La Mexicaine Silvana Estrada ne laisse personne indifférent. Cette femme de 28 ans a une voix hors normes. À la fin d’octobre 2024, lors d’un concert qu’elle donnait à la Sala Rossa, j’ai écrit: « Son registre vocal et ses trémolos nous plongent dans les tréfonds de l’âme mexicaine ».
Deux soirs plus-tard, elle participait à l’hommage magnifique rendu à Lhasa De Sela. La salle était éberluée, y compris mon collègue et ami, Alain Brunet, le fondateur de ce site, qui a vu des milliers de concerts dans sa vie et qui est peu impressionnable.
Un an plus tard, arrive Vendrás Suaves Lluvias, son deuxième album complet après Marchita (2022), son quatrième, si on considère les deux EP, Primeras Canciones (2018) et Abrazo (2022). Il semble que cette présence à Montréal ait laissé des traces, puisque ce disque a été en partie réalisé chez nous. Le guitariste montréalais Joe Grass y est omniprésent, le violoniste torontois est un des arrangeurs. Tous les deux, ainsi que le contrebassiste Rémi-Jean Leblanc, font partie de ses musiciens de tournée.
Enregistré à Montréal et à Mexico, ce disque est une sorte d’hommage à la résilience et à la survie. Le meilleur ami de Silvana a été assassiné à Mexico, comme, malheureusement, ça arrive trop souvent. Le meurtrier a été arrêté, il arrive que la justice fonctionne au Mexique.
Les Mexicains ont une relation particulière avec la mort. On célèbre les morts dans des fêtes annuelles comme s’ils étaient encore vivants. Ça n’empêche malheureusement pas la douleur. Mais peut-être que ça se « vit » mieux.
Cet album est rempli de douleur mais également de lumière. Silvana avoue que ces trois dernières années ont été difficiles et que ses chansons expriment ses nombreuses peines puis leur résolution. Influencée autant par Lhasa De Sela que par Natalia Lafourcade et la vénérable Chavela Vargas, elle nous emmène au plus profond de la mexicanité. Mais son Mexique n’est pas figé dans le temps. Il s’inspire autant de la tradition que de la contemporanéité de ce pays qui avance sans cesse, bien que, parfois, il fasse des bonds vers l’arrière.
Cet album dont le titre signifie « Viendront les Pluies Douces » tiré d’un poème mexicain célèbre, vous transperce, même si vous ne comprenez pas l’espagnol. C’est un excellent opus, arrangé très savamment par le pianiste Roberto Verástegui et Owen Pallett.
Reste que, pour apprécier sa voix dans toute sa force et ses nuances, rien ne vaut mieux que d’écouter Silvana Estrada en spectacle.
Elle sera d’ailleurs au Théâtre Beanfield, à Montréal, le 24 novembre. Ça tombe bien.























