Certaines personnes trouvent cet instrument hypnotisant de beauté, d’autres pensent qu’il peut provoquer la démence. C’est l’harmonica de verre, inventé par Benjamin Franklin en 1762. Une série de verres en cristal de différentes tailles, tournant, et sur lesquels un ou une musicienne applique un doigt mouillé afin de faire résonner le verre sur diverses fréquences, ce qui donne des notes. L’Américano-norvégienne Camille Norment joue de cet instrument, mais pas que, dans cet album composé de seulement deux (longues) plages. Sur Songs For Glass Island, elle utilise également des tubes et des flûtes de verre spécialement conçues (et soufflées) par un scientifique spécialiste du verre soufflé expérimental. Norment n’utilise aucun artifice, aucune amplification, seulement les objets cités touchés ou frottés avec de l’eau, les doigts, des mailloches et même la voix et le souffle.
Le résultat est fondamentalement différent du son habituel de l’harmonica de verre. Si vous le connaissiez déjà, n’y pensez même pas. Dans la première partie, à travers des mouvements enchaînés sans pause (voir les détails plus bas), on a l’impression assez nette de passer à travers un ruissellement épars de gouttes d’eau dans une grotte humide dans laquelle des tuyaux émettent des sons très doucement amplifiés des courants d’air qui les traversent. Ceux-ci ressemblent à la musique d’un spectre qui jouerait d’une flûte faite en vapeur cristalline. Beau et très étonnant. La deuxième partie est un peu plus rugueuse, faite de criquettements, de frottements et de sons percussifs qui rappellent plus du métal que du verre.
Si vous pensez que cette musique est étrange, imaginez l’étrangeté, sinon la démesure, du projet artistique qui lui a servi d’inspiration. En 1969, l’artiste Robert Smithson a proposé d’incruster l’îlot Miami, dans la mer des Salish au large de l’île de Vancouver, de 100 tonnes de verre teinté. Bien que le gouvernement canadien ait accordé la permission pour les travaux, la pression publique a entraîné l’annulation du projet. Même pour l’art, une telle ‘’invasion’’ d’un milieu naturel reste difficile à justifier.
PARTIE 1
I Le Torrent
II Points de fuite illimités
III Espace abyssal
IV Tendance vers une Conscience Primordiale
V Résolution de l’Organique et du Cristallin
VI La Spirale
PARTIE 2
VII Seuil vers l’Ailleurs
VIII Analogies Violentes
IX Avalanche dans l’esprit
X Processus Entropiques























