expérimental / contemporain / improvisation libre

Semaine du Neuf | Suite et fin dans l’improvisation totale

par Alain Brunet

La Semaine du Neuf s’est conclue dimanche sur un concert d’improvisation libre, gracieuseté de Limules et No Hay Banda, voilà un signe des temps puisque ce qui fut longtemps associé aux musiques dites contemporaines était un prolongement de la culture occidentale de souche européenne,et donc de ladite musique classique radicalement transformé au fil des 100 dernières années. La pratique de l’improvisation avait été progressivement abandonnée en Europe au 19e siècle, la revoilà de plus en plus intégrée au corpus des musiques de création, bien au-delà du jazz (longtemps méprisé par le monde classique) et des formes plus simples que sont le blues ou le rock.

À mon sens, la meilleure partie de cette soirée dominicale du 15 mars fut la première, malgré les carences de la sonorisation dans un contexte de ténuité volontaire. Les sons émanant de la clarinette (Xavier Charles), de la basse électrique et objets sonores (Éric Normand), du piano  (Barbara Dang), de la batterie (Peter Orins), de l’électronique (Anne-F Jacques) se sont fondus dans un long continuum dont il fallait s’imprégner dans un contexte pas tout à fait idéal à l’entreprise. M’étant déplacé pour photographier l’exécution , j’ai constaté que le son était nettement plus intelligible à proximité de la formation installée sur le flanc droit de la Sala Rossa. Il eut donc fallu une amplification plus adéquate pour rendre justice à cette impro collective. Mais bon, on a pu quand même se laisser imprégner de cette proposition aux vertus hypnotiques.

En deuxième partie, No Hay Banda: nadie nos quita lo bailado, un concept de la Colombienne Ana María Romano Gómez , compositrice, artiste sonore et artiste interdisciplinaire. Ainsi, la musicienne a lié son expertise aux improvisateurs.trice réunis par No Hai Banda : Pablo Jiménez, contrebasse, Lori Freedman, clarinette basse, Noam Bierstone, percussions + électronique, Daniel Áñez, ondes Martenot. Les trames de la compositrices devaient alors fusionner avec l’improvisation. Puissants effets de réverbération au programme, enregistrements de manifestations anti-impérialistes passés dans plusieurs « tamis » électroniques et autres fréquences diverses mises de l’avant par la compositrice et improvisatrice. L’équilibre entre sons électronique et exécution instrumentale a fait l’objet d’une d’une spatialisation suscitant cette question : comment sonoriser idéalement une proposition non instrumentale et ainsi fusionner idéalement avec les humains qui actionnent  en temps réel des machines à sons mises au point avant (ou bien avant) l’époque actuelle? Quelle était la balance recherchée dimanche ? Ce fut une question difficile à répondre en ce qui me concerne, car je m’intéresse aux propositions de fusion électronique-instrumentale depuis belle lurette, et il m’apparaît encore complexe d’aboutir à un alliage concluant.

Nous aurons d’innombrables occasions d’en débattre au fil des prochaines Semaines du Neuf, dont le Vivier peut se targuer d’avoir réussi sa 3e édition. 

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expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | (MTL X Monterrey) + (saxes + danse) = Le souffle des corps

par Jeremy Fortin

Une collaboration entre compositeur et chorégraphe où la musique et la danse ne font qu’un, voilà ce qu’ont suggéré deux quartettes, un constitué de saxophonistes et un autre de danseurs.euses. Quasar présentait mercredi le fruit de sa collaboration avec l’École supérieure de musique et de danse de Monterrey.  Dans une salle comble, les dix artistes (4 musiciens et 6 danseurs) ont su immerger le public dans leur univers pour la première canadienne de ce concert Le souffle des corps.

Du compositeur mexicain Alejandro Padilla et de la chorégraphe québécoise Danièle Desnoyers, Ouverture  marque le début du programme. Dans le noir, on entend des coulisses  le souffle des saxophonistes. Se faisant parallèlement aux danseurs, leur arrivée sur scène se produit dans ce souffle saccadé des instrumentistes. Alors que les danseurs effectuent leurs mouvements en réaction aux attaques à l’air des saxophonistes, la pièce s’intensifie avec l’arrivée des slaps, ce qui génère des mouvements encore plus soudains du côté des danseurs. La pièce se poursuit en crescendo, complexifiant le langage de la pièce et libérant les mouvements des danseurs.
Parsemé d’interludes musicaux imaginés par Chantale Laplante, le programme s’enchaîne de manière continue afin de maintenir l’attention du public face aux mouvements qui produisent sur scène. 

Suit Antichambre, du compositeur Eduardo Caballero et la chorégraphe Lila Geneix. À chaque coin de la scène, les quatre saxophonistes exécutent une série de sons filés qui, au fil de la pièce, s’intensifient autant sur le plan du volume que de la dissonance des accords effectués par le quatuor illustré par une certaine tension chez les danseurs.

