Duval présentaient des dynamiques d’une grande variété, notamment l’ « Air des Génies », particulièrement originales dans leur construction multi-thématique.
Outre ces deux compositrices, s’il y avait une reine lors de cette édition, c’était bien la soprano canadienne Emma Fekete. Lauréate en 2024 du concours Laffont du Metropolitan Opera pour le District de Caroline du Sud et du Sylva Gelber Music Foundation Award, boursière de la Fondation Père Lindsay (Développement de carrière) et de la Fondation Jeunesses musicales du Canada, le répertoire du XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècle ne figurait pas encore à l’ardoise de la jeune artiste lyrique qu’on a pu surtout entendre dans Carmen (Frasquita), Le nozze di Figaro (Barbarina) et L’enfant et les sortilèges (Bergère, Pastourelle).
Le travail qu’elle a effectué pour sculpter sa voix dans l’esthétique vocale de l’époque baroque était tout simplement excellent. Les aigus cristallins sont précis, la ligne vocale se fond dans la masse orchestrale avec un grand contrôle du timbre et l’articulation ainsi que la prononciation sont d’une grande clarté.
Particulièrement enlevante a été l’interprétation de l’aria « Vents furieux, tristes tempêtes », extrait de la comédie-ballet La Princesse de Navarre de Jean-Philippe Rameau. Le roulement constant et haletant de l’orchestre qui illustrait le caractère tempétueux de l’orage était magnifié par la prestation engagée et incarnée d’Emma Fekete. Dans chacun des morceaux qu’elle a interprétés, la soprano a fait montre d’une maitrise de la forme ainsi que d’une forte présence scénique, conférant à chacun des extraits le relief approprié, que ce soit dans l’imagé « Rossignols amoureux » d’Hippolyte et Aricie ou les airs rarement joués de Scylla et Glaucus de Jean-Marie Leclair. Emma Fekete a conquis le public à chacune de ses interventions par son timbre lumineux et l’intelligence de ses interprétations.
Devant un parterre honnête, les troupes de Mathieu Lussier ont donné le coup d’envoi à une saison qui, à l’image des intentions de son directeur artistique, vise à mettre en valeur le répertoire de compositeurs et compositrices peu joués ainsi que la richesse et la variété que le XVIIIe siècle musical a à offrir.
crédit photos : Tam Photography























