Alain Caron, le bassiste électrique virtuose, connu internationalement pour ses performances avec le groupe jazz-fusion UZEB dans les années 80 et 90, s’est fait plus discret au cours de la dernière décennie. Toutefois, sa collaboration avec l’Orchestre National de Jazz de Montréal, l’an dernier, avait attiré beaucoup d’oreilles, au point où il a été décidé de renouveler l’expérience, ce 12 mars. Pour le bonheur des spectateurs dans une Cinquième Salle de la Place des Arts à guichets fermés.
À observer les spectateurs.trices, il était pour moi évident qu’au moins la moitié étaient des fans absolus de jazz-fusion et de rock progressif, en tout cas davantage que de vents et de cuivres jazz. Et pourquoi pas?
Rappelons que ce concert découle d’une collaboration d’Alain Caron avec le WDR Big Band de Cologne, en 2005. Le directeur de cet ensemble, l’américain Michael Abene, avait arrangé des compositions du bassiste prodige pour grand ensemble. L’ONJM, sous la direction de Marianne Trudel, a entrepris de faire revivre cette rencontre, tout en laissant la place à des moments d’improvisation qui ont permis d’actualiser la proposition musicale d’il y a 20 ans.
Pour tout vous avouer, le jazz-fusion m’agace souvent, incluant certains albums d’UZEB et d’Alain Caron. Trop d’artifices inutiles, des guitares et synthés trop bruyants qui enterrent les subtilités; des multiplications de notes savantes, mais dépourvues d’âme. Par contre, quand Caron opte pour des chemins plus jazzy, comme dans Conversations (2008), il se révèle un grand mélodiste de la basse.
Et voilà qu’avec ce format ou Alain Caron se retrouve avec ce big band savant, tous ces effets caricaturaux disparaissent comme par magie, pour jazz-fusionner le meilleur de ces deux mondes. À partir de Pac Man, le premier morceau, j’ai pris mon pied pendant près de deux heures de musique. À ma grande surprise.
Alain Caron était accompagné du légendaire batteur Paul Brochu, complice d’UZEB et du claviériste John Roney, en plus des artilleurs de l’ONJM. Bien sûr, Caron nous a livré des solos audacieux sur ses deux basses à six cordes; mais l’essentiel de sa performance était basé sur la musicalité davantage que sur les effets. À part la dernière pièce, funky à souhait, où il s’est complètement déchaîné.
Quand à ce big band, il a, une fois de plus brillé. Il faut dire que les arrangements de Michael Albene lui fournissaient beaucoup de possibilités. Je n’ai jamais vu autant de cuivres et de vents utilisés dans un concert de l’ONJM. On a même entendu du saxophone basse, un gigantesque équivalent du tuba ainsi que du EWI, un des premiers saxes-synthétiseurs utilisé dans les années 80.
Sans rien enlever aux autres, le pupitre des saxophones s’est vraiment éclaté. Notamment David Bellemare au EWI et Jean-Pierre Zanella, dans un long solo torride, sur l’excellente Lower East Side, où nous nous retrouvions dans une atmosphère qui mélangeait Lalo Schifrin, le compositeur du thème de Mission Impossible et le groupe new-yorkais The Lounge Lizards, qualifié de punk-jazz dans les années 80.
Tout au long de la soirée, la lumineuse cheffe Marianne Trudel nous a fait partager son plaisir d’être sur scène avec ces musiciens aussi différents, mais passionnants et passionnés.
Je me suis dit que, peut-être, ce genre de rencontre peut convaincre un public plus attiré par le rock de s’ouvrir au jazz. Souhaitons-le.