Tres espacios, du compositeur Olivier St-Pierre et du chorégraphe mexicain Jaime Sierra, explore le mouvement caractérisé par des sons filés chez les instrumentistes.  Cette pièce acquiert progressivement du relief avec l’utilisation de slap et de polyrythmie. 

Cette progression musicale se reflète donc aussi chez les danseurs qui concluent la pièce librement occupant l’entièreté de la scène dansant au son du saxophone. 

Strange Attractor est composée par le seul binôme entièrement mexicain, soit le compositeur Miguel Vélez et la chorégraphe Brisa Escobedo. Amorcés en face à face, les mouvements des danseurs sont dictés par le bruit des clés actionnées par les saxophonistes. Construite en crescendo, cette pièce est ponctuée d’une brève chute avant une relance à toute allure dans une chorégraphie où les danseurs sont déchirés entre deux mouvements opposés qui se battent.

Le programme se conclut sur Une même voix, de la compositrice québécoise Sophie Dupuis et du chorégraphe mexicain Daniel Luis. Successivement, danseurs et saxophonistes entrent sur scène. La pièce se construit de cette manière, chaque saxophoniste jouant un motif différent. Cet amalgame de motifs génère une  rythmique irrégulière alimentant la musique et les mouvements des danseurs.  

En somme, la musique aura permis de créer un dialogue concluant entre instrumentistes et danseurs, entre Montréal et Monterrey.

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expérimental / contemporain / improvisation libre / musique actuelle

Semaine du Neuf | Nous perçons les oreilles: l’abandon du corps et de l’esprit à la musique

par Alexandre Villemaire

Nous perçons les oreilles, duo formé du couple d’instrumentistes Jean Derome et Joane Hétu, présentait à la conviviale black box qu’est La Chapelle Théâtre La Chapelle, le 14 mars 2026, une collaboration en improvisation libre avec les danseuses Sarah Bild et Susanna Hood. Une création qui rendait hommage à la musicalité des corps, dans la lignée de la thématique qui a jalonné cette édition de la Semaine du Neuf.

Quand on pénètre dans l’enceinte de La Chapelle, nous sommes accueillis par un large plateau ouvert avec comme seule installation trois micros et une table avec, disposé sur celle-ci, une panoplie d’objets et d’instruments hétéroclite que Joane Hétu et Jean Derome utiliseront pour façonner l’univers musical qui sera créé sous nos yeux. Car, bien que l’œuvre soit titrée Aux confluents des âmes, il n’y a pas de thématique sous-jacente ou de point d’ancrage organisé qui vient formellement guider la forme. Le seul élément qui traverse la réalisation de cette œuvre, c’est la volonté exprimée dans la note de programme, rédigée à quatre mains, par les protagonistes :

Le corps, la voix, le rythme
s’invitent mutuellement à aller l’un vers l’autre,
à tisser une trame invisible
où le rêve prend forme,
où l’histoire s’écrit à vue.

C’est un exercice fascinant d’assister au déploiement de cet univers sonore et visuel éphémère et, en tant que spectateur et auditeur, de s’amuser à créer des liens et à faire sa propre trame narrative. C’est ce qui rend l’expérience unique. Les différents sons générés par les deux musiciens tantôt avec des assiettes d’aluminium, wood-block, sifflet à coulisse, bouteille d’eau, ocarina, tambour-tonnerre, archet, mélodica, éventail, bruits de bouche divers, nous ont personnellement évoqué tantôt des froissements de feuilles mortes, des paysages naturels, tantôt des thématiques comme la mort, la folie, la naissance. Une idée est lancée par une texture, un mouvement et les interprètes se répondent, s’adaptent, pour créer des moments où musique et corps deviennent interreliés.

Saluons par ailleurs la concentration des danseuses Sarah Bild et Susanna Hood du duo Frying Pan qui ont offert un relief bien particulier aux différents temps de cette performance, que ce soit bien sûr par leurs gestes signifiants, mais par leur expression qui apportait une touche de théâtralité à l’œuvre.

En deuxième partie de cette soirée, la performance intitulée Du vivant, regroupant Jean-François Laporte et sa Table de Babel (Totem Contemporain) et le groupe Tours de Bras, avec Éric Normand (basse électrique et objets), Philippe Lauzier (clarinette basse et objets) ainsi qu’Annie Saint-Jean (projections et manipulation d’images). Ils sont venus apporter un complément stylistique à cette soirée.

 

crédit photo: Marie-Ève Labadie

Alors que la complexité de la performance en première partie se jouait sur l’immédiateté de l’instant présent et avec des instruments, la performance de cette co-production de Totem Contemporain et Tour de Bras misait sur une complexité sonore plus étendue et générée par des moyens techniques plus élaborés.

