Cinq ans après la menace élégante d’Alfredo, Freddie Gibbs et The Alchemist reviennent avec une suite qui ne cherche pas tant à surpasser l’original qu’à élargir son univers cinématographique. Alors que le premier album donnait l’impression d’un film de gangsters éclairé au néon se déroulant après minuit, Alfredo II dérive vers le jour, plus flou, plus réfléchi, mais toujours teinté de danger.
La production de The Alchemist donne le ton : des boucles luxuriantes aux accents jazz, des extraits de films japonais et des sonorités aériennes qui pourraient aussi bien accompagner une enquête policière en plein soleil qu’une cigarette ou un joint au cœur de la nuit. Il évite toute complication excessive, laissant l’espace et l’atmosphère faire le gros du travail. Les rythmes sont d’une simplicité trompeuse, mais riches en textures, offrant à Gibbs une large palette d’expression.
Et Gibbs est, une fois de plus, le showrunner. Son flow reste d’une précision chirurgicale, oscillant sans effort entre vantardise, sagesse du survivant et éclats de vulnérabilité. Sur des morceaux comme Lemon Pepper Steppers et Mar-a-Lago, il est en mode flex total, tissant des images de films de mafia dans des mesures à double temps. Sur d’autres, en particulier Skinny Suge II, il semble fatigué, réfléchi, presque résigné, ajoutant des couches d’humanité à son apparence endurcie. Alfredo II n’est ni aussi épuré ni aussi surprenant que l’original — mais il n’a pas à l’être. C’est une suite au sens plein du terme : une continuation, un approfondissement, un raffinement. Moins une révélation qu’un rappel que, lorsque Gibbs et Alchemist s’associent, le résultat est cinématographique, addictif et porté par un savoir-faire maîtrisé.























