période romantique

Brahms et Beethoven au 9e ciel

par Frédéric Cardin

Deux trios avec clarinette étaient offerts au 9e étage du Centre Eaton hier, à l’heure de l’apéro. La très belle série des concerts HausMusique, organisés par le violoncelliste Cameron Crozman et la pianiste Meagan Milatz, dans le riche environnement Art Déco du 9e étage du Centre Eaton de Montréal, se déploie depuis presque deux ans maintenant. Les concerts durent une heure et les programmes sont toujours invitants, soutenus par des interprètes de qualité.

Hier, l’étage était bien rempli pour l’interprétation d’un trio pour clarinette de jeunesse de Beethoven et d’un autre, un chef-d’œuvre de maturité, de Brahms. Crozman et Milatz ont été rejoints par le clarinettiste canadien James Campbell, une sommité mondiale, et un interprète sensible et aguerri. 

Nous avons été séduit par la pétillance bien articulée du Beethoven, encore imprégné de classicisme haydnien, mais dévoilant par épisodes presque spontanés des velléités expressives qui annoncent la maturité plus dramatique du compositeur. Beaucoup de vivacité chez les trois interprètes, avec un très bon sens de la dynamique et des contrastes expressifs. On a bien savouré la technique cristalline de Meagan Milatz au piano, même si dans une ou deux cascades de notes, l’artiste a peut-être un peu poussé l’urgence du débit au détriment de la netteté attendue. N’empêche, l’intensité du jeu collectif, aspergé de touches d’humour, inhérentes à la volonté du compositeur, a offert de beaux moments de plaisirs mélomanes. 

ÉCOUTEZ L’ENTREVUE AVEC CAMERON CROZMAN AU SUJET DE CES TRIOS ET DE LA SÉRIE HAUSMUSIQUE

Suivait la pièce maîtresse, le Trio pour clarinette op. 114, le premier jalon dans la période dite du ‘’Brahms automnal’’, celle des derniers chefs-d’œuvre initiés par sa rencontre avec le clarinettiste Richard Mühlfeld. Ici, point de bouillonnement effervescent. Nous sommes complètement ailleurs. Les longues lignes langoureuses, imprégnées de spleen saisonnier, certes, mais aussi d’une lumière douce et tendre, nous font penser, comme dans les commentaires de James Campbell, à un novembre frisquet dont on se protège en tirant les rideaux, et en se blottissant au coin du feu avec un breuvage réconfortant. 

Très beaux dialogues entre le violoncelle et la clarinette, Crozman et Campbell y allant d’échanges généreux mais respectueux de l’esprit de la musique. Une grande complicité naturelle se manifeste entre ces interprètes. 

Un inspirant moment de musique, dans la magie d’un lieu unique et enchanteur. 

Le prochain concert de la série HausMusique, et dernier de la saison 25-26, aura lieu le 2 juin. Au programme : Ravel et Debussy. Crozman et Milatz recevront, cette fois, le violon solo de l’OSM, Andrew Wan. 

DÉTAILS ET BILLETS

On vous reparlera de HausMusique lors du dévoilement de la programmation de la saison 26-27. Restez connectés. 

danse / musique contemporaine

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

par Frédéric Cardin

Frappés en plein plexus, voilà ce qui attendaient les spectateurs venus voir et entendre la chorégraphie Manifesto de Stephanie Lake au Théâtre Maisonneuve mercredi soir. Et ce dès la première seconde, avec un tonitruant premier coup parfaitement coordonné entre les neuf batteries réparties en étages au fond de la scène. Nous avons tous sursauté. Les danseur.euse.s aussi d’ailleurs. Mais dans leur cas, c’était prévu. 

Un seul coup, donc, mais d’une rare puissance. Silence. Un autre coup (mais celui-là, on l’avait vu venir). Silence encore. Et ça se poursuit comme ça pendant une ou deux minutes. Les danseur.euse.s réagissent à la nanoseconde en se tortillant un court instant, sur chaque claque sonore, puis se figent dans toutes sortes de postures. La musique (partition excitante et viscérale du bruitiste et avant-gardiste Robin Fox) s’étoffe à mesure que ça avance, bien sûr. Ça se gonfle de textures et de rythmes, qui deviennent de puissantes pulsations très rock, ou encore des épisodes éthérés, évanescents, pointillistes, abstraits. Il n’y a pas que du tapochage dans cette écriture, mais aussi toutes sortes de techniques de jeu étendues et contemporaines, selon les besoins. 

Et là-dessus, les danseur-euse.s réagissent comme un organisme symbiotique, comme une panoplie de muscles ultra souples et agiles, liés directement au nerf musical et expressif, transmis instantanément via l’impulsion sonore des neuf musiciens. La cohérence de l’ensemble, la coordination parfaite entre tout ce monde est remarquable. L’effet est imparable. On est conquis, excités et une heure passe comme une dizaine de minutes. 

La superbe intuition de la chorégraphe Stephanie Lake, c’est de ne pas avoir limité l’action gestuelle à un simple mimétisme de l’action sonore. Oui, les danseur.euse.s suivent de près les rythmes et les dynamiques sonores des neuf batteries, mais c’est dans la qualité ‘’ondoyante’’ des gestes, individuels et collectifs, que l’on perçoit une construction en complémentarité des deux entités expressives, la musique et la danse. La nature percussive de la musique est donc compensée par l’incessante fluidité des mouvements. Chaque geste de chaque danseur.euse est lié au suivant comme dans une suite organique naturelle. Chaque mouvement se métamorphose vers le suivant et ainsi de suite. Cela aussi bien au niveau individuel que collectif. La mécanicité de la partition, bien que parfois éclatée, s’épanouit dans un rapport d’équilibre contrapuntique avec la nature mouvante, ondulatoire, de la chorégraphie. Une architecture très bien pondérée entre ce qu’entendent nos oreilles et ce que voient nos yeux. 

À noter, en cadeau au regard, la sobre mise en scène en ce qui concerrne le décor (de grands rideaux rose fuschia en fond de scène, l’installation des neuf batteries en format de podium) et le très dynamique jeu d’éclairages. Très impressionnant, par exemple, cet épisode où les batteur.euse.s s’échangent les coups un à un, suivi instantanément par l’éclairage de chacun en solo, et ce pendant quelques minutes. Ça nous reste tatoué dans la mémoire. 

Stephanie Lake nous avait donné un colossal… Colossus il y a quelques années. Ce Manifesto est un autre grand succès artistique et expressif de l’artiste canado-australienne qui, mine de rien, est en train de se bâtir une réputation de chouchoute du public montréalais. Vous ne me verrez pas m’en plaindre. 

Ça se poursuit jusqu’au 4 avril

DÉTAILS ET BILLETS

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latino / pop / reggaeton / rock / rumba catalane

Maruja Limón, arme de construction massive!

par Alain Brunet

Si vous en faites une écoute distraite, la rumba catalane peut être encore confondue à tort avec le flamenco. Sur scène, cependant cette confusion s’efface totalement devant une autre énergie qui se déploie… Nous, qui étions devant cette déflagration dominicale au Ministère, avons fait l’expérience de l’identité propre de la rumba catalane, arme de construction massive aux radiations éminemment curatives.

Quelle fiesta que celle proposée par Maruja Limón !

La basse électrique qui déclenche des échantillonnages (entre autres) de synthés ou de percussions afro-cubaines (Carla González), la batterie solidement exécutée (Elisenda Fabregas), la trompette filtrée électroniquement (Mila González), la guitare acoustique avec pédales d’effet (Cristóbal Salazar, en remplacement de Vicky Blum), voilà autant d’éléments qui témoignent de cette actualisation.

Sauf les bulerias acoustiques exécutées avec un seul guitariste (Cristóbal Salazar) et chanteuses (Esther González et Sheila García), sauf les inflexions vocales typiques de la péninsule ibérique et de ses racines arabo-andalouses, la musique de Maruja Limón résume les actualisation inhérentes à la période actuelle.

Ces musiciennes et ce musicien sont toustes très compétent.e.s, mais on ne peut les qualifier de virtuoses. La fascination s’exerce plutôt par la force de frappe du collectif et non des individus. Leur cohésion, leur enthousiasme, leur dynamisme constituent la clé de leur succès évident. Les menus défauts ou limites techniques qu’on pourrait leur reprocher n’ont plus la moindre importance pour une telle expérience.

À travers différentes expressions musicales de la Catalogne et de l’Espagne, flamenco, rumba mais aussi reggaeton, jazz latin, rumba afro-cubaine ou pop/rock, cette escouade du bonheur et de la sensualité latina aura transmis une grande énergie au parquet densément peuplé de nouveaux fans subjugués.

Plus d’une heure et demie dans le tapis, un Ministère rempli à craquer par un public multigénérationnel très chaud du début à la fin, et qui répand d’ores et déjà la bonne nouvelle pour les prochaines tournées nord-américaines du sextuor barcelonais. Car il est aisé de prévoir que ce groupe reviendra souvent chez nous , le buzz vécu sur place se répandra comme une traînée de poudre.

jazz latin

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

par Michel Labrecque

Une salle Claude-Champagne plutôt remplie attendait le pianiste cubain exilé à Toronto, Hilario Durán. Avec intérêt. Le public n’a pas été déçu. Durán est un pianiste, improvisateur et arrangeur brillant, dans la lignée de l’ancien leader de Irakere, Chucho Valdés, dont il a d’ailleurs présenté trois compositions. 

Le Big Band étudiant de l’Université de Montréal, dirigé par le Brésilien Joâo Lenhari, a pris cette rencontre au sérieux. Car la commande était de taille, les arrangements de Hilario Durán étant plutôt complexes, tant rythmiquement qu’harmoniquement. 

