Je vais vous faire un aveu: en ce 4 novembre, anormalement chaud et ensoleillé, j’étais sur un nuage. Cette victoire démocrate à l’ampleur inattendue me mettait dans d’excellentes dispositions pour écouter la musique d’un irako-américain, Amir ElSaffar, qui m’avait confié en entrevue qu’il entretenait beaucoup d’espoir pour ces élections américaines de mi-mandat.
La musique allait être à la hauteur. Et allait nous mener jusqu’à la stratosphère ! À la condition que nos oreilles y soient disposées. Ce concert, divisé en deux parties, constitue une fusion innovante entre voix, trompette, santour et quatuor à cordes. Et surtout, une fusion entre différents mondes musicaux, de la microtonalité du maqãm irakien à la polyphonie issue de la musique classique. Entre autres.
Ashwaaq, une composition créée en 2012 en France, s’inspire de la poésie du grand maître Soufi Ibn Abadi.
Ici, Amir ElSaffar joue du santour, cet instrument à 72 cordes, au son cristallin et unique. Le chanteur Syrien Khaled Al-Hafez nous amène dans des incantations douces, au bord du mysticisme. Mais c’est le quatuor à cordes qui occupe très rapidement notre centre d’attention.
Dona ElSaffar à l’alto (la soeur d’Amir), Megan Weeder et Keir Gowilt aux violon, ainsi que Naseem AlAtrash au violoncelle, jongle avec une virtuosité et une intensité peu commune entre les différentes cultures musicales. Les arrangements d’Amir ElSaffar sont exigeants et surprenants.
J’adore les quatuors à cordes, et je me suis laissé emporter par celui-ci. Il faut accepter un univers musical où les univers se croisent et où la dissonance fait partie du jeu. À noter que ce concert servait de préparation à l’enregistrement d’un album, qui paraîtra dans les prochains mois.
En deuxième partie, Amir ElSaffar nous a présenté Taqasim à la Trompette, qu’il nous a décrit comme « une méditation pour trompette et autres instruments. Cette pièce a été complètement réécrite pour le quatuor à cordes. En ce sens, il s’agissait d’une nouvelle création.
Et nous avons été relancés dans une symbiose culturelle, assez intense pour une « médiation ». Parfois, j’ai eu l’impression d’entendre du rigodon microtonal, auquel Angine de Poitrine aurait pu se joindre. Parfois, j’entendais du menuet, parfois du tzigane, parfois du jazz. À un moment, nous avons été plongés dans un puits de tristesse infinie, pour ensuite nous retrouver dans un état proche de l’exaltation et de la transe.
Amir ElSaffar a adopté la microtonalité des musiques arabes dans son jeu de trompette. C’est un exploit. Seul petit bémol: j’ai trouvé parfois son son trop cérébral et pas assez émotif. Mais quelle musique! Quelle inventivité, devant une Cinquième Salle clairsemée, il m’a semblé.
En finale, peut-être pour récompenser le public d’avoir écouté une musique difficile, le groupe a présenté deux chansons traditionnelles, en ramenant Khaled Al-Hafez au chant. Une bonne partie du public arabophone s’est mis à chanter en claquant des mains.
Un retour sur terre après ce voyage interculturel sidéral.
Je termine en ajoutant qu’Amir Elsaffar est un compositeur aux multiples facettes. Il joue autant du jazz que de l’électronique ou du classique en construisant une œuvre musicale hors normes.























