Une sorte d’invasion montréalaise du club de jazz The Yardbird Suite à Edmonton a eu lieu il y a quelques mois lorsque le saxophoniste ténor John Sweenie et ses compatriotes montréalais (Jean-Michel Pilc au piano, Rémi-Jean Leblanc à la basse et Rich Irwin à la batterie) ont enregistré Mysticism for Intellectuals, un album de jazz contemporain brillant et intelligent, teinté d’un groove puissant qui efface l’apathie.
Sur plus de sept morceaux généreusement étendus (certains font environ dix minutes, un autre, plus de quinze), Sweenie et ses amis créent des canevas jazz contemporain parmi les plus cools qui soient. Harmoniquement avancées, les mélodies restent néanmoins ancrées dans le groove abondant, ou dans des toiles purement atmosphériques qui ne manquent jamais d’attirer l’oreille.
ENTREVUE AVEC JOHN SWEENIE SUR L’ALBUM MYSTICISM FOR INTELLECTUALS
In Memory of Roy Batty nous fait décoller dans un groove entraînant, chromatique voir atonal, irrésistible et bien musclé, comme le personnage auquel il fait référence (Batty est le nom du principal antagoniste, un androïde fugitif joué par Rutger Hauer, du film Blade Runner).
Additive, qui dure une quinzaine de minutes, est effectivement une accumulation d’énergie qui finit par se libérer graduellement dans un lent mais inéluctable crescendo de plus en plus chargé et athlétique, façon Montreal indie-rock masterpieces (GYBE!…).
When You’re Gone (We Sing Of You) est une ballade, presque un nocturne contemplatif, qui passe de couleurs abstraites, weberniennes, à un coussin mélodique beaucoup plus conventionnel, mais amené de façon organique et naturelle. Un très beau moment d’apaisement et de chaleur émotionnelle.
Through the Clouds s’élève au-delà des nuages grâce à des harmonies aérées, et quelques effleurements coloristiques tels des brises rafraîchissantes. À travers une mélodie aux ornements scintillants, une lumière souriante s’en dégage, comme une oasis azurée dans cet album souvent chargé de traits et de bourrasques sombres.
Darling, We’ve Grown Apart redescend sur terre, mais dans un état d’esprit mélancolique, qui s’amorce avec une mélodie sinueuse. La musique se charge, se densifie comme dans un surcroit de souvenirs, plus ou moins douloureux. Ça se relâche un peu avant une finale ébouriffée, presque free, mais posée, pas du tout criarde. On devine des émotions bigarrées, encadrées par le détachement et la résilience, le constat simple et lucide qu’un chapitre de vie est terminé. C’est superbement écrit, avec des cascades de piano aléatoires de Jean-Michel Pilc et un soutien oscillant entre linéarité et liberté totale par Rémi-Jean Leblanc (contrebasse) et Rich Irwin (batterie).
threehundredandfortythreesecondsofimprovisation fait écho aux extravagances libertaires de la plage précédente dès les premières mesures. La pulsation s’installe graduellement dans une construction ornettienne épatante, insistante, excitante qui culmine vers une extase sonore. Wow.
The Heartford Line conclut cet album mémorable en revenant au groove musculaire du début, qui porte une mélodie digne de Thom Yorke jouée par Sweenie, lancée immédiatement dès les premiers instants. Le reste est un développement de plus en plus riche de cette mélodie et de son harmonie latente, de la part de chaque membre du quartette, sans jamais perdre un seul iota d’énergie propulsive.
Mysticism for Intellectuals fait déjà partie de mes albums de l’année 2026. Il sera disponible le 9 avril 2026.
LANCEMENT DE L’ALBUM MYSTICISM FOR INTELLECTUALS :
John Sweenie – Saxophone et Compositions
Jean-Michel Pilc – Piano
Rémi-Jean Leblanc – Basse et Contrebasse
Richard Irwin – Batterie





















