Pays : États-Unis Label : Planet Mu Genres et styles : ambient / breakcore / électronique / footwork / techno expérimentale Année : 2023

Nondi_ – Flood City Trax 

· par Théo Reinhardt

Comment témoigner de la perte? D’une perte qui nous est inconnue mais qu’on sait néanmoins irrécupérable ? Et comment le faire en musique? Sur Flood City Trax, la productrice et artiste électronique Nondi_, alias Tatiana Triplin, explore ce désert affectif. Entièrement par le son. 

De Johnstown, Pennsylvanie, le profil musical de l’artiste a été bâti en ligne. Elle s’inspire de genres tels que le footwork, le breakcore et la techno de Détroit, dont elle fait l’expérience sur le web. Ce mode d’approvisionnement et de création en ligne ressort très clairement dans la musique de Nondi. S’en dégage une impression de solitude rêveuse, qui a aussi quelque chose à voir avec le lieu physique de sa création. 

L’artiste dit de son album qu’il cherche à capturer le sentiment de la vie à Johnstown, particulièrement l’isolement de la pauvreté qui y règnent. L’histoire de cette ville est sombre: plusieurs inondations l’ont ravagée, comme en 1889 et en 1977 (d’où le surnom « Flood City »), et y ont laissé une marque tragique dont elle peine encore à se relever. « Il y a très peu à faire, les bâtiments sont détruits ou condamnés. Tout est vieux, mais en même temps, c’est comme si le passé avait disparu. », explique-t-elle sur sa page Bandcamp.

C’est donc un profond sentiment de désolation que Tatiana Triplin arrive à communiquer sur cet album, à tel point qu’on a presque l’impression d’avoir perdu quelque chose sans trop savoir quoi. D’avoir échappé quelque chose qui nous échappe. Cette perte mélancolique, dont même l’objet est inconnu, hante la musique mais, du même coup, la pousse à exister. Triplin a raison en allant vers le lo-fi, cette perte de données intentionnelle épouse à merveille le concept. Il en est de même pour la pochette de l’album, conçue pour ressembler à une photo historique jaunie et retrouvée, un peu glauque, juste assez pour semer le doute. Une histoire perdue parmi tant d’autres.

Côté sonore, on a ici une artiste de talent. Nondi_ confectionne des atmosphères éthérées empruntant à des genres qu’on connaît (techno, breakcore, glitch), mais elle les rend quasi-extraterrestres. Les débuts de la première pièce laissent cette impression d’être à l’intérieur d’un jeu de Pinball perdu dans l’espace. En fait, tout l’album sonne un peu comme la musique d’un jeu vidéo rétro-indie-expérimental venu d’une autre dimension. Un jeu développé aux trois-quarts dont la plus grande beauté serait les bogues. C’est dépaysant, mais étrangement enchanteur, et on ne se plaint pas d’y rester.

Je dirais que, même si le son au sens strict ne concorde pas toujours, l’esprit de l’album est définitivement celui de l’ambient. Les différents morceaux visent à nous mettre dans cet état contemplatif, comme passant à travers le temps. Autant par les morceaux plus doux qu’avec ceux qui martèlent, l’objectif est atteint: au fil de l’album, on se sent transporté dans un espace aux détails flous, aux coins désagrégés, comme si nous étions dans une reconstruction virtuelle de Johnstown qui se désintègre un peu plus au fil de nos pas. Une ville fantôme dans un ordinateur, sans vent; des vestiges de sons sans origine; des rayons de lumière sans chaleur.

Avec une seule idée, une image et une capacité à manier le son, Nondi_ raconte cette histoire dont on ne connaît que la fin. On sent les voix anciennes tenter de remonter à la surface, mais elles sont trop loin pour qu’on leur tende la main. C’est l’impuissance face au temps, le sentiment troublant de ne plus se rappeler le visage d’une vieille connaissance. Malgré tout, en mêlant Johnstown et musique électronique; tragédie historique et phénomènes web, on essaie peut-être de prouver l’impossible, de faire de la musique un défibrillateur. Peut-être n’est-ce au contraire qu’un dernier regard, une immortalisation à l’inverse. 
En somme, Flood City Trax semble jouer encore plus fort dans notre tête lorsqu’on l’arrête. À défaut de pouvoir retrouver le passé perdu, l’album étonne finalement en faisant de la mémoire sa maison. C’est complètement réussi.

Tout le contenu 360

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

Fête de la musique 2026 | Le classique rock de Wooden Shapes

Colin Stetson : réinventer les paysages trad avec Brìghde Chaimbeul

Colin Stetson : réinventer les paysages trad avec Brìghde Chaimbeul

Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson – All the light in the world

Brìghde Chaimbeul et Colin Stetson – All the light in the world

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

Souk du Sud 2026 | Une mosaïque musicale haute en couleur

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

Fête de la musique 2026 | Le lyrisme versatile de Cicchillitti et Cowan

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

Fête de la musique 2026 | Pierre Lapointe charme les cœurs abîmés

GA, la Série de shows | Dogo Suicide à L’Esco… vers le GAMIQ

GA, la Série de shows | Dogo Suicide à L’Esco… vers le GAMIQ

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

FME 2026 I Party à l’éther avec Worry

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

FME 2026 I The Sadies et le cheval qu’ils nous ont fait monter

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

FME 2026 I Moiré, c’est du « slowcore » pour les esprits fatigués

Fête de la musique | Lumineux Moneka Arabic Jazz

Fête de la musique | Lumineux Moneka Arabic Jazz

GA, la série de shows | Vers le GAMIQ, Smoke Spell ouvre le bal

GA, la série de shows | Vers le GAMIQ, Smoke Spell ouvre le bal

Fête de la musique | Le saxophone en voyage avec le Duo Aster

Fête de la musique | Le saxophone en voyage avec le Duo Aster

Fête de la musique 2026 | Timothy Chooi et son violon envoûtent Tremblant

Fête de la musique 2026 | Timothy Chooi et son violon envoûtent Tremblant

FME 2026 I Double Truck, double violence

FME 2026 I Double Truck, double violence

FME 2026 I Mek’Dr’Dr apporte des pelles et du post-punk décalé à Rouyn-Noranda

FME 2026 I Mek’Dr’Dr apporte des pelles et du post-punk décalé à Rouyn-Noranda

FME 2026 I Hologramme transforme le Petit Théâtre en discothèque torride

FME 2026 I Hologramme transforme le Petit Théâtre en discothèque torride

FME 2026 I Lou-Adriane Cassidy transforme la scène principale en son propre couronnement disco-funk

FME 2026 I Lou-Adriane Cassidy transforme la scène principale en son propre couronnement disco-funk

FME 2026 I Thee Soreheads, neurochirurgiens de sous-sol

FME 2026 I Thee Soreheads, neurochirurgiens de sous-sol

Fête de la musique 2026 | CordaVox et les voyages musicaux

Fête de la musique 2026 | CordaVox et les voyages musicaux

L’Ensemble Caprice ouvre la Fête de la musique de Tremblant sur une note éclatante

L’Ensemble Caprice ouvre la Fête de la musique de Tremblant sur une note éclatante

FME 2026 I Muhoza apporte la joie, purement et simplement

FME 2026 I Muhoza apporte la joie, purement et simplement

FME 2026 I BALACLAVA: direct sur la cible

FME 2026 I BALACLAVA: direct sur la cible

FME 2026 I Corridor, un Ouroboros psychédélique de rock indépendant

FME 2026 I Corridor, un Ouroboros psychédélique de rock indépendant

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné