Les musiciens italiens ont retenu toute notre attention, à la fin des années 1970, en raffinant les explorations synthétiques du krautrock allemand au moyen d’un surcroît de chaleur et d’attrait pop. Pendant que le volcan italo-disco entrait éruption, toutefois, les voisins hexagonaux produisaient de la musique fort louable. Jean-Michel Jarre, superstar de cette époque, en est l’exemple le plus patent. Or, ses contemporains français étaient aussi nombreux que peu remarqués à l’échelle internationale. Replica, volet archéologique de l’étiquette française La Face Cachée, s’affaire aujourd’hui à corriger cette lacune.
Joël Fajerman, qui créait des refrains publicitaires et des thèmes de jeux télévisés, était adepte du synthétiseur Prophet 5. On connaît moins de choses sur son collègue Jan Yrssen, outre le fait que Fajerman et lui faisaient partie du groupe disco Contact et que leur album Racines synthétiques (1978) fut suivi par Painted Desert en 1980. Racines synthétiques pourrait constituer la bougie d’allumage de cette vogue de synthés. La pièce Mecanironic n’est rien de moins qu’un pastiche hotel-lounge de la musique de J.-M. Jarre. La courte Menuet pour un synthétiseur suit l’esprit des expérimentations classiques Switched-On de Wendy Carlos. Il y a, comme on s’y attend, des épisodes d’émerveillement cosmique portant des titres explicites comme Astéroide et Firmament, ainsi que des pièces comme Plaine qui n’auraient pas détoné dans un film euro-porno léger de cette période, du type regorgeant de lieux de tournage magnifiques. Notons, pour l’anecdote, qu’une partie de ce matériel fut recyclé quelques années plus tard dans la série documentaire botanique L’Aventure des plantes. Sans être un jalon de la musique électronique française, Racines synthétiques offre assez de charme et de caractère pour scintiller dans son firmament.
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