S’il est vrai que la vague néoclassique actuelle nous offre son lot de produits génériques qui s’imitent les uns les autres dans des harmonies basiques et des mélodies souvent assez pauvres, il y a quelques artistes qui, sans ébranler les pilotis surplombant les prévisibles marées du style lui-même, réussissent tout de même à parsemer leurs petits tableaux de touches originales et intéressantes. Le pianiste montréalais Rousso (Xavier Rousseau sur son passeport) est de cet acabit.
Celui qui a fait partie de la distribution de l’hommage à André Gagnon (Neiges) le 13 décembre 2025 à l’Orchestre métropolitain (je disais à cet effet qu’il avait livré une version ‘’habile’’ de Ta Samba) a commencé par offrir deux albums entièrement solo au piano (Iceberg en 2021 et Rosemont en 2018), dans lesquels il a manifesté des habiletés sobres mais notoirement supérieures à plusieurs autres pianistes de la mouvance néo. Autrement dit, il sait jouer pour vrai, ce jeune homme.
Peut-être en raison de sa collaboration avec l’OM, on dirait qu’il a pris goût à la musique en groupe. C’est du bonbon, même si loin d’être une partition orchestrale, est tout de même de format chambriste, avec un violon (Ryan Truby) et une contrebasse (Pierre-Alexandre Maranda) accompagnant le compositeur au piano.
Les mélodies ont une belle qualité, celle d’offrir des détours parfois inattendus. Les rythmes osent le dansant et la promptitude, plutôt qu’une lente agonie mélancolique mur à mur. Et les apports du violon et de la contrebasse ont du coffre. Leur présence n’est pas que cosmétique. Il y a un véritable discours dialectique et un jeu d’ensemble. On a même quelques étonnements, comme dans Vortex ou les rythmes se décalent et se morcellent, la contrebasse gronde et le violon s’agite nerveusement. Ailleurs, quelques couleurs franchement jazz émergent.
Ainsi, c’est plutôt à la pop instru des années 1980 que je pense avec Rousso, mais en bien mieux. Frank Mills, pour la clarté des lignes mélodiques et leur côté dansant, Richard Clayderman pour les aptitudes pianistiques. Cela dit, et heureusement pour nous, Rousso est bien plus sobre que Clayderman, qui noyait ses thèmes dans des cascades de notes inutiles. Ce n’est absolument pas le cas pour le pianiste montréalais.
Frank Mills, lui, kitshisait à l’extrême ses compositions avec des rythmes clinquants de mauvais beatbox et des cordes synthétiques (par manque de moyens ou simplement parce qu’ à cette époque, on semblait trouver ça beau. Ouache). Rousso demeure entièrement acoustique. D’ailleurs, la prise de son est assez naturelle, chose notable pour ce genre de produit.
C’est du bonbon, certes, et même un peu plus.
Piano: Rousso
Violon: Ryan Truby
Contrebasse: Pierre-Alexandre Maranda






















