Juana Molina est une étrange et passionnante « bibitte musicale » issue de l’Argentine. Une ancienne actrice et vedette de la télévision, qui s’est transformée en musicienne surprenante qui marie le rock, les racines argentines et l’expérimental électronique comme peu d’artistes y arrivent.
Doga est son huitième album solo et son premier depuis huit ans. Parmi ses fans, on trouve David Byrne et la Canadienne Feist. Pas étonnant: Juana Molina possède la même fibre voulant pousser la musique pop vers des contrées inexplorées et dans des registres émotifs profonds.
J’ai découvert Juana Molina en 2002, alors que j’étais journaliste en Amérique du Sud, basé au Brésil. J’ai été immédiatement séduit par Tres Cosas, un album tout en douceur, indubitablement teinté de folklore latino, mais enrobé par des synthétiseurs aux sonorités intrigantes. Au fil des albums suivants, la musique s’est faite moins berçante, plus rock, avec moins de guitare et de plus en plus d’électronique et de percussions. Et toujours cette voix discrète qui raconte des histoires souvent absurdes sur la condition humaine.
Doga est un prolongement de son opus précédent, Halo (2017) au niveau des arrangements, mais Juana ne cesse de creuser, de défricher de nouvelles sonorités avec ses claviers ou guitares. Vous croyez entendre des violons un peu désaccordés ou des instruments chinois, mais en réalité vous entendez des sons trafiqués et tripotés par des machines.
Une curiosité: « Caravanas », la quatrième pièce, a été enregistrée à Montréal, avec Sarah Pagé à la harpe, Andrew Barr aux percussions et Robbie Kuster à je ne sais trop quel clavier ou batterie. Juana Molina a participé à l’hommage à Lhasa De Sela en septembre 2024. Peut-être que ceci explique cela.
Il semble que l’accouchement de Doga ait été compliqué. Juana Molina et ses deux complices pour l’album avaient enregistré trop de matériel, la compositrice semblait s’être perdue dans les méandres de ces multiples bandes. Mais finalement Doga est arrivé et, à l’âge de 64 ans, Juana Molina transpire le goût de vivre et de découvrir encore et toujours.
Soyez prévenus: la dépendance augmente avec l’usage. Plus on écoute, plus on découvre de nouvelles couches sonores.























