Pays : États-Unis Label : Thrill Jockey Genres et styles : expérimental / industriel Année : 2020

Grave of a Dog

· par Geneviève Gendreau

Disons-le d’emblée, Grave of a Dog est un grand album d’un tout nouveau groupe, issu de la rencontre de trois noms imposants des scènes hard expérimentales : Lee Buford, batteur de The Body, Kristin Hayter, alias Lingua Ignota, et Dylan Walker, chanteur de Full of Hell. Ceux-ci collaborent toutefois depuis quelque temps déjà : aussi a-t-on vu deux albums de Full of Hell et The Body, des apparitions de Buford et Walker sur Caligula de Lingua Ignota, et la pareille sur le dernier album de The Body, I Have Fought Against It, But I Can’t Any Longer, où l’on retrouve, spécialement sur Can Carry No Weight, certains éléments annonciateurs du présent album. L’enregistrement de Grave of a Dog s’est échelonné de 2017 à 2019, au même moment que ces collaborations croisées. Une étape a été franchie avec la création d’un groupe en bonne et due forme, qui s’avère mû par une intention artistique aussi cohérente que percutante.

Kingscorpse, pièce inaugurale, s’ouvre sur les voix a cappella de Hayter et Walker, délivrant de toutes leurs forces une mélodie à laquelle se mêlent des beats puissants, laissant ensuite place au chant guttural de Walker. L’ensemble aurait pu être écartelé entre ces esthétiques diverses, mais plutôt que de confondre, il envoûte. Une profonde connexion trouve ses racines à même les affects élémentaires de la musique hard : rédemption momentanée, et désolation. Les rythmes sont minimalistes, d’inspiration hip-hop ou industrielle, mis à part des pièces à grand déploiement usant de montées sonores sans merci.

The Ocean of Mercy est à n’en pas douter en lice pour la meilleure pièce de l’année. D’abord procession rythmée par les incantations de Walker, l’orgue et quelques craquements organiques d’instruments, la voix souveraine de Hayter surgit pour nous livrer, en guise d’oraison funèbre à la Terre, les vers du poète anglais Robert Burns :

Farewell to the mountains, high-cover’d with snow
Farewell to the straths and green valleys below
Farewell to the forests and wild-hanging woods
Farewell to the torrents and loud-pouring floods.

Hayter, mûre de sa formation classique, nous gratifie de sa virtuosité dans le clair comme dans l’obscur : sa voix rend l’effroi, la force et la reddition dans un même souffle. Il faut l’entendre sur Love Is Dead, All Love Is Dead, pièce terminale, où sa puissance vocale devient râle, pour s’éteindre progressivement, hachurée par le traitement des bandes.

En somme, un album épique en forme de traité eschatologique hardcore. On en redemande!

Tout le contenu 360

Franky Freedom: et de deux pour la gloire du néo jazz fusion québécois

Franky Freedom: et de deux pour la gloire du néo jazz fusion québécois

Esteban la Rotta : retour aux sources lointaines du luth

Esteban la Rotta : retour aux sources lointaines du luth

John Sweenie – Mysticism for Intellectuals

John Sweenie – Mysticism for Intellectuals

On parle avec John Sweenie de Mysticism for Intellectuals, un album qui fera la liste des ‘’Meilleurs of’’ 2026

On parle avec John Sweenie de Mysticism for Intellectuals, un album qui fera la liste des ‘’Meilleurs of’’ 2026

Tiga soumet l’album HotLife au plancher de danse

Tiga soumet l’album HotLife au plancher de danse

Beethoven et Brahms : premiers et derniers feux de passion musicale au 9e étage

Beethoven et Brahms : premiers et derniers feux de passion musicale au 9e étage

OSM | Tout sur la saison 2026-2027, les mots de la direction artistique et musicale

OSM | Tout sur la saison 2026-2027, les mots de la direction artistique et musicale

La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Angine de Poitrine – Vol. II

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

Stephanie Lake Company : symbiose de la frappe et du mouvement

Éric Dion, « L’origine du vent »… et de ses chansons gaspésiennes

Éric Dion, « L’origine du vent »… et de ses chansons gaspésiennes

KNLO – Le cash vaut rien

KNLO – Le cash vaut rien

Maruja Limón, arme de construction massive!

Maruja Limón, arme de construction massive!

Jacques Kuba Séguin et la filière polonaise en tournée au Canada

Jacques Kuba Séguin et la filière polonaise en tournée au Canada

Gentiane MG : en harmonie avec le monde… grâce aux oiseaux

Gentiane MG : en harmonie avec le monde… grâce aux oiseaux

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

Hilario Durán et le Big Band de l’UdeM: caliente à la salle Claude-Champagne !

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

Immersion dans le « Speakeasy » de Myth

David Cairol et Taïro dévoilent “Ticket pour Mars”, un single reggae engagé

David Cairol et Taïro dévoilent “Ticket pour Mars”, un single reggae engagé

Esteban La Rotta – Orbus Ille Germanus : L’art du luth allemand au XVe siècle

Esteban La Rotta – Orbus Ille Germanus : L’art du luth allemand au XVe siècle

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Colin Stetson – Something Very Bad Is Going to Happen

Vision String Quartet – In the Fields

Vision String Quartet – In the Fields

Ksenija Sidorova – Prophecy : Tüür, Kõrvits, Vasks

Ksenija Sidorova – Prophecy : Tüür, Kõrvits, Vasks

Inscrivez-vous à l'infolettre