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OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

par Chloé Rouffignac

Ce vendredi 16 octobre, la Salle Bourgie accueillait quatre musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal pour une soirée de musique de chambre aux trois univers musicaux bien distincts. De l’écriture contemporaine d’Ian Cusson à l’élégance de Franz Schubert, avant de s’achever sur le Quatuor en sol mineur de Claude Debussy, le programme offrait un panorama contrasté du répertoire de quatuor à cordes.

Réunissant Richard Zheng et Ariane Lajoie aux violons, Sofia Gentile à l’alto et Julien Siino au violoncelle, la formation prend l’initiative appréciable de se présenter. Dans l’engouement de Richard Zheng, on soupçonne qu’il ne s’agit pas d’une formule standard naturelle pour des artistes qui -pourtant- sont des habitués de grands publics. 

La soirée s’ouvre sur Yume (Dreams), une œuvre composée en 2024 par le Canadien Ian Cusson. Inspirée de trois épisodes du film Dreams d’Akira Kurosawa, la composition propose une exploration sonore où textures, couleurs et motifs rythmiques participent à la construction de paysages musicaux évocateurs. 

Dès le premier mouvement, Sunshine Through the Rain, les musiciens font preuve d’une grande transparence sonore. Les différentes voix s’entremêlent avec précision, laissant apparaître les changements de textures et de couleurs qui caractérisent l’écriture de Cusson. Les dissonances sont abordées avec une justesse et une maîtrise qui permettent d’en apprécier la richesse, là où l’oreille aurait d’ordinaire tendance à s’impatienter d’une résolution.

Dans The Peach Orchard, le violoncelle se distingue notamment par un passage particulièrement lyrique, tandis que les violons évoluent en décalage, créant un jeu de contrastes où chaque voix conserve une identité propre. L’équilibre entre les instruments permet de mettre en valeur les différents plans sonores sans sacrifier l’unité.

Quant au dernier mouvement, Village of the Watermills, se distingue par son caractère pastoral et ses motifs fluides. L’inspiration cinématographique prend alors plus de sens : l’interprétation parvient à en évoquer l’atmosphère et l’imaginaire.

Jusque là, les musiciens privilégient une communication scénique discrète, loin des échanges gestuels démonstratifs que l’on retrouve dans certaines formations de musique de chambre. Une retenue qui n’entache toutefois ni la précision des interventions ni la qualité du dialogue musical.

Avec le Quatuor à cordes no 10 en mi bémol majeur, D. 87, composé en 1813 alors que Franz Schubert n’avait que seize ans, les interprètes retrouvent un langage musical plus classique, marqué notamment par l’influence de Mozart.

Le deuxième mouvement, Scherzo (Prestissimo), laisse entrevoir les limites de cette approche discrète et retenue. Malgré une exécution maîtrisée, on aurait parfois souhaité davantage d’élan et de caractère, une prise de risque expressive susceptible d’accentuer les contrastes et de donner au discours une spontanéité plus affirmée.

Le troisième mouvement, Adagio, permet de son côté d’apprécier pleinement les qualités individuelles des instrumentistes. Le lyrisme des lignes mélodiques apporte une dimension plus intime à l’interprétation. Toujours sans grands effets ni démonstrations excessives, les musiciens privilégient une expression délicate, où la sobriété devient une véritable qualité musicale.

Une lecture qui, dans son ensemble, séduit par son raffinement et sa cohésion, même si une plus grande liberté expressive aurait parfois permis d’en révéler davantage les contrastes.

C’est toutefois avec le Quatuor à cordes en sol mineur, op. 10, de Claude Debussy que la soirée prend une toute autre dimension.

Dès les premières mesures de l’Animé et très décidé, l’engagement physique des musiciens se manifeste d’une intensité nouvelle. Les gestes s’affirment, les échanges gagnent en spontanéité et le discours musical semble animé d’une énergie que les deux œuvres précédentes n’avaient révélée qu’avec davantage de retenue.

Cette transformation ne tient pas uniquement à l’écriture plus contrastée de Debussy. Elle semble également témoigner d’une affinité particulière entre les interprètes et la partition, dont ils épousent les tensions, les respirations et les élans avec une conviction manifeste.

Les textures prennent du relief, les différents plans sonores se distinguent avec clarté, tandis que les nuances gagnent en profondeur. Le contrechant du violoncelle, notamment, s’inscrit dans un équilibre particulièrement réussi.

Dans le deuxième mouvement, Assez vif et bien rythmé, les pizzicati apportent un contraste saisissant. La précision rythmique permet aux différentes interventions de s’articuler avec netteté, donnant à la musique une vitalité nouvelle sans compromettre la cohésion de l’ensemble.

Une mention toute particulière revient à Sofia Gentile, dont la prestation à l’alto constitue l’une des révélations de la soirée. D’une chaleur et d’une profondeur, sa sonorité se démarque autant par sa beauté intrinsèque que par sa capacité à se métamorphoser au gré des intentions musicales. Tantôt feutrée et enveloppante, tantôt plus affirmée, elle apporte aux échanges une palette de couleurs d’une grande finesse. 

Le dernier mouvement, Très modéré, exige des instrumentistes une maîtrise technique et une endurance expressive considérables. Les contrastes et tensions se multiplient et l’énergie collective atteint son apogée. Malgré la densité de l’écriture, la balance se maintient sans effort.

Là où Cusson et Schubert avaient permis d’apprécier la discipline et le raffinement des quatre instrumentistes, Debussy révèle une liberté expressive et un engagement collectif particulièrement saisissants.

Au terme de cette soirée, Richard Zheng, Ariane Lajoie, Sofia Gentile et Julien Siino auront démontré les qualités essentielles d’une formation de musique de chambre : précision, écoute, équilibre et sensibilité. Mais au-delà de cette maîtrise, c’est surtout leur capacité à habiter pleinement une œuvre qui aura marqué les esprits.

D’un quatuor à l’autre, la soirée aura ainsi progressivement dévoilé une complicité musicale dont le Debussy constitue incontestablement le point culminant.

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