Pays : États-Unis Label : Island Records Genres et styles : pop Année : 2025

Sabrina Carpenter – Man’s Best Friend

· par Marilyn Bouchard

Au sommet de sa forme, Sabrina Carpenter procède à l’achèvement du travail initié sur Short ‘n Sweet : une pop amusante et décomplexée, fidèle à sa direction sexy et humoristique. Propulsée par la popularité grandissante de Nonsense, l’artiste avait lancé en août 2025 Man’s Best Friend, son septième album. Elle coproduit ici aux côtés de ses collaborateurs Jack Antonoff et John Ryan, avec qui elle avait déjà travaillé sur le précédent, marquant une envie de maîtriser davantage sa direction artistique. Le recueil de douze chansons incorpore des éléments R&B, disco et même synth-rock, sans compter les influences d’ABBA ou de Fleetwood Mac. Elle a invité Amy Allen à l’écriture afin d’explorer les thèmes de la séduction, de la désillusion amoureuse et de l’envie de proximité mais aussi de la solitude et de l’insécurité pour qui sait lire entre les lignes. Rempli d’expérimentations instrumentales et de structures de chansons complexes plutôt inusitées pour la pop, le résultat est étonnamment accessible et d’autant plus dansant .

L’écoute débute avec Manchild qui ouvre avec énergie et qui flirte avec l’inspiration de Chappell Roan dans la partition vocale. La très disco Tears suit, avec son ver d’oreille « I get wet at the thought of you/Being a responsible guy/ Treating me like you’re supposed to/Tears run down my thighs » qu’il est impossible de s’enlever de la tête ensuite.
Vient la première des deux chansons rendant hommage à ABBA, My Man on Willpower dépeignant de manière comique tout ce qu’était son homme et qu’il n’est plus, sur fond de mélodie country progressant joliment. Sugar Talking suit, comme un lent « extended jam » de l’autre, dont le solo de guitare texturé fait oublier les trois accords.
Sabrina nous y offre de beaux moments de poésie « You filled my whole apartment/With flowers that die/The first to open up your wallet/But the last one to flag a heart only breaks so many times ». We Almost Broke Up Again Last Night, la plus ironique, mélange le propos le plus sombre de l’album avec arrangements festifs et envolées vocales, créant un contraste rafraîchissant. Nobody’s Son revient alléger tout de suite après avec une mélodie vocale d’une efficacité redoutable et nous mène à la douce-amère Never Getting Laid qui nous téléporte dans la vague sensuelle des années 80 dominée par Blondie.
La groovy When Did You Get Hot? enchaîne avec fluidité, où la basse touche au groove juste à temps pour Go Go Juice, une pièce parfaite pour se déchaîner sur la piste sur laquelle Sabrina se défend : « I can’t be blamed/Some good old fashioned fun sure numbs the pain ». On se retrouve sur un tempo moyen pour la tranquille Don’t Worry I’ll Make You Worry pour ensuite relancer le dynamisme sur House Tour, directement inspirée de la synth-wave. Enfin, Goodbye clôt admirablement l’écoute en poussant la dernière chanson hommage à ABBA à la limite de la surproduction, ajoutant saxophone, cloches et sifflets au piano honky-tonk pour une finale franchement bien évoluée.

En somme, l’univers sonore original, l’utilisation d’instruments non-conventionnels (clavinet, sitar, etc), les structures recherchées et le mélange des styles sur l’album apportent une sophistication essentielle sans laquelle l’opus aurait pu devenir prévisible, l’élevant au rang des albums remarquables. Bien que certaines paroles soient parfois un peu faciles et que les thématiques puissent être répétitives, il réussit avec brillot à donner un coup de fraîcheur à l’industrie. Espiègle, léger et rempli d’images qui ne manquent pas de faire sourire, ces chansons délicieuses prouvent qu’il est possible de s’amuser (et de danser!) même lors des pires moments.

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