Qu’en est-il du karma? Voilà le questionnement qui guide les pulsions des Toulousains Bigflo & Oli dans Karma, leur cinquième projet en un peu plus de dix ans de carrière. Cette fois, les deux artistes s’éloignent d’un son résolument commercial. Le résultat : une œuvre plus brute, plus introspective et surtout beaucoup plus ancrée dans le rap.
Très vite, Bigflo & Oli donnent l’impression de s’être affranchis de certaines attentes. Les deux frères reviennent à une approche plus instinctive et façonnée par les influences qui les ont toujours habités. C’est en quelque sorte un retour aux sources.
Florian paraît posé, presque en paix avec le chemin parcouru, tandis qu’Olivio donne l’impression d’être animé par une nouvelle mission artistique. On n’assiste plus à l’ascension de deux rappeurs, mais plutôt au regard d’artistes établis qui analysent leur parcours avec recul. Le succès n’est plus au centre du discours; ce sont désormais ses conséquences qui alimentent leurs réflexions.
Dès les premières minutes, le mot « karma » revient comme un mantra. Family Business donne le ton en revisitant l’histoire familiale du duo. Les couplets s’enchaînent avec assurance, soutenus par une instrumentale particulièrement travaillée. Sur plusieurs titres, une influence américaine se fait sentir. L’admiration de Bigflo pour Drake transparaît dans certaines variations de flow et dans les changements de rythme, notamment sur Minimum !. La sélection musicale évoque également les textures minimalistes et atmosphériques associées à des artistes comme The Alchemist. La production de Karma s’impose comme la plus raffinée de leur discographie.
La chanson-titre Karma figure parmi les moments forts du projet. Une basse lourde, une atmosphère enveloppante et des couplets précis soutiennent un refrain efficace. Les deux rappeurs y répètent l’idée de « laisser faire le karma ». Les années passent et leur regard sur leur parcours devient plus lucide.
Si l’ensemble de l’album repose majoritairement sur un rap direct et assumé, quelques morceaux viennent élargir la palette sonore. Picasso, avec ses accents de cumbia et un refrain en espagnol, ou tumemanques, une ballade autotunée dans laquelle Olivio aborde la perte d’un proche, offrent des respirations bienvenues.
Il faut saluer la volonté de proposer quelque chose de différent plutôt que de reproduire une formule déjà éprouvée. Malgré cette envie, les auditeurs de longue date reconnaîtront facilement les thèmes et sensibilités qui ont marqué l’univers de Bigflo & Oli. Karma vise peut-être moins le grand public que certains de leurs disques précédents, mais il pourrait bien trouver un écho chez les puristes du rap qui ont longtemps regardé le duo avec scepticisme.






















