L’icône queer de l’électro-clash revient avec un album dégoulinant de sexualité, de rage politique et de beats survoltés. Ayant collaboré avec Yoko Ono, Daft Punk ou Christina Aguilera a enregistré à Berlin les 11 chansons de No Lube So Rude. Pour ce, elle a travaillé avec The Squirt Deluxe pour affiner la production de son travail le plus ambitieux à ce jour.
Onze ans de silence discographique, et ellle nous offre un manifeste à la fois intime et collectif, toujours aussi débridé, à un moment qui pourrait difficilement être plus propice pour avoir envie de crier « Fuck your face ».
Dès l’ouverture, Hanging Titties défie les oreilles sensibles de continuer l’écoute avec son groove hyperpop rempli de vulgarités plutôt comiques. Elle enchaîne avec Fuck your face , on passe aux choses sérieuses sur un rythme effréné que ponctue la synth bass.
La construction dramatique fait boule de neige jusqu’à la chanson titre qui suggère de lubrifier les frictions du monde, No Lube So Rude. Pas ma préférée de l’album mais ce banger inspiré des années 2000 demeure vraiment efficace sur une piste de danse.
Dans le même ordre d’idées, le legs de Madonna se fait entendre sur les mélodies de Watcha Gonna Do About It, et on verse dans les rimes impétueuses sur la funky Panna Cotta Delight avec « Yes, I’m old/Solid gold/A woman in control/of all her holes ».
Puis, la rafraîchissante et engagée Fuck How You Wanna Fuck renvoir à la fois à Elon Musk (« Starlink anal beads / Shove it and squeeze ») et à l’annulation de l’arrêt Roe V Wade sur l’avortement aux USA, le tout sur fond de guitare électrique et de synthés industriels.
Puis,Not In Your Mouth None Of Your Business, hymne enragé aux droits et libertés durement éprouvés ces derniers temps, s’inspire d’un discours de son partenaire de longue date Black Cracker pour livrer un important message : « I cannot be squashed or minimized/You will never take away our pride/Orders won’t make us lie down and die/We will stop you fucking up our lives ».
Enfin, l’évolution sonore de l’artiste est particulièrement remarquable sur la production nette et les touches darkwave deTake It, sur les arrangements de cuivres de Grip et sur les touches industrielles deYou’re Alright. Rien comparé à Be Love toutefois, sur laquelle la synth-pop évolue vers des arrangements de cordes planants et des motifs pas très loin du trip-hop pour une finale en beauté.
Dans une ère où dire ce qu’on pense est de plus en plus censuré, scruté et aussi trafiqué, la prise de parole sans filtres de la musicienne apparaît comme un acte de résistance plus nécessaire que jamais et démontre, une fois de plus, que le privé peut être politique et engagé.« Now more than ever, there are so many forces that just want you to give up and be quiet. If this album can help you resist that, then that’s what it’s for. » conclut Merrill Nisher sur son travail le plus achevé : une lumière éclatante dans dans les ténèbres du temps présent.























