Ils sont quatre garçons berlinois et aiment jouer les pièces classiques de mémoire, puis les confronter au jazz, au Minimalisme et à toutes sortes de musiques populaires. Ils composent certaines de leurs pièces, en arrangent plusieurs autres, qu’elles proviennent du folk, du rock, du punk ou de rythmes world. En ce sens, Vision String Quartet tient un peu des Kronos et des Brodsky. In the Field est une première sortie sous étiquette ACT.
Le programme, à première vue, est gratuitement éclectique. Mais en y regardant de plus près, il y a un développement, un arc narratif. Au coeur de cet arc, le 4e quatuor de Bartok, et sur cet appui, l’ensemble explore autant les liens avec l’impressionnisme (Ravel) et le Romantisme (Dvorak) que ceux avec l’impro contemporaine, le folklore (une évidence quand on pense à Bartok) et le jazz conventionnel.
Classicisme et innovation
Des pièces classiques sont jouées ‘’telles quelles’’ (2e mouvement du quatuor de Ravel; 3e et 5e mouvements du 3e de Bartok; 3e mouvement du 13e de Dvorak), mais ensuite reprises dans des arrangements innovants, empreints de liberté et de spontanéité coloriste. Je retiens les 2e et 4e mouvements du Bartok transformés en ‘’Percussive Dimensions’’, avec l’apport raffiné du percussionniste Bernhard Schimpelsberger. Aussi l’excellent Ravel Reloaded, qui n’a rien à voir avec une quelconque trituration électro, mais plutôt une version improvisée ou l’éclat du moment prend un sens néanmoins très construit, à mille lieux de version jazz à la Jacques Loussier. Je n’ai rien contre la façon Loussier, au contraire, mais les Berlinois sont totalement ailleurs.
Ce qu’on aime aussi, et surtout, c’est que les versions classiques sont jouées avec une verve et une qualité qui n’ont rien d’amoindries. Ce n’est pas parce que on fait de l’éclectisme qu’on doit négliger le savoir-faire et la rigueur de l’interprétation savante.
Équilibre
On équilibre le tout avec quelques pièces populaires bellement transformées, comme Grimasch om Morgonen, chanson de 1965 de Cornelis Vreeswijk, Convalescence, une joyeuse lancée aux couleurs manouches, ou Skymning de Joel Lyssarides, qui conclut le voyage sur une douce brise de style minimaliste/cinématographique.
In the Field est un album très réjouissant, surtout pour la vision écuménique raffinée qu’il propose de l’interaction entre le classique, le jazz et toutes les autres musiques.






















