Au programme de cette soirée proposée par No Hay Banda, en première partie, une pièce du compositeur colombien Daniel Leguizamon intitulée Tallado en el aire (sculpté dans l’air), écrite à l’origine pour le duo Wapiti formé du pianiste Daniel Áñez et de la violoniste Geneviève Liboiron, mais où cette fois le pianiste est flanqué de la violoniste Adrienne Munden-Dixon.
Et en seconde, le trio Beatings are in the Body réunissant la chanteuse Erika Angell, Suédoise d’origine mais établie à Montréal depuis une douzaine d’années, connue comme la voix du groupe Thus:Owls et ses nombreuses collaborations et projets solo , la pianiste Róisín Adams du groupe Hildegard’s Ghost et la violoncelliste bien connue Peggy Lee, toutes deux de Vancouver.
J’avais lu l’interview accordée par Daniel Áñez à mon collègue Frédéric Cardin et j’étais curieux de voir à quoi ressemblerait cette bande composée d’extraits d’archives du festival Suoni Per Il Popolo assemblée par Áñez et Munden-Dixon qui servirait de trame de fond conformément aux spécifications du compositeur. Celles-ci exigent en effet que cette trame soit constituée d’enregistrements effectués à l’endroit même où la pièce est jouée, et comme il s’agit de la Sala Rossa…
Dans cette interview, Áñez avait également dit que pour se préparer, le tandem avait joué toutes les pièces de Morton Feldman écrites pour violon et piano, et ça se comprend, la partition de Leguizamon possède en effet le même genre d’économie, avec des notes éparses, parfois répétitives, mais jouée avec délicatesse et une certaine lenteur. C’était à la fois abstrait et planant bien qu’un peu austère.
Quant à la trame de fond, elle se composait surtout de bribes de conversations inintelligibles et de bruits divers, mais à un volume si ténu qu’elle n’était qu’en filigrane. Elle réussissait cependant très bien à mettre la musique en relief, à lui donner une sorte de profondeur de champ et permettait étonnamment de mieux comprendre le sens du titre de la pièce.
L’ensemble a plongé l’auditeur que je suis dans une sorte de rêverie que j’aurais prolongée bien au-delà de la vingtaine de minutes que durait la pièce. Mais il est vrai que j’aime beaucoup la musique de Morton Feldman.
Je ne sais pas si c’est parce que la première partie était tout en douceur, mais il m’a semblé que l’amplification du trio qui suivait manquait un peu de tonus. Même si après la première pièce la chanteuse a demandé qu’on monte le volume de son micro, j’avais l’impression qu’elle manquait de « présence » (c’est le mot qui m’est venu), ce qui est assez ironique quand l’interprète est là, en chair et en os, devant soi. Ça s’est amélioré au fil du concert, mais tout du long les textes, livrés le plus souvent sur le ton de la confidence, n’étaient intelligibles que par bribes, et ce n’est pas parce que la pianiste et la violoncelliste enterraient la chanteuse.
Je comprends que cette musique de chambre intimiste ait besoin d’être un peu comme un éclairage tamisé et que ce genre de dosage est difficile à obtenir en concert quand on ne dispose pas des moyens nécessaires, mais… En fait, il a fallu que j’écoute le disque pour me rendre compte de ce qui manquait. Dommage, d’autant que Madame Angell a une fort jolie voix.