Évidemment que cet orchestre étudiant n’est pas à la hauteur de l’Orchestre National de Jazz de Montréal. Mais nous nous trouvons devant des jeunes musiciens qui tirent très bien leur épingle -ou leurs cuivres et anches -du jeu. Et qui ont la chance incroyable de se mesurer avec des artistes de renommée internationale, issus de milieux culturels très différents. 

Pour l’occasion, deux chargés de cours cubains de la faculté de musique se sont ajoutés au big band: le pianiste Julian Gutierrez Vinardell, dont une composition a débuté le concert, ainsi que l’infatigable percussionniste Eugenio Kiko Osorio. 

C’était une soirée imbibée de jazz afro-cubain du début à la fin, avec un clin d’oeil à Frédéric Chopin, à la fin du concert, avec une pièce intitulée Fantaisie-Impromptue, dans laquelle les harmonies chopinesques sont malaxées dans un savoureux punch de rythmes tropicaux. Ceci démontre la culture musicale très vaste de Hilario Durán, influencée autant par le classique, que le jazz ou les multiples musiques cubaines. 

Mettez-vous à la place du jeune pianiste du Big Band, Benoît Francoeur, quand il doit suivre Durán dans un dialogue d’improvisation. À quelle vitesse battait son cœur? Il s’en est très bien tiré, de même que le saxophoniste Daniel Diaz, qui a eu droit à plusieurs solos, dont sur A night In Tunisia, la pièce fétiche de Dizzie Gillespie, arrangée pour grand ensemble par Hilario Durán pour son dernier album Cry Me a River(2023). 

Hilario Durán nous a adressé la parole dans un anglais pas toujours facile à déchiffrer, mais bien intentionné. La prochaine fois, pourquoi pas davantage d’espagnol et quelques mots de français? 

Au-delà de ce mini bémol, nous avons passé une excellente soirée. Ceci termine l’année scolaire du Big Band, qui sera de retour à l’automne. 

danse / poésie

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

par Juliana Cortes

Triomphante, élégante et sereine, Myth est assise sur un divan, scrutant le public un à un de ses yeux perçants tandis que nous entrons dans la pièce. Elle semble à la fois détendue et prête. L’atmosphère est mystérieuse, créant un sentiment d’exclusivité réservé à quelques privilégiés. Le décor et sa tenue évoquent clairement l’époque des bars clandestins. Dans cette ambiance de fête clandestine en sous-sol, on pouvait boire, faire de la musique et oublier, ou peut-être transmuter, le monde extérieur. Mon premier réflexe fut d’entrer avec précaution, attentif à ce qui allait se produire sur scène. Myth se lève lentement, regarde le public et, par sa respiration, s’empare de l’espace. Dans le silence, nous la voyons passer d’un engagement total à une aisance naturelle. La précision de ses mouvements m’a immédiatement touché ; je ressentais la force nécessaire pour rester pleinement connectée à sa respiration et à son corps.

Myth rend hommage à la scène montréalaise de danse et de musique, notamment à la manière dont le jazz et la house, passés et présents, s’alimentent mutuellement. La présence de Samantha « Sam I Am » Hinds, avec son chant et ses sets de DJ, et celle de Jason « Blackbird » Selman, à travers la poésie et la trompette, en témoignent. Les trois artistes dialoguent entre poésie, chant, mouvement, rythmes et trompette. Leur échange est fluide, chacun ayant l’occasion de briller. En tant que spectatrice, j’étais happée par la performance, hochant instinctivement la tête au rythme de la musique. Le corps de Myth devient un catalyseur au sein de la scène ; sa performance nous transporte dans son univers intérieur. On découvre son parcours de danseuse qui ne souhaite pas simplement divertir, mais transmettre un message. J’ai eu du mal à retenir mes larmes en comprenant que Myth nous rappelait que, dans les moments difficiles, la danse peut être le remède qui la soutient – ​​et nous soutient tous – à travers les hauts et les bas de la vie. J’ai pris conscience du caractère sacré de la danse et de la façon dont, pour moi, elle est devenue un moyen de mieux me connaître, de comprendre mes propres racines et de commencer à construire une réalité qui englobe toutes les facettes de mon être.

Speakeasy est aussi un hommage à la scène de danse montréalaise : « une ville qu’elle aime, mais qui ne le lui rend pas toujours », une ville loin d’être facile à appréhender ou pleinement inclusive. Le thème du speakeasy m’a fait réfléchir au fait que les danses de rue et underground n’ont toujours pas la place qu’elles méritent. Pourtant, elles continuent de croître, d’évoluer et d’accueillir celles et ceux qui cherchent un foyer. Parfois, ces danses bénéficient d’une visibilité difficilement partageable avec tous. Cependant, la danse est omniprésente – dans les sous-sols d’églises, les centres communautaires, les écoles, les maisons, les réunions de famille et dans les rues – comme le suggère l’un des poèmes. En tant que personne qui cherche encore sa place dans cette communauté, je me suis surprise à repenser aux lieux où j’ai dansé et aux personnes qui ont fait de ces lieux un véritable foyer.