 Il y avait quelque chose de transcendantal et quasi méditatif de voir et d’entendre cet assemblage sonore porté entre autres par la lutherie imaginative de Laporte avec notamment cette puissance générée par un klaxon de camion propulsé par un compresseur. Deux approches, deux complémentarités face à la matière, mais le même sentiment d’abandon et de renoncement à la musique, autant pour les musiciens que pour le public.

crédit photo d’en-tête: Céline Côté

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musique de film

La magie de Miyazaki prend vie avec l’Orchestre FILMharmonique

par Frédéric Cardin

Samedi soir, l’Orchestre FILMharmonique rendait hommage au compositeur Joe Hisaishi, fidèle partenaire du réalisateur Hayao Miyazaki, génie du film d’animation japonais. Du coup, c’était tout l’univers magique et bienfaisant des personnages de Miyazaki qui prenait vie dans l’esprit et le cœur du public qui remplissait la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal. 

Classicisme impeccable

La musique de Hisaishi est d’un classicisme romantique impeccable. Les mélodies soyeuses portées par les cordes côtoient le pépiement de couleurs agréables des bois et percussions ainsi que les élans parfois héroïques des cuivres. C’est une musique tout en tonalités caressantes, baignée dans des harmonies sécuritaires, mais qui, grâce au talent du compositeur, évitent à la musique dans son ensemble, la banalité d’une écriture sans inspiration. Hisaishi nous entraîne avec lui dans ce monde de douceur et de beauté toute simple, habité par un supplément d’âme d’émerveillement juvénile. 

Cela dit, comme le mentionnait le chef Francis Choinière lors de l’une de ses interventions (courtes et efficaces, soulignons-le), le monde de Miyazaki (et en corollaire la musique de Hisaishi) porte en lui, à parts égales, la naïveté de l’enfance à travers ses mondes féériques et une dose sentie de réflexion plus avancée sur la crise environnementale, le passage à l’âge adulte, et la liberté. 

De Kiki à Mononoké en passant Totoro

Kiki la petite sorcière a lancé la soirée avec son thème si délicat. Puis, l’extrait Requiem de Nausicaa de la Vallée du Vent nous a rappelé les racines classiques de Hisaishi avec cette mélodie issue de la Passacaille de Haendel, habilement détournée pour les besoins de cette trame sonore. Un extrait de la musique de Princesse Mononoké, magistrale partition curieusement peu soulignée dans ce concert, enchaînait avant de plonger dans une substantielle suite de thème de l’un des films les plus emblématiques de Miyazaki : Mon voisin Totoro. La plume de Hisaishi pour ce film d’une exquise douceur et simplicité s’épanouit avec des mélodies attachantes aux cordes et des traits fins, graciles, aux bois, avec des teintes gershwinesques qui ressortent fortement à certains endroits. Pas de grands vilains méchants dans ce film et sa partition, pas de drame larmoyant, pas de bataille rangée, juste la tendresse amicale et fascinée de la découverte d’un monde parallèle rempli de gentilles créatures. Une musique qui fait tellement de bien. 

La deuxième partie du concert nous donnait deux longues suites de deux films incontournables du canon miyazakien : Le Voyage de Chihiro et le Château ambulant. Si Chihiro n’est pas démuni de passages efficaces, c’est Le Château ambulant qui se démarque. surtout avec cette valse tellement mémorable. Mais pas que, car l’histoire, bien que du classique Miyazaki, recèle néanmoins certains des moments les plus épiques dans tous les films du maître. La musique reflète cela avec beaucoup d’acuité, tout en demeurant scotchée aux leitmotivs du compositeurs : simplicité et qualité. 

Deux rappels, dont une reprise du thème de Totoro avec tout le public comme chorale ad hoc. Tout le monde est sorti de la salle en fredonnant To to-ro, To tooo Ro. 

Un seul bémol : l’amplification utilisée donne une coloration filtrée et moins naturelle aux cordes. On se met à souhaiter que l’Orchestre FILMharmonique se produise plutôt à la Maison symphonique. Mais bon, c’est un détail finalement peu conséquent sur la réussite de cette soirée enchanteresse qu’on serait prêts à reprendre n’importe quand. 

Et ce n’importe quand pourrait être le 21 mars à Québec, car le même programme sera donné au Grand Théâtre. Gens de la capitale, ne manquez pas ça.  

DÉTAILS ET BILLETS

expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | Ictus & Ula Sickle, la force du collectif

par Pietro Freiburger

Dans le cadre de la Semaine du Neuf, les 13 et 14 mars, les artistes du groupe contemporain Ictus se sont produits à l’Espace Wilder, avec une chorégraphie d’Ula Sickle. Au programme, plusieurs pièces ont été composées entre 1975 et aujourd’hui, dont Music for Holding Present de Didem Coşkunseven (2023), qui donne son nom au spectacle.

Dès que je suis entré dans l’Espace Orange, les danseurs, à leur tour, agitaient un drapeau noir. Ce qui m’a frappé, c’était la couleur, d’une certaine manière liée à l’atmosphère de ce qui a suivi, ainsi que la rotation entre les membres de l’ensemble, fluide mais en même temps intense.

