Ce nouvel opus du batteur norvégien Thomas Strønen est un chef-d’œuvre de nuances en demi-teintes, favorisant les éclairages chiaroscuro, portant des émotions délicates, murmurées, d’une infinie richesse et d’une très agréable complexité. Tout ceci dans un esprit de retenue et d’économie que Strønen résume ainsi :
Avec cet ensemble, il s’agit plutôt d’enlever que d’ajouter à la musique.
À travers sept compositions d’une rare intelligence, Strønen et ses excellents compagnons (Ole Morten Vågan à la contrebasse, Ayumi Tanaka au piano, Håkon Aase au violon et Leo Svensson Sander au violoncelle) nous guident avec douceur dans un monde d’harmonies imprécises et ondoyantes, parfois même atonales, de coloris évanescents et de rythmes mouvants, ductiles. Au détour de quelque phrase, une mélodie spectrale au violoncelle qui évoque une arabesque, ailleurs des égrènements de notes au piano qui induisent un impressionnisme voilé, ou la granularité moelleuse de la batterie de Strønen qui s’insinue tel un rêve fugace mais encore partiellement conscient. Deux pièces manifestent des aspérités sonores saillantes (encore que, discrètes) : Cubism, qui porte ainsi bien son titre et Dismissed avec son bruitisme posé, heureusement pas véhément.
Time Is A Blind Guide: Off Stillness est un album d’une poésie magistrale que vous seriez malvenu de ne pas apprécier grandement si vous vous considérez le moindrement mélomane.























