Pays : Québec Label : ATMA Classique Genres et styles : classique / néoclassique / opéra Année : 2022

Artistes variés – Nelligan

· par Frédéric Cardin

On accole souvent le terme ‘’populaire’’ à cet opéra d’André Gagnon et Michel Tremblay. Mais qu’est-ce au juste? Madama Butterfly n’est-il pas immensément populaire aussi? En ce qui me concerne, il s’agit d’un opéra, point. Et quel bijou de notre répertoire national. Un texte simple, sans ‘’faux-nelliganismes’’ qui auraient voulu imiter le poète maudit souvent cité par ses compatriotes depuis son entrée aussi fulgurante qu’éphémère dans le récit littéraire national. On aime Nelligan, il est notre Rimbaud, notre Beaudelaire, notre Verlaine, même s’il n’en avait pas le génie (ou du moins on ne le saura jamais, car si seulement si….). Il concentre en lui, dans cette vie tragique et grandiose, une certaine essence de l’expérience québécoise : la bienveillance maternelle francophone, associée au rêve perdu d’une Nouvelle-France assassinée en 1760, puis la dureté du père anglophone, symbole de la domination et du mépris britannique envers cette nation turbulente, indisciplinée et jamais vraiment au diapason de ses objectifs idéologiques.

C’est en utilisant une langue quotidienne relevée par une symbolique accessible que Tremblay a voulu, avec succès, traduire ce drame ô combien compréhensible pour les Québécois francophones. La musique d’André Gagnon, elle, est l’une de ses meilleures. La poignante mélancolie naturelle du compositeur trouvant ici sa destination idéale. 

Après la création en 1990, deux versions sont venues étoffer la partition. La première, symphonique, est apparue en 2005 grâce à l’Orchestre symphonique de Montréal. Une version forte et mémorable, où seul Dominique Côté représentait la gente lyrique aux côtés de voix ‘’populaires’’ solides (Daniel Lavoie, Daniel Bélanger, Richard Séguin, Pierre Flynn, etc.)

Puis, en 2010, une version chambriste, brillamment accomplie grâce aux arrangements d’Anthony Rozankovic pour deux pianos et violoncelle, est présentée au Monument National. Cette version faisait une plus grande place au lyrisme en confiant le rôle du vieux Nelligan à Marc Hervieux et celui du jeune à, encore, Dominique Côté.

Cet enregistrement Atma présente cette version, mais dans la reprise au TNM en janvier 2020 (juste avant la pandémie, ouf!). Hervieux et Côté sont au rendez-vous, aux côtés d’artistes autant lyriques (Cécile Muhire, Noëlla Huet) que dramatiques (Linda Sorgini, Jean Maheux)

Bien qu’à de rarissimes occasions une fragilité tonale puisse affecter un ou deux passages chantés par l’un des artistes non-lyriques, l’ensemble est d’une grande solidité. Les rôles sont incarnés avec justesse. Même si j’ai trouvé le personnage de Charles Gill un peu maniéré dans la magnifique Chasse-Galerie, et que Daniel Bélanger dans la version OSM du même passage semblait voguer avec plus d’aisance et d’abandon, je demeure impressionné par la force émotionnelle conviée par cette distribution. Kathleen Fortin suscite les frissons lorsqu’elle chante ‘’mon fils se noie’’ dans Beaudelaire a tué son sourire.

La partition, superbement intimiste sans faire l’impasse sur la puissance émotionnelle, est grandement rendue par les pianistes Esther Gonthier et Rosalie Asselin, mais surtout par la violoncelliste Chloé Dominguez, l’âme profonde de cette version de l’opéra.

Une œuvre qui s’accommode de multiples visions et interprétations en ne cessant d’être pertinente et appréciée, c’est pas mal proche d’un chef-d’œuvre, non? Amusez-vous au jeu des comparaisons avec les versions précédentes, mais retenez que Nelligan, opéra québécois essentiel, ne mourra probablement jamais. 

Tout le contenu 360

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Arion : Cendrillon s’amuse et déploie sa magie

Arion : Cendrillon s’amuse et déploie sa magie

Mois du Créole 2026 | David Bontemps, entre piano et héritage de Dessalines

Mois du Créole 2026 | David Bontemps, entre piano et héritage de Dessalines

Le Vivier | Entre chaos, humour et musique, l’univers déjanté de Tonitruances

Le Vivier | Entre chaos, humour et musique, l’univers déjanté de Tonitruances

Prix Azrieli 2026 : les quatre piliers du Temple

Prix Azrieli 2026 : les quatre piliers du Temple

Gabriella Olivo – Reflexiones

Gabriella Olivo – Reflexiones

Ensemble Caprice au 9e : Dialogue avec l’Inde carnatique

Ensemble Caprice au 9e : Dialogue avec l’Inde carnatique

Une Cendrillon ressuscitée et pyrotechnique à la salle Bourgie

Une Cendrillon ressuscitée et pyrotechnique à la salle Bourgie

Mois du Créole 2026 | Pierre-Roland Bain : entre bilan et perspectives

Mois du Créole 2026 | Pierre-Roland Bain : entre bilan et perspectives

Girl Ultra – RRRomeo

Girl Ultra – RRRomeo

Cameron Winter – Live at Carnegie Hall

Cameron Winter – Live at Carnegie Hall

Tout le monde est ami avec Broken Social Scene

Tout le monde est ami avec Broken Social Scene

Akousma 2026 | Louis Dufort nous explique tout !

Akousma 2026 | Louis Dufort nous explique tout !

Slayyyter fait ressortir les « Wor$t Girls » à Montréal

Slayyyter fait ressortir les « Wor$t Girls » à Montréal

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné