Cela faisait longtemps que je rêvais d’une musique qui oserait mélanger les sons de claviers modernes (synthés old-school, orgue B-3) avec la richesse sonore d’un orchestre classique, dans des compositions raffinées, sérieuses. Jusqu’à ce que Mathieu David Gagnon m’offre (mais pas qu’à moi, bien sûr) exactement cela avec son premier volume de Flore laurentienne.
On avait là de belles cordes, une quinzaine, additionées de claviers synthétiques/électriques, comme le B-3, mais aussi un Minimoog et différents Yamaha commerciaux. L’expérience avait été assez concluante pour impressionner à peu près tout le monde, du classiqueux rigoureux à l’adepte de musique de films et aux autres plus inclinés vers la musique pop instru. C’était en 2019.
Puis, en 2022, le Volume II sortait. On y retrouvait la même bienveillance mutuelle entre claviers ‘’artificiels’’ et cordes naturelles, avec l’ajout d’une clarinette, qui venait apporter une touche d’individualité sonore.
Là, le Volume III arrive et témoigne d’une nouvelle étoffe compositionnelle. Ça se remarque dès la première plage (magnifique Fleurs), de laquelle émane des odeurs distinctes, plus ‘’travaillées’’ et ‘’composées’’, symphoniquement parlant. Solos de violon, arpèges minimalistes, tintinnabullants, provenant des claviers, cordes en pizzicato, bref on est ailleurs dans l’évolution de la confiance du compositeur Mathieu David Gagnon.
Le jeune homme a compris que ses instruments acoustiques peuvent être plus originalement expressifs grâce à autre chose que juste des mélodies et des accords chaleureux. Ce n’est là, en vérité, que le niveau 1, basique, des possibilités d’un orchestre classique. Il y a aussi les textures, les couleurs, les dynamiques de nuances contrastées, etc. Et ce Volume III témoigne d’une acquisition de maturité qui s’exprime à travers l’utilisation d’un peu toutes ces notions.
Les cordes glissent et crée des ondulations étonnantes (Petit matin), une harpe amène un pointillisme rafraîchissant, aéré (Le temps). Les claviers sont moins dominants, mais ils ont leurs minutes de gloire Reich-iennes (excitante Régate) et ambiantes (Fleuve VIII).
Et à ceux et celles qui craignent une trahison de l’âme romantique et contemplative des deux premiers volumes, Gendron répond avec des pages émotionnellement puissantes et orchestralement somptueuses (Fleuve VII)
La dernière plage, (À travers les) Chablis, loin de nous laisser sur une conclusion facile et rassurante, ouvre plutôt une porte sur un autre monde possible de la Flore. Sur fond de percus en apparence libres, sans rythme ou pulsation précise, les claviers apparaissent et se gonflent graduellement dans une marée sonore de plus en plus insistante, à travers laquelle émerge finalement tout l’orchestre acoustique dans un climax puissant, qui se résorbe et disparaît dans la nuit.
La trilogie Flore laurentienne se termine ici, dans une très belle réussite, sur un adieu qui ressemble plutôt à un au revoir.
Flore laurentienne est en pleine tournée européenne au moment où ces lignes sont écrites, mais la trame sonore québécoise sera de retour au Québec avec un grand concert le 26 juin 2026, lors du Festival international de Jazz de Montréal. Ensuite, ce sera Ottawa (le 27), Petite-Vallée le 30, puis plus tard à l’automne, Otterburn Park et Sherbrooke. D’autres dates risquent de s’ajouter. Consultez le site de l’artiste.




















