De temps en temps, il y a une petite mort : une peau qui mue, une promesse non tenue, un souvenir qui devient plus cher.
Je me suis assise sur le canapé de la maison de ma mère, après être revenue d’une séance de tarot.
Après une cigarette, après un trajet en voiture.
Je m’assois et j’écoute l’album d’une traite, comme si j’étais en train de mourir un peu – la lecture était précise, elle ne me laissait d’autre choix que de rester ici, à écouter et à écrire. Au fur et à mesure que j’écoute, un souvenir se dessine, une fiction de ma réalité se rapproche de mon esprit cinématographique alors que je suis entre les bruits du passage à travers quelque chose, un espace, un sentiment, entre deux conversations, arrêté par toi pour entendre ta voix, assis sur le canapé de la maison de ma mère.
Mon esprit bouge avec cette musique, car cette musique me rappelle comment se constitue un souvenir : couleur, douceur, fragments, flou, une certaine lourdeur malgré l’absence de masse et de forme. Elle a une façon d’occuper mon subconscient, alors que je forme une forme passée de mon présent, tout en regardant à travers la fenêtre d’un devenir. « Je n’ai pas trouvé la lumière », avouant dans un magnétophone, un sentiment à double tranchant une minute avant que tu (tu) me (tu) dises tout. Ce qui va se passer est là où tout se passe. « L’amour conditionnel » est ce qu’il est : difficile à avaler, mais présent malgré tout. La dissonance vous montre comment aimer malgré les conditions, ou dans les conditions. Le rouge sur le violet sont les couleurs que j’obtiens. Chaque titre de chanson semble être un fragment d’une conversation continue, quelque chose qui subsiste entre vous et moi, peut-être une petite mort. « Juste » alors, un peu de paix.
Les mots « non dit », « non fait » et « pardonner » apparaissent sans cesse ensemble, formant des images, comme des photos de quelque chose qui devient spécial parce qu’il en existe désormais une image. Dans ces images, le non dit et le non fait deviennent réalité. Et cela produit un son, que je peux entendre en moi.
En continuant à écouter, je trouve réconfort et espoir dans ces titres ; Doubt (doute) me montre une voie alors qu’il semble n’y en avoir aucune, que tout soit fini ou perdu. En méditant sur le doute et l’incertitude, je veux m’y plonger, me présenter sans rien d’autre que ma présence. Effrayée et marquée. Mais tu as tout, dit la sorcière.
Aller avec le doute > rester avec la peur.
Ces derniers mois, j’ai oscillé entre mon foyer et mon devenir, sans savoir que ce dont j’avais besoin, c’était mourir une nouvelle fois.
Il ne s’agit pas de résolutions, mais cette musique vous fait vivre quelque chose. Elle vous transporte dans un état onirique, de l’endormissement au regard dans le miroir tôt le matin, avant toute autre chose. Elle vous dit que quelque chose de nouveau vous attend peut-être, mais que vous devez d’abord mourir un peu. Alors prenez le temps de mourir, laissez mourir, et vous marcherez à nouveau. Le reste suivra.
Claire Rousay est actuellement en tournée aux États-Unis et au Canada avec « a little death ». Consultez les dates ici : allez voir des concerts, achetez de la musique, emmenez votre amoureux ou un ami, sortez en solo.























