J’ai eu la chance de voir Goldie Boutilier en concert à l’Edmonton Folk Fest l’été dernier, sans avoir la moindre idée de qui elle était. Elle est apparue vêtue d’une culotte de cheval bleu clair et de lunettes de soleil à l’allure coûteuse, ressemblant à une star de cinéma d’une époque révolue. Elle a une voix qui rappelle celle de Dolly Parton et celle, plus disco, de Stevie Nicks, et sa présence sur scène dégageait une attitude « je m’en fous ». Même si beaucoup d’entre nous ne savaient pas qui elle était, elle abordait chaque chanson comme si elle était la prochaine grande star, plus grande que Sabrina Carpenter, Kim Petras et toutes les nouvelles pop stars en vogue. Pour moi, c’était très rafraîchissant. J’en ai marre de toutes ces jeunes pop stars qui chantent des expériences de vie qu’elles n’ont probablement même pas vécues. Goldie, qui a la quarantaine, a été mannequin, travailleuse du sexe, toxicomane, etc. et elle semble authentique. Et il ne faut pas la chercher.
Cette énergie transparaît dans son premier album (sous le nom de Goldie Boutilier), Goldie Boutilier Presents… Goldie Montana. L’album tout entier dégage une atmosphère cinématographique chatoyante, oscillant entre rock n’ roll honky tonk, disco pop, glam rock et un mélange déjanté entre ABBA et Giorgio Moroder sur « Snake Eyes ». La voix de Goldie est à la fois rebelle et séductrice, celle d’une femme qui vous volerait votre mari et boirait tout votre champagne en vous riant au nez.
L’album démarre en fanfare avec un orgue de saloon et une touche sexy dans le morceau d’ouverture « King of Possibilities », aux accents country à la Fleetwood Mac, où Goldie chante la nuit. Le sexe est définitivement « dans l’air » alors que la chanson ajoute couche après couche d’instruments funky. Le pont apporte une touche de country rock rebelle, mais c’est la voix de Goldie qui me fait bouger. « Neon Nuptials » est plutôt un rock lent, mais le refrain explose avec un falsetto perçant qui fait fondre les esprits et une magnifique mise en scène vocale. Plus tard, on retrouve une ambiance rock enfumée presque à la The Doors des années 70 (c’est le mellotron ou l’orgue) avec « Who Are You Gonna Worship Now ? ». Le solo de guitare sinueux est pour moi la cerise sur le gâteau de ce morceau aux teintes sépia. Pour moi, « I Am The Rich Man » est comme toutes les meilleures parties de l’album Ultraviolence de Lana Del Rey. Le titre « Goldie Montana » conclut l’album en beauté, avec une ambiance de fugueuse escroqueuse. Une fois de plus, Goldie apporte cette qualité subversive envoûtante à chaque couplet, comme si je regardais un film flou alors que je suis complètement défoncé dans une tempête de vent.
C’est le genre de musique pop qui me manquait dans la musique pop recyclée de cette génération, trop rapide, avec ses progressions d’accords faciles et ses paroles d’amour. Pour moi, tout cela sonne pareil, et même si Goldie revient à une ambiance pop-rock nostalgique, elle y apporte toutes les fioritures modernes et fait un tabac à chaque fois. Elle fait actuellement la première partie de Katy Perry, et dans une vie meilleure, ce serait l’inverse.























