Pays : Royaume-Uni Label : Republic Records Genres et styles : alt-rock / indie folk / indie pop / indie rock / pop-rock Année : 2025

Florence and the Machine – Everybody Scream

· par Marilyn Bouchard

Après 3 ans d’absence et une grossesse ectopique lui ayant presque coûté la vie, Florence Welch a demandé à son ami Nick Cave de l’aider à éditer certains de ses poèmes. Cela a donné naissance à un nouvel album éviscéré où elle transcende la douleur en beauté. Everybody Scream, dévoilé le 31 octobre pour l’Halloween, est à la fois un tour de force artistique sur la résilience et la mais également son œuvre la plus personnelle et la plus brute.

À travers 12 chansons, pour lesquelles l’artiste a collaboré avec Aaron Dessner (The National), Mark Bowen (IDLES) et Dave Bayley (Glass Animals) pour ne nommer qu’eux, les thèmes du couple, de la féminité, de la misogynie, de l’âge et de la mort sont explorés à travers une odyssée sonore remplie de folk horrifiant, d’incantations et de catharsis où rien ni personne n’est épargné sur le chemin de la guérison.

Plongeon au cœur d’une tempête artistique en pleine possession de ses moyens et qui fonce droit devant.

La chanson titre s’ouvre sur une partition d’orgue qui distorsionne au fur et à mesure que les vocalises aériennes de Florence la rejoigne pour ainsi culminer en une pièce dansante de rock sombre aux relents progressifs. Le vidéoclip qui l’accompagne, nous présentant sorcières, château hanté, et rituel dans la nature, place tout de suite l’exaltation et la teinte spirituelle païenne qui nous attend.

Le texte lucide de One of the Greats, d’abord poème puis devenu manifeste, permet à Florence-Dylan de se vider le cœur sur la misogynie de l’industrie musicale et sa valeur artistique de femme se mesurant constamment à celle des hommes en livrant quelques lignes ironiques au passage : « Did I get it right? Do I win the prize?/ Did you regret bringing me back to life? »

La haletante Witch Dance m’a immédiatement rappelé PJ Harvey qui serait allée dans un bar soul avec Lana. Sympathy Magic, cocréée avec Danny L Harle, est remplie de jolis sorts pop sur des percussions dignes de ses débuts. Perfume and Milk, parfaite pour une promenade en forêt ou une playlist d’automne, et la sombre Drink Deep permettent toutes deux à Florence de déployer sa puissance vocale alors que la folk-amoureuse Buckle nous donne accès à un angle plus intime.

Sur Kraken, la colère et la vengeance prennent toute la place pour reprendre son pouvoir après avoir été sous-estimée sur fond de choeurs gothiques et de ton menaçant, pour finalement nous mettre en garde “All of my peers they had such potential/I kissed them goodbye and let them drown”.

The Old Religion et Music By Men, au piano, partagent un bel arrangement de cordes et de couches vocales et une conclusion de la diatribe esquissée plus tôt. Enfin, les synthés angoissants de You Can Have It All font culminer l’horreur avant que And Love ne vienne résoudre de manière délicate et vulnérable l’album, répétant « Peace is coming » comme un mantra qui nous accompagne dans le silence.

Un album plus mature, plus rond musicalement, qui brise les codes prédéfinis de la musique pop en mélangeant avec fluidité les inspirations.

Autour du thème central des bons et mauvais côtés de la célébrité, Florence marche en équilibre, sur la fine ligne séparant le divin de l’infernal, comme seule une funambule musicale de haut niveau peut le faire. Il me tarde de voir ce que la théâtralité et l’interprétation de Florence en feront sur scène mais d’ici là, une chose est sûre : c’est un album qui marque le début d’un nouvelle ère musicale pour une des artistes contemporaines les plus consistantes du Royaume-Uni.

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