Réalisé par Mark Pallman, le documentaire Universal Beings reprend le titre d’un album majeur du percussionniste et visionnaire Makaya McCraven. Ainsi, la caméra suit le musicien américain et ses collègues à Los Angeles, Chicago, Londres et New York. Les éléments biographiques et les explications de McCraven sur sa musique mènent à mieux saisir la petite révolution qu’il est en train de mener sur la planète jazz. Est-il besoin d’ajouter que la forme a cruellement besoin de nouveaux leaders conceptuels, Makaya McCraven en est un de taille. Dans le contexte de ce film documentaire, l’album Universal Beings E&F Sides est lancé, superbe complément de l’album originel et aussi matière constitutive de la trame sonore du film, fournissent 14 autres raisons de se pâmer. Comme c’était le cas dans l’album originel, le jazzman de Chicago et ses collègues créent de formidables miniatures, très courtes pièces (dans un contexte jazz) variant d’une minute 27 secondes à 4 minutes 36 secondes. Fondées sur de spectaculaires cellules polyrythmiques et motifs mélodico-harmoniques, ces compositions nouvelles ou réaménagées intègrent parfaitement les pratiques inhérentes à la culture numérique. Ainsi, les instruments impliqués par cet ensemble reproduisent les procédés de filtrage, rembobinage, hachure, mise en boucle, remixage et reconstitution d’œuvres musicales comme c’est le cas dans le hip-hop ou l’électro, à la différence que ces procédés sont exécutés en temps réel par des instruments de l’ancien monde et des musiciens rompus à une pratique jazzistique, intégrant l’improvisation à l’interprétation virtuose – batterie, contrebasse, saxophone, claviers, harpe, vibraphone, cordes, etc. On le clame depuis un moment déjà, Makaya McCraven est un authentique « game changer », voilà une autre occasion de le réaliser.
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