En tant que danseuse, je ne peux que te remercier, Myth. Merci de nous avoir ouvert les portes de ton univers, de partager ta force et d’avoir été si honnête quant aux difficultés liées à la création artistique. Le message était clair : nous n’avons plus besoin de « parler à voix basse ». Nous devons nous faire entendre, prendre notre place et créer une réalité où nos histoires et nos identités sont pleinement acceptées.

Photo Credit: Renata Carmo

Amérique latine / tango

Akawui se dévoile comme jamais à la série Mozaïk

par Sandra Gasana

Nous avons eu droit à un véritable voyage dans le temps, empreint de mélancolie, lors de cette troisième soirée de la série Mozaïk, après Li Kouri et Hendry Massamba avant elle. On a rarement vu Akawui sous cet angle. Alors qu’il nous a habitués à des concerts plutôt énergiques, nous avons découvert une autre facette de l’artiste qui s’est complètement dévoilé devant son public venu en grand nombre.

D’emblée, le cadre intimiste nous a replongé dans son salon d’enfance, avec des tapis, des plantes, un tableau sur lequel on voit l’appartement dans lequel il a grandi sur le Plateau Mont-Royal. Entouré de ses deux musiciens et choristes, Gabriel Evangelista au piano et Matthew Goulet au violoncelle, ce trio nommé Esencia a su nous charmer avec leur complicité palpable.

Entre reprises de classiques de la musique latino-américaine et chansons de son propre répertoire, il jouait de la flûte de pan, du berimbau, du cavaquinho ainsi que de la zampoña. Parmi les hommages, Víctor Jara, Violetta Parra ou encore Carlos Gardel ont marqué la vie de l’artiste, qui a su intégrer du tango, des rythmes brésiliens et de la musique des Andes dans son concert, mais de manière tout à fait fluide.

Sous forme chronologique telle une ligne de temps, nous avons découvert l’histoire de vie d’Akawui à travers la musique. De l’enfance à l’âge adulte, en passant par l’adolescence, il nous partage sa trame sonore avec des moments marquants de sa vie. Que ce soit la berceuse Duerme negrito que lui chantait sa mère, La Jardinera de Violetta Parra, la seule chanson qu’il sait jouer à la guitare, ou encore son morceau Piel de Cuero qu’il a fait uniquement au piano, nous étions constamment surpris lors de cette soirée. Sirotant son maté par moments, il racontait parfois des anecdotes pendant que ses musiciens jouaient, rajoutant parfois des bruits d’ambiance avec sa voix. L’éclairage a encore une fois apporté du relief au concert, adaptant les lumières à l’atmosphère mélancolique qui régnait dans la salle.

On constate qu’il a fortement été influencé par son père Nelson Fernando Riquelme Pincheira, ce premier artiste chilien à jouer de la musique des Andes à Montréal. Le temps qu’il a passé à ses côtés à chanter dans les rues de Montréal a marqué Akawui qui reprend d’ailleurs une des chansons de son père Innocente Tango.

Mon moment coup de cœur est bien entendu lorsqu’il a repris une chanson de capoeira en portugais avec son berimbau et son cavaquinho, cet instrument percussif brésilien. On comprend ainsi d’où vient sa connexion avec le Brésil, lui qui y a séjourné à plusieurs reprises.

Bien entendu, il ne pouvait pas terminer son concert sans nous faire un peu de rap et sa version du morceau El Pueblo Unido Jamás Será Vencido a permis de clôturer la soirée sur une note qui nous est plus familière de l’artiste.

En sortant de ce concert durant lequel il a chanté en espagnol principalement mais aussi en portugais et en quechua, une des langues des peuples originaires du Pérou, on a non seulement l’impression de mieux connaitre Akawui mais aussi de mieux comprendre son univers et l’évolution de sa carrière. Le terme « Esencia » prend alors tout son sens.

baroque / classique persan

Constantinople, Holland Baroque, Saint-François d’Assise, Sultan Al-Malik : nécessaire fusion des coeurs et de l’âme

par Frédéric Cardin

Constituant la toute dernière étape d’une tournée canadienne, le concert de Montréal du projet Dialogos, fusionnant les ensembles Constantinople et Holland Baroque, était donné à la salle Bourgie samedi dernier, 21 mars 2026. 

Quelle belle et touchante expérience musicale et artistique! Dialogos est le plus récent album de Constantinople, réalisé conjointement avec l’ensemble Holland Baroque, et sorti sous étiquette Pentatone. Je ne reviendrai pas sur les tenants et aboutissants de cette rencontre appuyée sur le dialogue bien réel qui eu lieu entre Saint-François d’Assise et le Sultan Al Malik en 1219. J’évoque tout cela dans ma recension de l’album.

