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Présenté ce mercredi à l’édifice Wilder par l’Ensemble SuperMusique et sa soeur vocale, la Chorale Joker, Fleurs passion réunit des œuvres de compositrices et compositeurs issus de générations et chemins stylistiques divers. Sur le thème de l’amour en ces temps humains pour le moins complexes, trois œuvres seront interprétées dans ce programme présenté de concert avec Le Vivier: création collective construite autour de brefs poèmes, les coplas; création du multi-instrumentiste Jean Derome; reprise d’une œuvre d’Émilie Girard-Charest adaptée pour l’improvisation.
Joane Hétu et Jean Derome nous en causent, en long et et large!
PAN M 360 : Parlez-nous brièvement de la relation entre ces deux entités, l’Ensemble SuperMusique et la chorale Joker. Son historique, ses rencontres passées et la volonté de les réunir à nouveau.
Joane Hétu : Avec les années, on a clairement identifié qu’il avait deux ensembles en résidence chez Productions SuperMusique, c’était l’ensemble SuperMusique et la Chorale Joker. L’ensemble SuperMusique est né en 1998, c’est Danielle Palardy-Roger qui l’a fondé. Danielle s’était alors dit « pourquoi n’aurait-on pas un ensemble un peu à la manière des contemporains? » Elle souhaitait obtenir plus de financement public en ayant un ensemble fondé sur un répertoire de musique improvisée ou de partitions graphiques. L’Ensemble dure donc depuis 1998. SuperMusique est un ensemble à géométrie variable, on choisit les musiciens qui conviennent à chaque projet et aussi selon les disponibilités des interprètes. Pour la Chorale Joker : j’ai ressenti l’impulsion du travail de Christine Duncan à Toronto avec son Element Choir, j’étais fascinée par cet ensemble qu’elle dirigeait juste avec des signes et qui n’était pas lié à la tonalité et à un répertoire. C’était un répertoire improvisé à chaque concert. Je m’étais dit alors, moi aussi je veux faire ça ! Et j’ai fondé la Chorale Joker en 2012, on a fait plusieurs beaux projets depuis. Quand c’est pertinent, on l’intègre à l’ensemble SuperMusique.
PAN M 360: « Fleurs passion est une ode à l’amour et à la passion, un hymne romantique et actuel empreint de l’acuité de notre siècle; un poème musical joué avec fougue par les instrumentistes de l’ESM et des membres de la Chorale Joker. »
Comment pouvons-nous en identifier la thématique ?
Joane Hétu : Nos saisons sont programmées presque deux ans à l’avance. Alors, pour la saison 2026-27, on avait souhaité, on a souhaité, Danielle Palardy-Roger et moi, de faire un show sur l’amour. Ça nous a semblé être un bon antidote. Pourquoi ne pas parler d’amour alors que tout va si mal et qu’il y a tant de déceptions, de dépits dans nos vies en ce moment sur la Terre. Alors, on a dit, nous, on va faire un show sur l’amour.
Mais c’est sûr que c’est un show sur l’amour, le thème est abordé de manière très large. Et pour ce faire, on a décidé de présenter trois pièces, dont deux créations, puis une pièce qui est une reprise. C’est d’un romantisme très actuel, ce n’est pas un romantisme évident Ce n’est pas lié à l’époque romantique, mais c’est une ode à l’amour, à la folie de l’amour, à l’effervescence que l’amour peut nous procurer, à cette grande joie que procure l’amour. Je pense que l’amour se trouve dans les trois pièces. Il n’y a pas vraiment de difficulté à en identifier la notion. Laissez-vous aller au concert, ça va venir tout seul!