L’impact de ce spectacle est puissant, car il exprime la force du collectif entendu comme une collaboration forte entre individus. Et en même temps, il y avait quelque chose d’intensément primitif dans tout cela, ce qui faisait penser à ce « noir » du drapeau initial. 

Comme une déclaration du fil conducteur de la série, une sorte de primordialité à la fois individuelle et collective, invisible et perceptible. Les séquences parlées utilisées dans certaines œuvres étaient également très efficaces, où les danseurs répétaient des mots et de courts fragments comme pour réveiller le public d’une hypnose qui, en effet, a eu lieu. 

Et la musique a contribué à toute cette atmosphère, créant des moments parfois tendus et parfois extatiques qui renforçaient la cohésion appréciable entre les danseurs, très spontanées dans leurs interactions. 

De bons retours du public, qui a apprécié la complexité collective du spectacle.

Crédit photo : Philippe Latour

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Alain Caron et l’ONJM enflamment la 5e Salle !

par Michel Labrecque

Alain Caron, le bassiste électrique virtuose, connu internationalement pour ses performances avec le groupe jazz-fusion UZEB dans les années 80 et 90, s’est fait plus discret au cours de la dernière décennie. Toutefois, sa collaboration avec l’Orchestre National de Jazz de Montréal, l’an dernier, avait attiré beaucoup d’oreilles, au point où il a été décidé de renouveler l’expérience, ce 12 mars. Pour le bonheur des spectateurs dans une Cinquième Salle de la Place des Arts à guichets fermés. 

À observer les spectateurs.trices, il était pour moi évident qu’au moins la moitié étaient des fans absolus de jazz-fusion et de rock progressif, en tout cas davantage que de vents et de cuivres jazz. Et pourquoi pas? 

Rappelons que ce concert découle d’une collaboration d’Alain Caron avec le WDR Big Band de Cologne, en 2005. Le directeur de cet ensemble, l’américain Michael Abene, avait arrangé des compositions du bassiste prodige pour grand ensemble. L’ONJM, sous la direction de Marianne Trudel, a entrepris de faire revivre cette rencontre, tout en laissant la place à des moments d’improvisation qui ont permis d’actualiser la proposition musicale d’il y a 20 ans. 

Pour tout vous avouer, le jazz-fusion m’agace souvent, incluant certains albums d’UZEB et d’Alain Caron. Trop d’artifices inutiles, des guitares et synthés trop bruyants qui enterrent les subtilités; des multiplications de notes savantes, mais dépourvues d’âme. Par contre, quand Caron opte pour des chemins plus jazzy, comme dans Conversations (2008), il se révèle un grand mélodiste de la basse. 

Et voilà qu’avec ce format ou Alain Caron se retrouve avec ce big band savant, tous ces effets caricaturaux disparaissent comme par magie, pour jazz-fusionner le meilleur de ces deux mondes. À partir de Pac Man, le premier morceau, j’ai pris mon pied pendant près de deux heures de musique. À ma grande surprise.

Alain Caron était accompagné du légendaire batteur Paul Brochu, complice d’UZEB et du claviériste John Roney, en plus des artilleurs de l’ONJM. Bien sûr, Caron nous a livré des solos audacieux sur ses deux basses à six cordes; mais l’essentiel de sa performance était basé sur la musicalité davantage que sur les effets. À part la dernière pièce, funky à souhait, où il s’est complètement déchaîné.  

Quand à ce big band, il a, une fois de plus brillé. Il faut dire que les arrangements de Michael Albene lui fournissaient  beaucoup de possibilités. Je n’ai jamais vu autant de cuivres et de vents utilisés dans un concert de l’ONJM. On a même entendu du saxophone basse, un gigantesque équivalent du tuba ainsi que du EWI, un  des premiers saxes-synthétiseurs utilisé dans les années 80. 

Sans rien enlever aux autres, le pupitre des saxophones s’est vraiment éclaté. Notamment David Bellemare au EWI  et Jean-Pierre Zanella, dans un long solo torride, sur l’excellente Lower East Side, où nous nous retrouvions dans une atmosphère qui mélangeait Lalo Schifrin, le compositeur du thème de Mission Impossible et le groupe new-yorkais The Lounge Lizards, qualifié de punk-jazz dans les années 80. 

Tout au long de la soirée, la lumineuse cheffe Marianne Trudel nous a fait partager son plaisir d’être sur scène avec ces musiciens aussi différents, mais passionnants et passionnés. 

Je me suis dit que, peut-être, ce genre de rencontre peut convaincre un public plus attiré par le rock de s’ouvrir au jazz. Souhaitons-le. 

expérimental / contemporain / Multidisciplinaire / Musique de création

Semaine du Neuf | Lovemusic, entrechoquements des corps et des sons

par Jeremy Fortin

Jeudi, le collectif Lovemusic présentait à la Chapelle scène contemporaine, Protest of the physical. Un concert audacieux où la rencontre entre le corps et la musique est au centre des questionnements. Résultat? Un programme diversifié exécuté avec une grande sensibilité par les membres du collectif qui toutefois rate parfois la cible.