LISEZ LA CRITIQUE DE DIALOGOS

Je me concentrerai donc sur le concert lui-même. La musique, toute composée par des membres des deux ensembles (sauf une), unit des esthétiques différentes dans un écuménisme très réussi. Les sonorités microtonales (sensiblement atténuées cela dit) des instruments traditionnels de Constantinople (le setar de Kiya Tabassian et le kanûn de Didem Basar) s’entrelacent avec beaucoup de naturel dans les lignes polyphoniques classiques du Holland Baroque. Les rythmes ciselés et unifiés dans une cohérence impressionnante, les couleurs pétillantes tant aux cordes classiques qu’aux percussions (délicat mais essentiel Patrick Graham) et aux setar et kanûn, puis également les voix de Tabasian (merveilleux chant traditionnel persan) et de Adrián Rodríguez Van der Spoel (chant médiéval), tout concourait à nous transporter dans un ailleurs où la beauté et la bonté n’ont rien de péjoratif, et ne sont surtout pas perçus comme une faiblesse. 

Je me rappelle d’une autre fusion tout aussi inspirante de Constantinople, il y a quelques années : le mariage entre la poésie d‘Omar Khayyam et la musique de Bach. On était dans les mêmes eaux inspirantes samedi dernier. 

Bravo à toustes qui ont participé à cette rencontre stimulante et porteuse d’espoir. 

alt-pop / dance-pop / indie pop / pop

Ariane Roy live, gravé dans les mémoires

par Samuel Lemieux

En observant les fans d’Ariane Roy faire la queue, riant et gloussant, j’ai demandé à l’un d’entre eux ce que cela faisait de la voir en concert. « C’est à couper le souffle, c’est plus que pertinent à l’ère du féminisme et de la liberté d’expression sans limites, et elle incarne l’attitude rock de Marjo mêlée à des harmonies et une voix aussi gracieuse que celle des Sœurs Boulay, le tout sur des mélodies aussi entraînantes que celles de sa collègue Marie-Mai dans les années 2000. »

Ariane Roy a connu ses premiers succès avec Medium Plaisir, sorti en 2022, puis en 2024, aux côtés de Thierry Larose et Lou-Adrianne Cassidy, elle a offert au public un album live intitulé Le Roy, La Rose et Le Loup, salué par la critique et les fans. Cet album a rappelé avec tendresse J’ai vu le loup, le renard et le lion et 1 fois 5, deux albums live enregistrés lors de la fête nationale du Québec, mettant en vedette Gilles Vigneault et Robert Charlebois, parmi d’autres légendes de la scène musicale québécoise de leurs époques respectives.

En 2025, Ariane a sorti un album intitulé Dogue, proposant des textes en français sur des mélodies électro-pop, tout en marquant une rupture rafraîchissante par rapport à son dernier album de 2022.

Virginie B a ouvert la soirée, apportant une ambiance à la Charli XCX avec une voix douce qui s’élevait au-dessus de rythmes électro-pop britanniques. Son set était un mélange entre la voix douce et la gamme vocale étendue de Yoko Ono et la musique pop percutante ainsi que les looks théâtraux de Lady Gaga. Virginie B nous a réveillés et nous a mis en condition avant le concert principal. Puis vint la très attendue Ariane Roy.

Silence, lumières, action : Ariane Roy fait son entrée sur scène vêtue d’une robe blanche, surmontée d’un corset en velours rouge à carreaux et d’une cravate jaunâtre. Ses yeux, soulignés de paillettes, brillent tandis qu’elle interprète les paroles de la chanson titre Dogue. La foule est en effervescence, tout le monde chante le refrain, et l’espace d’un instant, nous chantons tous è l’unisson avec Ariane Roy. Odile Marmet-Rochefort est aux claviers tout en assurant les chœurs avec trois choristes qui l’accompagnent pendant le spectacle aux côtés du producteur de Dogue, Dominique Plante, qui joue du saxophone, de la flûte, de la basse et de la guitare, et qui vient également prêter main forte aux chœurs.

Les chansons s’enchaînent tandis que le spectacle monte progressivement en puissance avec des titres comme Kundah et Bonne Fête qui accélèrent le rythme, encourageant la foule à sauter et à danser comme s’il n’y avait pas de lendemain. Viennent ensuite des chansons comme Une cigarette sur le balcon, présentée comme le récit de la petite Ariane Roy, s’inquiétant pour sa mère qui ne fume que dans les moments difficiles. Ce sentiment d’impuissance, nous l’avons tous connu : un jour, voir nos parents pleurer seuls dans l’obscurité de la nuit. Je dois dire que cela m’a permis de me rapprocher un peu plus de la superstar, car j’ai senti que nous partagions tous une dimension humaine, même si elle baigne dans la gloire et la fortune.

Photo by Rose Cormier

Un autre moment fort a eu lieu lorsqu’elle a interprété Ce n’est pas la chance, une chanson sur les sans-abri ponctuée de riffs rappelant la guitare d’Arcade Fire et se terminant par un solo de Plante, les corps s’entrechoquant, se frottant les uns contre les autres, tandis qu’ils déchaînaient une rafale tonitruante d’arpèges qui a enflammé la foule.