PAN M 360 : De quelle manière se décline cet « hymne romantique » ou « ode à l’amour »
Joane Hétu : Pour ce programme, la pertinence venait de la pièce Hurler la beauté de la chair d’Émilie Girard-Charest. Pour cette pièce dans sa première version, il y avait six récitants qui étaient des gens de théâtre. Cette fois, j’ai dit à Émilie, on ne pourra pas être six, on n’a pas l’argent pour en avoir six, il y en aura quatre. Après quoi j’ai demandé à Jean Derome s’il prendrait les quatre membres de la Chorale Joker? Il a dit oui. Après quoi quand on a fait la pièce Coplas exquis, les chanteurs et chanteuses furent admis dans toutes les interprétations du programme, tout le monde est donc sur scène pendant tout le programme. En tout, nous sommes 16 interprètes sur scène, interprètes, compositeurs, compositrices, sauf Émilie qui vit actuellement en France.
PAN M 360 : Coplas Exquis s’annonce comme une création collective liant Éric Forget, Stéphane Diamantakiou, Émilie Fortin, Liz Lima, Hélios Paradis et Vergil Sharkya.
* Quelle en fut la motivation originelle?
* Quelles en sont les règles du jeu?
* Quelles en sont les structures et les espaces de liberté?
* Pourriez-vous nous présenter brièvement chaque protagoniste de cette œuvre collective?
* Pourquoi Coplas exquis? Une recherche nous dit qu’une copla est une forme poétique et musicale très courte, caractérisée par des strophes de quatre vers.
Joane Hétu : Nous avons décidé d’imaginer une pièce collective. Je pense que ça convenait bien à cette idée-là de l’amour, soit d’associer beaucoup de compositeurs et de compositrices ensemble. Alors, on a choisi trois femmes compositrices et trois hommes compositeurs au sein de l’ensemble SuperMusique. À chacun d’eux et d’elles, on a demandé de composer une pièce de deux minutes et demie à trois minutes. Et on a choisi les coplas pour relier le tout. On est parti d’un livre de poésie dont j’ai choisi 20 poèmes soumis aux six compositeurs et compositrices. Chacun.e a choisi un poème d’amour très bref pour l’intégrer dans sa composition et a créé un univers musical avec tout l’ensemble. C’était la prémisse qu’on demandait. Il fallait que le poème soit dit, chanté, crié, comme on veut. Puis, il fallait que tout l’orchestre soit impliqué dans la pièce. Alors, ce fut extraordinaire, une expérience fantastique. C’est Daniel Palardy-Roger qui a assuré la direction artistique de cette pièce, elle a travaillé avec chaque compositeur.trice, elle les a accompagné.e.s dans leur composition. On a appelé ça « coplas exquis » qui peut évoquer le jeu cadavre exquis. Les six pièces s’enchaînent l’une dans l’autre pour créer ces coplas d’amour.
Les six composieurs.trices sont :
Éric Forget, un artiste multidisciplinaire – danse, musique, beaucoup de théâtre. Il a une diction extraordinaire, c’est le Bernard Derome de la Chorale Joker (rires).
Stéphane Diamantakiou est contrebassiste. Il a son propre ensemble, qui habite dans Lanaudière, qui travaille avec l’ensemble SuperMusique depuis quelques années et qui apporte un beau soutien avec son jeu de contrebasse.
Émilie Fortin est trompettiste, elle a plusieurs cordes à son arc; elle travaille autant dans la musique contemporaine que dans la musique improvisée. Elle en mène large et c’est très agréable de travailler avec elle.
Liz Lima est une pionnière de la Chorale Joker, elle était là quand j’ai fondé la chorale en 2012. Grande chanteuse, clarinettiste à ses heures, elle a mené plusieurs projets personnels et qui a composé une magnifique pièce dans le cadre de ce Coplas exquis.
Helios Paradis est une nouvelle venue, et sa pièce est une de ses premières. Elle est violoniste classique, elle fait plein de choses, du folk au classique en passant par la musique improvisée.
Vergil Sharkya joue des synthétiseurs, il est avec SuperMusique depuis longtemps. J’ai déjà mené le projet Mon nom est avec lui, nous avions alors gagné un prix Opus. C’est un mentor dans notre ensemble.
PAN M 360 : Jean Derome a aussi une œuvre à mettre de l’avant, L’embarras du choix.
* Jean peut lui-même nous en expliquer le concept!
