Il y a des albums qui nous touchent profondément. Ils se démarquent des autres, que ce soit par leur originalité ou par les émotions qu’ils suscitent. Si je devais associer l’album DeBÍ TiRAR MáS FOToS (en français, « J’aurais dû prendre plus de photos ») à un souvenir, ce serait sans aucun doute sa sortie.
C’était le 5 janvier 2025, par une journée de neige à Montréal. Je suis sorti du métro et j’ai marché pendant une heure. L’album jouait dans mes écouteurs et, malgré le froid hivernal, je ressentais une douce chaleur : une chaleur communicative grâce aux rythmes latins, entre musique portoricaine traditionnelle (salsa, plena, boléro) et reggaeton contemporain. Une chaleur communicative grâce aux thèmes abordés, entre amour et attachement au territoire. Et une chaleur communicative grâce à tout ce que Bad Bunny dégage : la joie, l’authenticité, la fierté de ses origines et un engagement politique profond.
Avec ce projet, Bad Bunny n’a pas seulement dominé les charts cette année ; il les a transcendés et a marqué de son empreinte l’industrie musicale mondiale. Il redevient Benito, un homme imprégné par son île, ses souvenirs, ses convictions et ses relations avec autrui.
Il parle d’amour, bien sûr, mais surtout de territoire : gentrification, exil déguisé. Il jette un pont entre Hawaï et Porto Rico, y voyant des similitudes : Porto Rico deviendra-t-il comme Hawaï ? Un lieu dépouillé de sa culture au profit du tourisme ? Cet album est politique, tant dans ses textes que dans sa conception sonore : la production musicale laisse place aux voix, aux silences et aux instruments acoustiques. On y perçoit un refus de trop lisser le son, une caractéristique si répandue dans le reggaeton mainstream. Ces chansons sont fragiles et semblent exister collectivement, dans l’instant présent.
DeBÍ TiRAR MáS FOToS n’est pas un album parfait, mais il a réussi quelque chose que beaucoup ne parviendront jamais à faire : Bad Bunny élève notre conscience tout en nous faisant célébrer la vie ensemble.























