Cécile McLorin Salvant a une voix hors du commun ! Franco-Haïtienne-Américaine, elle aurait pu s’asseoir sur ses lauriers. Cette brillante technicienne vocale, qui connaît tous les codes du jazz, en plus de sa formation classique, peut chanter n’importe quel standard et le transporter dans l’infini.
Mais Cécile ne s’est jamais contentée de cela. Après Mélusine (2023), un album essentiellement en français et créole, elle fait paraître Oh Snap, son album certainement le plus audacieux…jusqu’au prochain.
Cécile McLorin Salvant se transforme-t-elle en Beyoncé ou en MeShell Ndegeocello ? Pas vraiment, mais elle emprunte toutes sortes de sentiers imprévus. La première pièce, I Am a Volcano, est constellée de claviers électroniques. La troisième, Take this stone, emprunte au folk et au country. Que les puristes du jazz se rassurent : on trouve des pièces qui s’approchent plus du bop et autre, mais toujours avec une volonté d’inventivité et de fraîcheur. A Frog Jumps In, la dernière pièce, nous amène dans un univers choral, puis instrumental proche du gamelan.
Oh Snap est l’opus d’une femme qui aspire à la liberté créative, qui refuse de se réfugier dans quelque étiquette. Eureka flirte presqu’avec le rock et, à mon humble avis, ce n’est pas la meilleure chanson de l’album. On l’entend même chanter avec un vocodeur sur A Little Bit More, ça ne m’a pas convaincu. Peu importe, cette série de petites vignettes musicales (treize chansons, trente-cinq minutes) fait mouche. On change rapidement de climats, la voix de Cécile McLorin Salvant déçoit rarement, inspire beaucoup, mais est moins dans la virtuosité et l’improvisation que dans Ghost Song (2022). Il faut accepter de cheminer dans son nouvel univers.
Alors que les États-Unis flirtent avec la conformité et la dictature, Cécile McLorin Salvant prend la direction inverse. « R E S P E C T », comme disait Aretha Franklin.























