Pays : États-Unis Label : Republic Records Genres et styles : pop / synth-pop Année : 2024

Rattrapage 2024 | Ariana Grande – eternal sunshine

· par Marilyn Bouchard

Ariana Grande revenait en force ce 8 mars 2024 avec son septième album eternal sunshine, une collection de 13 chansons où pop synthétique et R&B fusionnent, en passant par des teintes disco et même house, relatant avec fantaisie et transparence ses réflexions sur son cheminement, ses relations passées et les blessures du cœur.

Coécrit et produit aux côtés du suédois Max Martin et de leur acolyte Ilya Salmanzadeh, l’album s’est inspiré du film de Michel Gondry Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004). L’enregistrement a été conçu avec une grande attention aux détails, une minutie qui s’accorde parfaitement avec une des poésies les plus réfléchies d’Ariana à ce jour. Dansant et rempli de mélodies d’une efficacité redoutable, l’expérience de l’équipe s’y entend et la maturité artistique de l’artiste s’y développe à la manière d’un bon vin.

On place dès l’ouverture la forte influence R&B de l’album sur intro (end of the world), un courte pièce (1 min 32 sec) où l’interrogation est le point de départ des rimes d’Ariana – « how can i tell if i’m in the right relationship/aren’t you supposed to know that shit/feel it in your bones and own that shit? ».

On entre ensuite dans le pan disco de l’album avec la libérée bye, où l’artiste trouve l’impulsion de quitter ce qui ne lui convient plus, sur fond de cordes joyeuses et de maracas entraînants. Sur don’t wanna break up again, le constat inévitable que les chemins doivent se séparer prend la forme d’une délicate pièce aux couches vocales soyeuses.

Saturn Returns Interlude nous partage, à travers un bref voyage spatial sonore, un extrait d’enregistrement de l’astrologue Diana Garland. Il y est question des cycles de la planète et de ses conséquences sur le besoin d’être en phase avec sa vie et soi-même.

Chanson-titre de l’album, eternal sunshine arrive doucement avec sa touche de steel drum texturé, son hi-hat trappy et sa mélodie sensuelle alors que la passionnée supernatural nous répète agréablement « won’t break can’t shake this fate rewrite/ deep breaths tight chest life death rewind », tel un mantra jusqu’à la conclusion, petit clin d’œil au jeu vidéo Atari en prime.

Sur true story, ma préférée de l’album, on retrouve certains des plus beaux moments de performance vocale. Et sur la sulfureuse the boy is mine on revisite l’esprit de la chanson-culte des années 90 de Brandy & Monica.

Extrait fort de l’album, yes, and? est habilement placé juste après pour remonter l’énergie avec les paroles les plus audacieuses, assumées et défiantes de l’album. Ariana y prend position par rapport aux ragots avec élégance en s’adressant directement aux porteurs de jugements et à l’influence des opinions publiques à travers un vidéoclip qui leur sert avec aplomb: « my face is sitting I don’t need no disguise/don’t comment on my body, do not reply/your business is yours and mine is mine/why do you care so much whose i ride? », parfait pour enflammer une piste de danse ou une gent féminine vengeresse.

La synth-pop we can’t be friends (wait for your love) à l’évolution un peu épique et la stellaire i wish i hated you suivent, nous menant à une dernière douce ballade à la guitare sèche, imperfect for you, prenant son envol avec la rythmique du texte des refrains « (and usually i’m) fucked up anxious too much but i’ll love you like you need me to, imperfect for you / messy completely distressed but i’m not like that since I met you, imperfect for you », touchante de vulnérabilité.

Enfin, on clôt l’écoute avec ordinary things, qui nous gâte de la présence de Nonna, la grand-mère d’Ariana prodiguant le conseil final menant à la lucidité.

Initié par les doutes et les questionnements, l’écoute progresse (rapidement vu les 35 minutes de l’album) mais sûrement vers plus de conscience, de cohérence, de connaissance de soi et de guérison pour arriver vers une clarté d’esprit et un sentiment d’acceptation .

Une belle évolution émotionnelle et musicale de la part d’Ariana, à la hauteur de ce qu’on attendait comme suite de la part d’une artiste qui nous démontre qu’elle est loin d’avoir terminé de transcender ses expériences personnelles en mélodies suaves et dansantes.

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