« Tu voulais parler » commence doucement mais s’accélère, et l’électricité se propage dans les cheveux tandis qu’Ariane Roy encourage tout le monde à danser et à chanter, sans se soucier de ce que les autres pourraient penser ou dire. Le concert se termine par un rappel comprenant « Banc de parc », une chanson clin d’œil à Les Amoureux sur les bancs publics , classique de Georges Brassens ; une deuxième chanson intitulée Ta main, qui incarne le son plus organique de son précédent album medium plaisir ; et pour couronner le tout, elle a chanté « Fille à porter », un grand classique des fans avec Lou-Adriane Cassidy au chant. Même s’il aurait été agréable de voir sa « soeur cosmique » venir chanter avec elle sur scène, les fans étaient ravis à la fin, et les applaudissements ont résonné sans fin après le dernier salut du groupe sur scène.

Ariane Roy mérite tout son succès ; elle en est reconnaissante et a pris le temps de remercier toutes les personnes qui ont contribué au spectacle. Elle a brandi deux drapeaux du Québec que des fans avaient apportés, un clin d’œil approbateur au mouvement indépendantiste naissant qui se propage à travers les lacs et les rivières du Québec. Je dois avouer que j’étais époustouflé. Avec une setlist variée, des pas de danse à la Jagger et une mise en scène magnifique, le spectacle d’Ariane Roy restera gravé dans ma mémoire. C’était rafraîchissant et formidable de voir à quel point nos artistes locaux sont vivants et de voir les fans chanter la plupart des chansons. Je peux affirmer sans hésiter que la culture locale du Québec est bel et bien vivante et dynamique ! Si vous l’avez manquée, elle est actuellement en tournée au Québec, avec une prochaine date le 27 mars à Laval-des-Rapides. Elle se produira également à Lavaltrie le 9 avril.

Photos by Rose Cormier

garage-rock / indie / rock psychédélique

Vincent Khouni: “Accident” naît à l’Esco

par Loic Minty

Je me suis lentement frayé un chemin jusqu’à l’Escogriffe pour assister au concert de lancement du nouvel album de Vincent Khouni, Accident. Je venais d’écouter sa chanson sur un accident de vélo… inquiétant.

Le set de Vincent Khouni a débuté par un bourdon grave et résonnant, lancé par l’échantillonneur du batteur, ce qui est généralement de bon augure dans n’importe quel concert. Cela aurait pu être l’intro d’un morceau de doom metal, mais au lieu de cela, la guitare aux couleurs ensoleillées a enchaîné une série d’accords indie classiques. Un rêve instantané. Submergé par des lignes de basse chaudes et groovy, saupoudré des séquences douces du claviériste sur un Prophet. Une recette qui a fait ses preuves depuis longtemps.
C’était d’une douceur envoûtante, et cela aurait pu vous emporter vers l’éternité si cela n’avait pas été contrebalancé par la voix aux doux contours de Khouni, non sans rappeler Stu Mackenzie de King Gizz, ou John Dwyer des Oh Sees. C’est-à-dire dans une échelle mélodique plus aiguë et plus nasale, en accentuant et en étirant les voyelles. En fait, l’expérience dans son ensemble exprimait une nostalgie inspirée de la scène psychédélique et garage rock dans les années 2010.

Vers le milieu de la dernière chanson, Vincent Khouni s’est lancé à fond à la manière de Kikagaku Moyo, plongeant dans les profondeurs des solos de guitare d’où peu de gens trouvent le chemin du retour.

L’une de ses pédales envoyait des vagues de modulation de hauteur qui, enfouies sous un mur de réverbération, ressemblaient davantage à une sirène hurlante qu’à une guitare. Khouni semblait alors dans son élément, captant encore davantage l’attention de la foule compacte.

Cela fonctionnait bien dans le contexte de l’Escogriffe, qui a historiquement accueilli plus de groupes indie qu’on ne pourrait l’imaginer, mais je suis curieux de voir comment le groupe se produirait s’il disposait de plus d’espace. C’était la première fois que l’EP Accident était joué en live et cela ressemblait moins à un accident qu’à quelque chose se déployant dans la lenteur et la douceur.

expérimental / contemporain / Musique de création

5ilience au Quai 5160, programme fort et contrastant

par Jeremy Fortin

Avec un programme haut en contrastes, 5ilience présentait mercredi  Devinim, au Quai 5160 à Verdun. Le quintette à anches a su emporter avec lui le public verdunois dans un voyage rythmé, harmonieux, où le mouvement est maître.

Du compositeur mexicain Abraham Gomez, Astro Errante, nous transporte immédiatement dans l’univers du quintette. Par un début sobre, la pièce se développe au fil des envolées de notes effectuées par les instrumen tistes. Une deuxième partie beaucoup plus rythmée s’enchaîne, distinguée par un même motif rythmique dialoguant entre les instrumentistes.

Dans un tout autre ordre d’idée, Gravité, de la compositrice Florence Tremblay débute par une masse de son évoluant au travers des instrumentistes. Avec l’entrée et le retrait successif des instrumentistes, cette masse sonore évolue en profondeur et en dissonance. Un crescendo naturel se produit, amplifié par les soufflets qui donnent à l’auditoire une impression de vague continue. 

