L’Autrichien Muthspiel (guitare) propose ici sa troisième itération discographique avec les États-Uniens Scott Colley (contrebasse) et Brian Blade (batterie), des légendes de plein droit. Cet album aptement nommé en honneur de la ville où il a été pérennisé comprend dix plages dont huit compositions originales. Les deux reprises encadrent le programme, soit un Lisbon Stomp initial bien aéré de Keith Jarrett, ici dénudé afin de mettre la lumière sur tous les détails d’un contrepoint fuyant décliné avec une extrême clarté par les trois artistes. Colley et Blade semblent y jouer au chat et à la souris avec un plaisir truculent.
Puis, en fin de parcours, c’est Abacus de Paul Motian (de l’album Misterioso, 1987) dont la mélodie est d’abord taquinée par Muthspiel avant d’être ouverte plus librement. Le guitariste lui donne une personnalité plus confidentielle que dans la version (ECM aussi) de Chris Potter et Jason Moran. Puis, à côté de l’originale, plus étoffée orchestralement (Frisell, Lovano/Pepper, Schuller) et plus aventureuse harmoniquement (presque free par moments), Muthspiel induit une quiétude qu’on ne soupçonnait pas, mais qu’on apprécie grandement.
Pour le reste, Muthspiel tisse de riches tapisseries sonores où il évoque plus ou moins explicitement des géants comme Weill (Weill You Wait), et Metheny (Strumming) ou bien nous transporte dans des paysages sonores séduisants, tels Flight et sa légèreté en vol plané sur la brise alliciante soufflée par Colley et Blade. Un peu de folk virtuose (Roll), d’onirisme introspectif (Christa’s Dream) et de modernisme rappelant les classiques Mompou ou Brouwer (Traversia) ajoutent une couche de profondeur éclectique, mais cohérente, dans le programme.
Partout, le doigté leste et assuré de Muthspiel, ainsi que l’art supérieur de Blade et Colley, transforment des lignes complexes oscillant entre netteté et abstraction en constructions musicales nourrissantes, autant pour les spécialistes que pour les néophytes.























