Pays : Espagne Label : Columbia Records Genres et styles : flamenco / pop / pop de chambre / pop de création / pop symphonique Année : 2025

Rosalía – LUX

· par Michel Labrecque

La magnifique, l’incendiaire, la brillante Rosalía vient peut-être de créer l’album le plus étonnant de 2025. LUX surprend du début à la fin, nous sommes dans des territoires qui peuvent rappeler Björk, qui s’exprime d’ailleurs sur une chanson, mais aucune comparaison ne tient la route. 

LUX est un enregistrement dont on va parler pendant plusieurs années. On en sort transpercé. 

Ça commence sur un piano vaporeux, suivi d’un chant avec violoncelles et contrebasses, suivi d’un chœur sur un fond d’électro, puis un envol symphonique sur lequel la voix de Rosalía franchit deux ou trois octaves. Tout ceci en deux minutes vingt secondes. Et ça s’intitule Sexo, Violencia y Llantas. Sexe,Violence et Pneus…

Nous sommes ici à des années-lumière du disque précédent, Motomami (2022), qui flirtait avec le reggaeton et les sons latinos les plus pops. On croyait désormais la jeune Catalane sur les sentiers des Shakira et autres divas de la musique latine. Et voici que Rosalía renverse complètement la vapeur. Alors que, sur la pochette de Motomami, elle posait nue, la voici vêtue en nonne sur LUX. La dame a le sens de la provocation, difficile d’en douter. 

LUX est une fresque musicale réalisée en grande partie avec l’Orchestre symphonique de Londres. Ainsi qu’avec plusieurs chorales, dont une avec des enfants de Catalogne et une autre intitulée The Flamenco Ladies. 

LUX nous rappelle un peu plus El Mal Querer, l’album de 2018 ou Rosalía remaniait le flamenco à sa façon. Mais sa culture flamenco rencontre ici ses influences et sa formation classique. Les arrangements symphoniques sont subtils, ne donnent presque jamais dans les clichés qu’on entend parfois. 

La voix de Rosalía s’entend dans toute sa richesse, parfois dans l’extrême douceur, parfois dans la haute voltige qui frôle l’opéra ou la cantatrice classique. Bien sûr, on entend aussi du flamenco magnifié par les cordes et les chœurs. Ce disque s’écoute du début à la fin, comme une seule pièce. 

D’autres critiques insistent beaucoup sur le fait que Rosalía s’exprime en treize langues. Mais ce ne sont que de petits fragments. LUX reste un disque très majoritairement hispanophone. Plusieurs textes évoquent aussi sa relation à Dieu. Est-ce réel ou un subterfuge? Il faut creuser plus avant et écouter davantage pour comprendre. Une pièce intituléeDios es un Stalker. Dieu est un harceleur. Rosalía est complexe, indépendante et plurielle. 

Elle dit que Motomami était un album minimaliste et que LUX est maximaliste. Je suis plutôt d’accord. 

Cette femme n’a pas fini de nous étonner. Son public la suivra-t-elle? A ver, comme on dit dans la langue de Cervantes. À voir…

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