* Quel est le défi des interprètes et improvisateurs.trices?
Jean Derome : Pour L’Embarras du choix, j’ai commencé par écrire un texte, il fallait en parler avant que la chose existe. Et je me suis donné comme défi de réaliser le texte un peu spontané que j’avais fait au départ. Embarras est un mot intéressant, parce que ça exprime autant des obstacles, par exemple dans une rivière, mais aussi la gêne, la honte. L’embarras du choix a été choisi aussi parce qu’ en tant que chef d’orchestre, j’aurai l’embarras du choix : direction par signes, choix des improvisateurs.trices et interprètes en temps réel. L’embarras du choix est constituée de plusieurs pièces de longueurs différentes, et qui peuvent être toutes superposées. Il y a une pièce de 1 seconde, 2 secondes, 3 secondes, 5 secondes, 8 secondes, 13 secondes, 21, 34, suivant la progression de la suite de Fibonacci – séquence d’entiers où chaque nombre est la somme des deux précédents. Ce qui fait que la pièce la plus courte, une seconde ou un peu moins qu’une seconde, et la plus longue dure environ 6 minutes, et toutes ces pièces-là peuvent être présentées simultanément. Les groupes sont divisés par la famille de leurs instruments, cordes, percussions, bois, cuivres, voix, et les entrées se font en suivant un canon. Chacun commence sa suite de Fibonacci à partir de 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, etc., mais décalés. Il y a aussi une pièce qui se rend au chiffre 55. Il y a de grands solos, des solos d’amour. Chacun des quatre chanteurs a un solo à faire, etc.
C’est une architecture assez particulière où les couches se sédimentent. Il y aussi l’idée de floraison : des sédiments naissent, des plantes grandissent en accéléré, un peu comme on le voit dans les films documentaires sur la flore.
PAN M 360 : Hurler la beauté de la chair est d’Émilie Girard-Charest, conclut donc le programme. Un dernier mot sur cette œuvre ?
Joane Hétu : Cette pièce fut créée en 2013. Danielle et moi avions entendu et aimé cette première version, fondée sur une partition traditionnelle. On lui avait dit, « Hey, ça ne te tenterait pas d’en faire une version pour improvisation? » Elle a réécrit la pièce pour l’adapter à l’impro et on l’a interprétée en 2015. Quand on a choisi cette thématique sur l’amour, je me suis dit, « Pourquoi ne reprendrait-on pas la pièce d’Émilie Girard-Charest ? Déjà avec son titre, ça va bien avec le thème! Je le lui ai proposé, elle a été emballée et donc l’Ensemble SuperMusique en fera une nouvelle version. Par hasard, Émilie était à Montréal lors de la première répétition, elle nous a bien guidé.e.s! Sa pièce est claire et aussi vraiment folle. Ce ne sera pas un concert tranquille et formel, ce sera un concert agité, coloré, plein de folie.
PROGRAMME
Stéphane Diamantakiou, Éric Forget, Émilie Fortin, Liz Lima, Hélios Paradis, Vergil Sharkya’: Colpas exquis, 2026, création
Jean Derome: L’embarras du choix (2026) 15 min. création mondiale
Émilie Girard-Charest: Hurler la beauté de la chair (2013) 17 min. reprise
ARTISTES
- Ensemble SuperMusique
- Jean Derome (saxophone, flûtes, objets)
- Stéphane Diamantakiou (contrebasse)
- Bernard Falaise (guitare électrique)
- Mili Hong (percussions)
- Audréanne Filion (violoncelle)
- Émilie Fortin (trompette)
- Lori Freedman (clarinettes)
- Julie Houle (tuba)
- Hélios Paradis (violon)
- Kalun Leung (trombone)
- Vergil Sharkya’ (synthétiseur)
- La Chorale Joker
- Alexandra Templier (voix)
- Laurent Bellemare (voix)
- Éric Forget (voix)
- Elizabeth Lima (voix)
- Jean Derome (chef)
- Joane Hétu (cheffe)























