Après l’événement Opera’Actuel la semaine dernière dans la programmation du Vivier, c’était de nouveau la voix qui était à l’honneur dans la programmation d’un organisme en musique nouvelle alors que la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) ouvrait sa 61ème saison avec Sotto Voce, un concert qui mettait de l’avant la création lyrique contemporaine.
La voix est un matériau stylistique et une source d’inspiration qui occupe depuis plusieurs décennies selon les dires de Simon Bertrand, directeur artistique de la SMCQ, une place toute particulière et prisée des compositeurs et compositrices. Cette richesse que l’on retrouve dans ce programme trace en filigrane l’héritage qu’a laissé notamment Claude Vivier avec des œuvres iconiques tels Lonely Child, une de ces pièces les plus connues, mais aussi avec Bouchara, ce chant d’extase à l’amour qui était le pénultième moment de ce concert. Sans être un fil stylistique apparent, c’est une célébration de la voix sous ces différentes facettes qui a été proposée à l’assistance de la Salle Pierre-Mercure.
En introduction, la soprano Marianne Lambert a interprété des extraits du cycle Laudes du compositeur Marc Hyland, accompagné au piano par Pamela Reimer. Hyland a voulu célébrer et exprimer dans ces louanges « son éblouissement devant le principe créateur à l’origine de tout, en libérant le chant de sa fonction poétique ou sémantique rationnelle ». Pour ce faire, il a extrait pour chaque pièce des phonèmes de trois textes traduits en plusieurs langues. À un accompagnement au piano tantôt épuré et intime, tantôt actif, Lambert appose à ce flot vocal une voix brillante et claire, usant de différentes techniques, notamment le bocca chiusa (bouche fermée) pour créer un effet timbrale distinctif.
Madrigal VI de Bruce Mather est la pièce qui a demandé et qui a été la plus méditative. Écrite pour soprano, flûte, piano et bande magnétique, la pièce fait interagir le matériel musical sur support, soit la flûte et la voix de soprano pré-enregistré, avec ces mêmes interprètes dans un jeu de dialogues. Le timbre vocal perçant de Magali Simard-Galdès se mélangeait aux hautes fréquences de la flûte de Marie-Hélène Brault alors que Pamela Reimer ponctuait cette action musicale d’interventions utilisant le piano dans son corps complet, de jouer en étouffant les cordes à faire frotter le crin d’un archet entre celles-ci.



C’était une excellente idée de la part de Simon Bertrand que de faire intervenir la soprano Marie-Danielle Parent, celle qui a été une muse et une interprète des œuvres de Claude Vivier. Son allocation sagace après la pièce de Mather, en plus d’offrir une fenêtre sur la personne profondément humaine qu’était son ami Claude, elle a permis de donner du contexte au style de Vivier à la création de Bouchara. C’est une œuvre complexe où Vivier invente un langage de mots qui privilégie les consonnes percussives et les syllabes construites avec la voyelle « Y » et dont l’évolution dans la chanson d’amour installe progressivement une dynamique incantatoire. La soprano Elisabeth Boudreault a offert une performance incarnée et digne. L’extase de la chanson d’amour, elle le vivait dans son corps, dans son esprit et dans ces gestes. C’était un spectacle autant de la voir vivre cette œuvre que de regarder Cristian Gort, chef de l’Ensemble de la SMCQ, vivre avec tout autant d’énergie et de plaisir. Que ce soit dans son introduction épurée où le violoncelle interagit avec le son du cor; les envolées lyriques ratissant une large tessiture vocale et les imposants coups de gongs, l’extase était palpable du début à la fin.
La conclusion de la soirée appartenait à Sébastien Goulet à qui la SMCQ avait passé une commande d’œuvre : Ophiolite. Faire suite en concert à une pièce de Vivier peut être intimidant pour un jeune compositeur, mais Goulet s’en est tiré avec élégance, présentant une composition pour deux sopranos, accompagné d’un instrumentarium conséquent, composé entre autres de deux clarinettes, d’une harpe, d’un hautbois, d’une trompette, d’un cor et de cordes. L’inspiration de Bouchara est apparente, notamment dans la texture orchestrale et avec ces grands temps fort marqués fortissimo qui viennent accentuer des changements d’actions dans le texte. Le traitement de la poésie est, lui, plutôt conventionnel et très tonal avec des élans très imagés, presque cinématographique. À ces textures orchestrales, Goulet compose des lignes vocales d’une grande finesse, faisant un usage judicieux des timbres de Magali Simard-Galdès et Elisabeth Boudreault.
La voix de la musique contemporaine est bien vivante et fertile et elle continuera de s’exprimer sous ces différentes facettes, alors la SMCQ se prépare pour l’édition 2027 du festival Montréal/Nouvelles Musiques qui aura pour thème : les Amériques.
crédits photos : Luc Desjardins