Contrastant avec la pièce précédente, Letters to a Friend, de la compositrice Theresa Wong, est basée sur une série rythmique se répétant tout au long de la performance. L’inspiration pour cette série? La traduction en code morse d’un poème qu’une amie lui a envoyé avant son décès. Entre percussions, jeu instrumental et techniques contemporaines, comme le slap-tonguing, la compositrice réinvente le code morse pour l’auditeur au travers de la pièce.

Le concert s’enchaîne avec deux pièces toutes aussi différentes l’une de l’autre. Summa est une pièce du compositeur estonien Arvo Pärt qui illustre la simplicité et remplit chaque recoin du Quai 5160. Du compositeur Ufuk Biçak, Devinim est la pièce la plus animée du concert avec un début très rythmé et une cellule mélodique dialoguant entre les instrumentistes.

Seule création du concert, Pauline, composé par le saxophoniste de l’ensemble Thomas Gauthier-Lang, s’entame sur une série de sons filés entremêlés de multiphonique et de courtes interventions plus rythmées du hautbois. Au fur et à mesure que la pièce évolue, une dimension rythmique se développe. Une accélération du tempo mène à une série d’envolées mélodiques chez les instrumentistes, sur un ostinato rythmique présent tout au long de cette deuxième partie.

En somme, fort et contrastantl pour le public du Quai 5160.

Brésil / forró / reggae

Jota Pê envoûte Montréal : entre rires, histoires et émotions

par Sandra Gasana

Nous avons découvert plusieurs facettes de Jota Pê lors de son tout premier concert à Montréal. Non seulement il a l’une des plus belles voix du Brésil à mon humble avis, mais il est également un excellent conteur en plus d’être très drôle sur scène. Toute la soirée, il alternait entre chansons, histoires et blagues.

Accompagné de deux excellents musiciens venus avec lui du Brésil, Weslei Rodrigo à la basse et Kabé Pinheiro aux percussions, il est apparu sur scène avec son fameux chapeau qui est devenu sa signature. Avec un style vestimentaire très épuré, l’artiste débute seul à la guitare, suivi de près par la basse puis les percussions embarquent. Dès le premier morceau, il implique la foule et la fait participer à la performance.

C’est parti pour une soirée enflammée devant une salle comble au Belmont.

Troisième arrêt de sa toute première tournée canadienne, il a débuté à Vancouver, puis Toronto avant de terminer avec Montréal. Il a joué plusieurs morceaux de ses albums, principalement Dominguinho et Se O Meu Peito Fosse o Mundo, tous les deux sortis en 2025.

« J’espère qu’à la fin du concert, vous vous sentirez mieux que lorsque vous êtes arrivés », partage-t-il à la salle, avant d’enchainer avec le morceau Tà Aê.

Entre les morceaux, il raconte notamment sa rencontre avec le grand Gilberto Gil qui l’a invité à manger chez lui. Lors de cette soirée, il a eu la malchance de casser un verre en cristal, ce qui est devenu un « running joke » depuis lors. Mais c’est surtout sa façon de raconter les histoires qui marque : il sait comment garder l’attention des spectateurs qui restent pendus à ses lèvres.

Un moment fort de la soirée est lors de la chanson Feito A Maré, sur laquelle il a collaboré avec Gilsons, le trio formé par les fils et neveu de Gilberto Gil. La salle au complet chantait à tue-tête pendant que le bassiste, dont le foulard se mariait parfaitement à sa basse, rajoutait quelques lignes aux allures de kompa. On a eu droit à du reggae, du forro, du rock même et un peu de samba.

Quelques reprises ont fait partie du répertoire de l’artiste originaire d’Osasco, dans l’État de São Paulo comme A primeira vista de Chico César, avec une touche reggae, ou encore A Ordem Natural Das Coisas du rappeur Emicida, dont on a couvert le concert. D’ailleurs, ce dernier aurait appelé Jota Pê lorsque le morceau est sorti pour le féliciter pour cette version.

Mais le moment fort de la soirée était sans aucun doute durant le morceau Ouro Marrom, qu’il a joué seul à la guitare et dans laquelle il parle de la réalité d’être un homme noir. Cette chanson a d’ailleurs remporté le prix de la meilleure chanson en langue portugaise en 2024 lors des Grammy latino. Sa voix résonnait dans la salle le temps de la chanson, alors que le public se transformait en immense chorale.

« J’ai trop parlé, je vais laisser mes musiciens parler à leur tour », avant de laisser le bassiste et le percussionniste faire leurs solos respectifs. Ce dernier rajoutait son cavaquinho au mix, en plus des percussions corporelles. Et comme pour nous garder éveillés alors qu’il commençait à se faire tard, il a terminé le concert en force, avant une session d’improvisation entre les trois musiciens. « C’est le dernier concert de la tournée canadienne. J’aimerais remercier les productions Showzaço d’avoir rendu cela possible, ainsi qu’à JØY Brandt pour la première partie », a-t-il dit avant de s’éclipser autour de 2 heures du matin.

