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Pays : Québec Label : Indépendant Genres et styles : expérimental / contemporain / musique actuelle Année : 2022

René Lussier – Au diable vert

· par Réjean Beaucage

On ne sait jamais sur quoi on va tomber quand on se lance dans l’écoute d’un nouveau disque de René Lussier : de l’électroacoustique, de la musique contemporaine, du groove zinzin avec podorythmie, de la guitare solo, des chansonnettes dada… La palette est large, c’est le moins qu’on puisse dire, et le plus récent véhicule de son imaginaire débridé, c’est son quintette, un ensemble qui part lui-même dans toutes les directions en matière de textures, avec Luzio Altobelli (accordéon, marimba), Julie Houle (tuba, euphonium) et les batteurs Marton Maderspach et Robbie Kuster (qui joue aussi de l’égoïne).

Alors ça devait être ça, un nouveau disque du quintette, puis la COVID s’est pointée et a tordu le processus, l’introduction de Zoom dans le mélange ouvrant la porte à des collaborations imprévues. Se sont donc ajoutés les clarinettes de Guillaume Bourque et le trombone d’Alain Trudel, puis des collaborations épisodiques du vocaliste Koichi Makigami, de l’ondiste Takashi Harada et de Chris Cutler, batteur bien connu et fondateur de Recommended Records (qui sort l’album en Angleterre), mais qui se fait ici poète. On voit déjà sur papier les possibilités! Et ce qui entre dans les oreilles ne déçoit pas les attentes, au contraire. C’est extrêmement énergique du début à la fin, et le résultat sonore du mélange des différents ingrédients cités plus haut est tout à fait réjouissant (bravo pour les prises de son de Lussier – aussi réalisateur et monteur – et de Pierre Girard, aussi responsable du mixage final).

Beaucoup de bribes de discussions vaguement absurdes, qui ajoutent une touche poétique, avec des voix traitées selon le modèle lancé sur le Trésor de la langue, transcrites à la guitare ou autrement, et des envolées instrumentales qui portent la marque unique du compositeur. Je retiens en premier lieu la Leçon de danse, une pièce écrite avec le clarinettiste Robert M. Lepage, dont on trouve des prototypes dans Tombola Rasa (L’espiègle) ou dans l’édition en coffret du Trésor de la langue  (Pourquoi I coupent les pauvres, en version de course), ou la Danse tentaculaire, avec ses accents d’Europe de l’Est. Également à souligner : la superbe pochette, qui reproduit une œuvre de Louis-Pierre Bougie.

Le disque a été  lancé le 16 septembre lors d’une écoute publique à la Cinémathèque québécoise, une idée à reprendre parce que ça fait du bien de se caler dans un bon fauteuil et d’écouter de la musique sans rien faire d’autre. Surtout une musique comme celle-là, qui est aussi une forme de cinéma pour l’oreille.

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