Le concert démarre sur In die Ferne, dem Berg zu de la compositrice allemande Annette Schlünz et la chorégraphe Anne-Hélène Kutujonsky. À mon sens l’une de ses réussites du concert, la pièce débute avec les musiciens qui laissent tomber une poignée de cailloux au sol. Cette relation entre les cailloux et les musiciens est certes ambiguë, mais ceux-ci ont une certaine importance pour les interprètes. Une fois qu’ils ont rejoint leurs instruments, les artistes du groupe s’entremêlent sur la scène, continuant de souffler comme si leur instrument faisait partie d’eux et que leur respiration en émanait. 

La pièce conclut comme elle a commencé la guitare, dictant à l’aide de glissando les mouvements des interprètes, qui sont, eux, à la recherche de leurs pierres si précieuses.

Hands, Drum—Three Bones du compositeur Nik Bohnenberger poursuit le concert. Une pièce se voulant participative avec le public qui doit effectuer les mouvements affichés à l’écran dans le but d’altérer leur propre écoute de la pièce. Si certains effets n’impactent pas l’écoute en tant que telle, le plus gros problème surgissait dans l’attention portée aux musiciens durant la pièce, soit très peu. Étant constamment sollicité à l’écran, l’auditeur doit donc faire le choix entre écouter la pièce ou suivre les consignes affichées à l’écran.

Seed, la pièce de la compositrice Bethany Younge, est certainement intéressante  sur le plan conceptuel. Mettant en scène les musiciens qui semblent aliénés par leur instrument, nous pouvons sentir la tension que ceux-ci partagent avec leur instrument. L’aspect musical se développe donc dans cette même lignée, où ce qui est joué provient du mouvement même de ces corps sur scène qui résiste à leurs instruments.

Inferno, du compositeur Helmut Oehring, conclut le concert. Mélangeant musique et langue des signes, la pièce est une vraie claque au visage. Alors que la violoncelliste entame la pièce en frottant sur ses cordes en parallèle avec la bande sonore, un crescendo s’installe jusqu’à ce que la violoncelliste se déchaîne sur son instrument tout en poussant une série de cris. Lorsque les autres musiciens se joignent, la pièce subit une chute qui entame la deuxième section, entièrement en langue des signes, Une troisième section, mélangeant percussions corporelles et jeu instrumental, arrive à son apogée alors que tous les quatre jouent au maximum de leurs capacités réintroduisant à la clarinette cette fois-ci les cris de désespoir vu plus tôt.

électro-pop / musique de film / pop symphonique

Hommage symphonique à Daft Punk : plutôt réussi, mais…

par Frédéric Cardin

Au royaume de l’électro symphonique, il était écrit que Daft Punk aurait une place de choix tôt ou tard. Depuis la remarquable musique que le duo français a écrite pour le film Tron Legacy, devenu culte depuis, on savait que ses textures glitch pop inventives se retrouveraient un jour associées à un orchestre symphonique. 

C’est l’idée du concert One More Time, hommage électro-symphonique à Daft Punk présenté à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal, hier soir et ce soir encore. Sur scène : l’Orchestre FILMharmonique dirigé par Francis Choinière, le chanteur Devan, un guitariste, un bassiste, un batteur et un claviériste/vocaliste. 

Première partie réussie

Le programme d’arrangements de tounes archi célèbres est divisé en une intro et cinq parties faites de mix de tounes du duo. L’Intro qui marie The Prime Time of Your Life, Aerodynamic et un peu de Tron Legacy donne l’impression de prendre son temps. L’énergie se gonfle graduellement, mais on a l’impression que ça manque encore de oumpf. 

Ça se corrige avec le deuxième ‘’mouvement’’. La nature du symphonisme révèle avec plus de conviction son apport aux élans répétitifs et mécaniques de la musique daftienne en offfrant quelques beaux moments de profondeur harmonique des cordes et de contrechamps qui bonifient la structure des pièces (particulièrement Da Funk et Around the World). 

Les deuxième et troisième parties poursuivent sur la lancée avec des perfos parfois emballantes de monuments populaires tels Human After All, Lose Yourself to Dance et Get Lucky. Bien que la présence de la guitare et de la basse soit un ajout qui ‘’rockifie’’ un tantinet les airs que tout le monde pouvait siffler, leur utilisation n’est pas exagérée au point de trop dénaturer ces petits bijoux accrocheurs.

