Nuées ardentes est un album de chansons (de reprises, pour dire vrai) comme aucun autre. Si vous appréciez les petits chefs-d’œuvre finement travaillés et arrangés avec un soin digne d’une tisserande senior des Tapisserie d’Aubusson, vous planerez de bonheur à l’écoute du duo de Rosemary Standley (de Moriarty) à la voix et de Dom la Nena au violoncelle, accompagnées par les somptueuses voix de la Maîtrise de Radio France. On y reprend des titres inattendus dans ce genre de format tels Smalltown Boy (Bronski Beat), The Lovecats (The Cure), People Are Strange (The Doors), Perlimpinpin (Barbara), avec lesquels on fait dialoguer des traditionnels anglais et latinos, une chanson rigolote de Bobby Lapointe et un superbe air baroque de Stefano Landi, pas le plus connus de l’époque (celle de Vivaldi, Bach, Handel…), mais de toute évidence, un remarquable artisan.
Ce qui sert de fil conducteur à l’ensemble du programme, c’est une attention fine aux détails d’orchestration originaux, comme celle d’un artiste formé au raffinement et à l’intelligence créative issue de la musique classique. Et, devinez quoi, c’est exactement le genre d’assises sur lesquelles prennent appui les deux artistes, qui sont passées par de bonnes écoles et d’excellentes études (chant lyrique pour Standley, violoncelle avec Christine Walevska pour Dom la Nena). On est constamment surpris par les tournures étonnantes données aux mélodies connues, mais jamais décontenancé au point de perdre l’intérêt. Au contraire, c’est tellement bien fait, tellement stimulant (intellectuellement et esthétiquement), qu’on attend impatiemment la prochaine pièce pour ressentir à nouveau ce plaisir de l’étonnement enrobé dans une séduction irrésistible. Qui plus est, les deux voix semblent faites l’une pour l’autre, et le violoncelle tour à tour lyrique et pointilliste les complète magiquement.
À n’en point douter, l’un des albums de l’année.