À mon avis, le pari est réussi, nous sommes sortis de là en nous sentant mieux qu’à notre arrivée.

chant lyrique / classique occidental / opéra / période classique

OSM | Des « Noces de Figaro » enlevantes

par Alexandre Villemaire

Après avoir présenté l’année dernière Cosi fan tutte avec le baryton Thomas Hampson, l’Orchestre symphonique de Montréal et Rafael Payare présentaient un second volet de la trilogie d’opera buffa issue de la fructueuse collaboration entre Mozart et le librettiste Lorenzo Da Ponte. Le concert reprend ainsi les éléments qui ont fait le succès de la prestation de 2025. Une mise en scène efficace avec scénographie simple (une chaise, un placard, un support de vêtement), des costumes sobres, mais flamboyants, des éclairages somptueux (gracieuseté de Chantal Labonté), un orchestre dynamique et alerte, des chanteurs et chanteuses investis et un récit adapté sont parmi les éléments qui ont conquis le public.

L’histoire, pour rappel, est basée sur la pièce de théâtre de Beaumarchais. Dans la demeure du comte Almaviva à Séville, le valet Figaro et la camériste Susanna préparent leurs noces. Cependant, plusieurs obstacles se dressent devant eux. Figaro est promis à Marcellina, la gouvernante, à cause d’une dette qu’il n’a pu rembourser, tandis que Susanna est convoitée par le Comte, un séducteur invétéré qui ne dédaignerait pas de rétablir son droit de cuissage pour passer la nuit de noces avec elle. Pour échapper à cette fâcheuse situation, Figaro use d’un stratagème : un billet galant doit faire croire au Comte que la Comtesse, injustement délaissée, va rencontrer un amant. De son côté, le Comte fixe à Susanna un rendez-vous dans le jardin. À partir de là, tout est une enfilade de quiproquos, de révélations familiales, de déclarations enflammées auxquelles se mêlent divers personnages tels le jeune page Cherubino, qui se languit pour la Comtesse, Bartolo, le médecin de Séville, Don Basilio et Don Curzio, respectivement maître de musique et juge. Même le jardinier d’Almaviva, Antonio, et sa fille Barbarina sont de l’action avec un chœur de paysans.

C’est donc dans ce cadre et cette action que ce lot de personnages a défilé sur scène.  Et le public a eu droit à une distribution étoilée pour incarner ces divers protagonistes ! Le baryton-basse italien Ildebrando d’Arcangelo possède un timbre cuivré résonnant et a tout de l’attitude moqueuse et assurée typique d’un Figaro. Sa partenaire de jeu, l’Austro-Anglaise Anna Prohaska faisait un retour sur scène à l’OSM après avoir incarné Fiordiligi dans Cosi. Sa voix est claire et brillante, mais perd parfois d’articulation dans les graves, même dans un effectif orchestral mozartien. Mention également pour les deux personnages nobles du Comte et de la Comtesse, soit Luca Pisaroni et Masabane Cecilia Rangwanasha. Pisaroni incarne un Almaviva délectable tant avec son timbre élégant et puissant que par son jeu scénique intelligent qui rend parfaitement les contours de ce personnage à la fois noble et gamin. Rangwanasha incarne quant à elle une comtesse aux couleurs vocales chaleureuses et enveloppantes. Son aria « Dove suono », pris dans un tempo légèrement allant, étant une interprétation d’anthologie. Mention également pour Avery Amereau, parfaitement ingénue dans le rôle du jeune page Cherubino ainsi que pour Dorothea Röschmann en Marcellina d’une grande stature. Trop court dans leur intervention, Robert Pomakov (Bartolo), Angelo Moretti (Don Basilioi/Don Curzio), Geoffroy Salvas (Antonio) et Carol-Anne Roussel (Barbarina), ont offert une présence tout aussi investie et incarnée musicalement.

Menée par un orchestre et un chef qui ne laisse aucun temps mort, l’action sur scène est toujours maintenue en alerte dans ces grandes scènes lyriques, qui étaient encadrées par des interventions de la narratrice, la comédienne Madeleine Sarr, qui venait contextualiser l’action des scènes. L’écriture du texte narratif réalisé par Mani Soleymanlou était efficace, précise et poétique. Avec cette formule d’opéra-concert, l’OSM s’inscrit dans un filon intéressant et attractif qui mélange habilement les éléments et code l’opéra dans un format accessible et tout aussi enlevant qu’une production à grand déploiement. L’assistance nombreuse de la Maison symphonique en fait foi On ne peut qu’espérer avec anticipation la probable prochaine production dans ce format de Don Giovanni qui viendrait conclure la trilogie de Da Ponte.

Cette folle soirée est présentée de nouveau le vendredi 20 mars. Si vous avez la chance d’assister aux noces, accourez !

crédits photo: Gabriel Fournier

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