Tron Legacy, moins convaincant

L’erreur du programme est l’arrivée, après l’entracte, de la suite d’une trentaine de minutes sortie de Tron Legacy. Et pourtant, ça me peine de le dire. Je suis un fan fini de cette musique exceptionnelle, l’une des meilleures du cinéma des 25 dernières années, et l’un des albums les plus aboutis de tout le catalogue Daft Punk. Tron Legacy fusionnait déjà le symphonique et l’électronique. Il n’y aurait pas dû y avoir de problème. Mais j’aurais dû y penser : il ne s’agissait pas d’un ciné-concert, ou l’exigence d’exactitude de la musique par rapport à ses sonorités dans le film est immense et implacable. Il s’agissait ici d’un hommage, et d’arrangements. 

Et c’est là que ça a relativement foiré, à mon avis. Les admirables textures, ultra riches et complexes, inventées par les Daft n’étaient absolument pas reproduites. Simplifiées, voire édulcorées, le plaisir s’en trouvait évacué. Certains thèmes étaient confiés à un saxophone, d’autres à la guitare. Rien à voir avec la musique d’origine, et des effets peu convaincants. Dans quelques pièces, le tempo était trop retenu, gâchant la création d’une énergie emballante, comme dans le film. Qui plus est, un ostentatoire débalancement rythmique a failli tout foutre en l’air vers les deux tiers. Gênant. Résultat : le build up de l’avant entracte était perdu et la musique de Tron Legacy donnait l’impression d’être ennuyeuse. Il y a quand même eu des moments réussis, comme l’Adagio for Tron, par exemple. Mais, dans la totalité, c’était trop peu.

Sentir la vibe

Je me suis quand même posé la question : suis-je tout simplement un vieux puriste qui aime tellement son truc qu’il ne peut l’imaginer différemment? J’ai pris la peine de regarder autour de moi, dans le public, pour vérifier si j’étais le seul à trouver ça long. Malheureusement, j’ai bien senti le même relatif ennui des autres personnes présentes, sauf à quelques occasions. 

C’est tellement dommage, car beaucoup seront peut-être sortis de ce concert avec une opinion négative de cette trame sonore palpitante dans sa vraie de vraie version. Bref, raison de plus pour organiser un véritable ciné-concert Tron Legacy un jour, avec tous les multiples et foisonnants détails qui rendent cette composition mémorable. Tiens, avec les vrais Daft Punk en plus? 

Bon rattrapage

Cela dit, et heureusement, la soirée a été rattrapée par le dernier grand mix du programme et le retour des qualités qui avaient fait de la première partie une réussite. Aerodynamic, Harder, Better, Faster, Stronger, Face to Face, One More Time et, en rappel, Instant Crush ont permis au public de se lever et danser. 

Le chanteur Bevan s’est bien acquitté de ses quelques apparitions et interprétations, bien que omettant (évidemment) le caractéristique accent Frenchie-anglo des Dafters.  

Si des calibrages sont de mise, surtout dans la suite de Tron Legacy, on peut se réjouir d’une proposition efficace et excitante, la plupart du temps. 

Une autre représentation a lieu ce soir.

DÉTAILS ET BILLETS

baroque / chant lyrique / classique occidental

Arion Orchestre Baroque : Il pianto di Maria : des larmes de bonheur

par Alexandre Villemaire

Pour l’avant-dernier concert de sa saison, Arion Orchestre Baroque invitait le public mélomane montréalais à une plongée dans l’Italie baroque. L’Italie dans tout ce qu’elle a de « caricatural », pour reprendre les mots que le directeur artistique a adressés au public, où les émotions sont exprimées à l’état brut.

Car c’est bien les émotions : la peine et la douleur certainement, mais aussi l’amour, l’amitié, la joie et l’allégresse qui traversent ce programme concocté par la claveciniste et cheffe invitée Marie van Rhijn. Un programme qui, aussi, mettait à l’honneur les compositrices en cette fin de semaine de la Journée internationale des droits des femmes.

Pour traduire et communiquer les différents affects de ces œuvres, c’est la voix qui était mise à l’honneur avec la contralto française Anthea Pichanik. Dans la première partie qui s’ouvrait avec la cantate Cessate, omai cessate d’Antonio Vivaldi, la puissance de son instrument nous a saisis, de même que son interprétation incarnée de ce personnage d’amoureux rejeté qui se lamente d’avoir été rejeté par sa Dorilla. Pichanik possède un timbre riche et cuivré dans son médium, des aigus et des graves charnus, que l’on perdait cependant parfois dans la masse orchestrale et dans certaines fins de phrases, mais qui était d’une stature et d’une incarnation sur scène ancrée et engagée. Dans l’extrait de la cantate Pallade et Marte de Maria Margherita Grimani, l’air du dieu Mars, une marche triomphante au style assez guerrier, mais qui conserve une parure très légère, a été rendu avec preste. C’est surtout le dialogue entre le violoncelle et le basson qui retient l’attention dans cette œuvre. Composée originalement pour violoncelle et théorbe obligé, Marie van Rhijn a adapté ce en remplaçant le théorbe par le basson en lui écrivant une ligne spécifique, au grand plaisir de Mathieu Lussier. Le dialogue entre les deux instruments illustrait bien la relation des deux protagonistes, soit Athéna et Mars, avec un échange quasi humoristique qu’on n’imaginait pas possible de cette manière dans le répertoire du XVIIIᵉ siècle. Un court concerto pour clavecin, sous-titré « Madrigalesco » de Vivaldi, servait de liant entre ces deux pièces de la première partie pour témoigner de la richesse harmonique du langage du compositeur.

