Artiste Deutsche Grammophon originaire de Bogotá, le violoncelliste colombien Santiago Cañón-Valencia est aussi compositeur et artiste visuel (peintre et photographe), et c’est avec tout ce panache d’artiste sud-américain, lunettes teintées, et cheveux noir ébène lissés vers l’arrière que le protagoniste fait son entrée sur scène.
Artiste Steinway, le pianiste philippino-américain Victor Santiago Asunción à la discographie déjà très riche, se passionne particulièrement pour la musique de chambre. Vêtu de palazzos très larges et d’une chemise noire scintillante, il dresse lui aussi la nappe pour une soirée haut en couleurs et en textures.
Bien que notre violoncelliste se soit produit avec orchestre dès l’âge de 6 ans, Santiago Cañón-Valencia n’a rien de l’enfant prodige ayant mal vieilli, bien au contraire. Encore tout jeune ! Rien n’y est pour le spectacle, tout vient de l’intérieur, tout vient pour la musique et pour l’art.
La magie a fait son oeuvre dès le premier mouvement de la suite populaire espagnole de Manuel De Falla. Mais avec le deuxième mouvement, Nana, on a assisté à quelque chose d’absolument magique: les notes chaudes et veloutées jouées pianissimo, tout doucement sur le Steinway de Hambourg, magnifiées par ces couleurs uniques de violoncelle, tout en intériorité, ainsi dégustées grâce à l’acoustique parfaite de la salle Bourgie,
On a tous compris qu’on vivrait une grande soirée.
Pour clore la première partie, la sonate qu’Alberto Ginastera (dans un langage devenu plus contemporain), avait composée pour son épouse: éclats modernes, virtuoses, exprimés dans un langage abstrait « vulgarisé » par une interprétation tellement assumée et claire.
Le temps de reprendre notre souffle pour amorcer la deuxième partie, c’est avec un Fratres d’Arvo Pärt dont le début était absolument sublime et sans effort. Pärt descendu du ciel ! Le violoncelliste dit avoir entendu cette œuvre pour la première fois à Bogota à l’âge de 8 ou 9 ans. Épiphanie !
Suivait la seule pièce nécessitant une partition (faut le faire!), la Pietà de Ian Cusson, pour violoncelle seul, qui révèle toute la riche palette de l’artiste.
Après une sonate de Chostakovitch excutée avec un mélange d’intériorité et de fougue virtuose, mais jamais gratuite et sans exagérer, nos deux artistes nous ont fait le cadeau d’un rappel avec la composition délicieuse du violoncelliste, Ouróboros. Riches en harmonies et rythmes hypnotiques. Délicieuse soirée.
Salle Bourgie, le 4 novembre 2026
SANTIAGO CAÑÓN-VALENCIA, violoncelle
VICTOR SANTIAGO ASUNCIÓN, piano
MANUEL DE FALLA (1876-1946) Suite populaire espagnole
ALBERTO GINASTERA (1916-1983) Sonate pour violoncelle et piano, op. 49 (1979)
ARVO PÄRT (né en 1935) Fratres (1977)
IAN CUSSON (né en 1981) La Pietà, pour violoncelle seul (2021)
DMITRI CHOSTAKOVITCH (1906-1975) Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur, op. 40






