La deuxième partie était entièrement dédiée à la voix avec des extraits de la Serenata Ulisse in Compania de Maria Teresa Agnesi et de la cantate Il pianto di Maria de Giovanni Battista Ferrandini, dont le nom a inspiré le titre de ce concert. Cette cantate de Ferrandini, à l’image d’un Stabat Mater, relate les souffrances de la mère du Christ à la vue de son fils sur la croix. Originellement composée pour soprano, la version de ce concert a été transposée une tierce plus bas. Trop haute pour un contralto dans la tonalité originale et même trop grave pour une soprano, cette version adaptée pour l’occasion pour la voix qui était sur scène conférait à l’œuvre une sonorité très maternelle. Dans la cavatine « Se d’un Dio fui fatta Madre » – la Vierge exprime sa douleur et même son indignation de voir mourir son fils. La ligne musicale et harmonique est simple, mais d’une grande richesse, portée avec chaleur par la voix de Pichanik et soutenue par l’orchestre et Marie van Rhijn dans un phrasé et une direction d’une intensité frissonnante et touchante.

Avec une programmation qui allie cette année un savant mélange de compositeurs connus et de découvertes, avec notamment le tiers de sa programmation 25-26 consacré aux compositrices, Arion continue d’apporter un vent de fraîcheur et une variété bienvenue dans le répertoire de la musique des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles sur la scène montréalaise.

crédit photo: Elliana Zimmerman

Experimental / jeunesse

Semaine du Neuf | Le son pour les enfants de moins de 3 ans… et pour nous

par Vitta Morales

Lorsqu’on couvre un festival de musique contemporaine, il faut s’attendre à quelques surprises avant la fin des festivités. Après tout, les compositeurs et les interprètes ont pour mission de repousser sans cesse les limites et de réinventer les pratiques d’interprétation et les techniques de composition, sans parler des progrès technologiques que les compositeurs contemporains se sentent souvent obligés d’intégrer dans leurs conceptions.

Cela dit, je me suis retrouvé complètement pris au dépourvu lorsque j’ai dû critiquer Ptitécouti, une pièce de l’ensemble Hanatsumiroir spécialement conçue pour les enfants âgés de 0 à 3 ans. Vous pouvez imaginer mon sentiment de décalage en tant qu’adulte moustachu sans enfant, rôdant dans l’Édifice Wilder et griffonnant des notes pendant que les bébés, les tout-petits et leurs parents tentaient de profiter d’un après-midi de musique contemporaine. 

Ne dites pas que je ne fais rien pour vous, cher lectorat.

En ce qui concerne la musique et le spectacle lui-même, notre interprète principale, Ayako Okulo, a utilisé des étagères modulaires en bois qui abritaient en leur centre un réservoir d’eau transparent dans lequel elle éclaboussait, laissait couler de ses mains, soufflait, et sur lequel elle plaçait ce qui semblait être des coquillages qui flottaient et s’entrechoquaient.

Des microphones ont été placés stratégiquement afin que tous les sons et textures les plus infimes puissent être appréciés grâce au système audio. Des effets de retard temporel ont également été utilisés, ainsi que des coussins lumineux pour que les enfants puissent se reposer et profiter du spectacle et des sons. 

Okulo ouvrit ensuite de petits compartiments sur les étagères en bois et en sortit des carillons éoliens. Elle utilisa ensuite diverses ocarinas et démontra ses talents de flûtiste en employant, entre autres, des techniques de langue battante. 

Le tout était fantaisiste et remettait en perspective le terme « jouer » dans le contexte « jouer de la musique ». Je pouvais facilement imaginer un enfant en phase pré-locutoire se reconnaître dans cette représentation (si l’on suppose un instant que la conscience de soi peut précéder la marche), car le déroulement du spectacle ressemblait à celui d’un enfant explorant le contenu de son coffre à jouets.

Les notes du spectacle nous indiquent en effet que nous devions nous attendre à une musique, une scénographie et un éclairage « adaptés à la psychologie et à la compréhension du monde des enfants de moins de 3 ans ». Au cœur du spectacle : une boîte lumineuse pleine de surprises, composée de divers compartiments et tiroirs. Il semble toutefois que certains enfants n’aient pas reçu le mémo.

Les nombreux « goo-goo » et « ga-ga » provenant du public semblaient être dus à l’ennui ou à une certaine lassitude face au spectacle proposé. Il est certes difficile de rivaliser avec Cocomelon et les iPad. Leurs parents les ont fait sortir de la salle de manière préventive dès qu’ils ont senti que la situation devenait intenable en termes de capacité d’attention.

Ce n’est pas une critique de l’émission en elle-même, que j’ai trouvée charmante, courte et agréable pendant ses trente minutes. Félicitations à l’individu moustachu qui prenait des notes et semblait hors de propos, mentionné plus haut.

autochtone / expérimental / contemporain

Semaine du Neuf | Sxelxéles te tl’etla’axel – design for inviting, le pouvoir de la parole… celui des sons ?

par Michel Labrecque

Dylan Robinson est issu de la Première Nation Skwah; il est professeur associé à l’École de Musique de l’Université de Colombie-Britannique. Ses créations et ses recherches portent sur le militantisme autochtone et les arts. Il fait partie de cette école qui souhaite que les autochtones s’affranchissent des traditions en embrassant les musiques et les arts contemporains. 

Sxelxéles te tl’etla’axel est une performance, qui allie le visuel, la chorégraphie et la musique pour « définir un nouvel espace de performance inspiré des valeurs autochtones (xwélmexw) de relation et des protocoles de rassemblement », nous indique le programme de La Semaine du Neuf. 

Ici, je vous fais un aveu: comme journaliste musique, je suis totalement hors de ma zone de confort, dans l’univers de la musique contemporaine et cette performance ne contribuera pas à m’en rapprocher. Il aurait été nettement préférable pour moi de couvrir le Quatuor Bozzini ou le quatuor de saxophone Quasar, plus explicitement centrés sur la musique. 

Car ici, la musique est minimale, dans tous les sens du mots: un piano, un clavecin et un alto, joués très sporadiquement. Des musiques composées par Anna Höstman et Linda Catlin Smith, dont la très minimaliste, mais jolie Brocade, pour piano et clavecin. 

Sur scène, on trouve également deux écrans sur lesquels apparaissent des textes ou des images; ainsi que trois chaises sur lesquelles s’assoient en alternance les trois performeurs, qui jouent également les instruments, qui nous lisent des histoires, qui commencent toutes par « once upon a time », il était une fois.

Dans ces narrations et ces textes à l’écran, semble se dégager l’idée de passage entre deux mondes, de couloirs à emprunter, d’emmener l’autre avec soi. De blessures, de résistance, de voies de passage compliquées. On évoque aussi beaucoup l’eau. On entend un très joli texte sur une couleur qui semble dotée d’émotions. Il est également question de deux histoires, en parallèle, qui donnent des versions différentes de la vie. 

Je vous donne ma perception. La vôtre aurait peut-être été différente. Que retenir de cette performance, très lente, où la chorégraphie se résume à faire marcher les protagonistes? Je ne suis pas sûr. À la fin de la performance, les applaudissements ont été polis. Ma voisine de siège, très connue dans l’écosystème de la musique contemporaine, semblait très ambivalente dans son appréciation. 

Mais, nous sommes sortis en nous posant des questions. Peut-être était-ce l’objectif…

crédit photo: Philippe Latour

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classique occidental / expérimental / néoclassique

Semaine du Neuf | Quatuor Bozzini : un voyage aux confins extrêmes du son

par Pietro Freiburger

Le 9 mars, un concert de musique expérimentale contemporaine donné par le Quatuor Bozzini s’est tenu à la Chapelle Scène Contemporaine dans le cadre de la Semaine du Neuf. Le programme comprenait des œuvres de compositeurs contemporains et mettait en valeur le son qui a fait la renommée de cet ensemble sur la scène musicale expérimentale internationale.

Le concert s’est ouvert avec Companioning (2026) de la compositrice turque Fulya Uçanok, une pièce écrite en 2026 pour l’ensemble qui met l’accent sur la capacité à écouter et à interagir entre les membres pendant la représentation. Une atmosphère suspendue, dans une certaine mesure non terrestre, a accompagné le public tout au long de l’interprétation de cette pièce, qui exploite le son des instruments dans un équilibre délicat entre possibilité individuelle et cohésion collective. Le programme comprenait ensuite deux pièces écrites entre 2014 et 2016 par Cenk Ergün, avec lequel le quatuor a récemment collaboré.

Celare commence sul tasto pour les quatre musiciens, créant une préparation presque cachée (celare signifie précisément « cacher » en italien) à ce qui suit. Ce qui était au nom de la virtuosité du son et du dialogue, la principale caractéristique du Quatuor Bozzini.

La dernière œuvre au programme, Sonare, était celle qui différait le plus des précédentes. Il y avait quelque chose de sauvage et de brutal dans cette œuvre : autant les précédentes s’exprimaient par soustraction, de son et d’individualité, autant celle-ci se manifestait par l’ajout de matière sonore par chaque membre du quatuor.

Un voyage fascinant dans les possibilités inexplorées du son des cordes, chaleureusement applaudi par le public.

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