Le Breton et Français à la voix grave et singulière, Bertrand Belin, récidive avec un huitième opus, Watt.
Certains associent Bertrand Belin et Alain Bashung. Pour moi, ce qui fait de Belin quelqu’un de si particulier dans l’écosystème musical francophone, c’est sa façon de faire « sonner » le français comme personne d’autre.
Un français percussif, ciselé, une suite parfois étrange de mots et d’idées qui ne font sens que quand on les prononce. Par exemple: « Je n’ai pas connu en personne, les inconnus en question », première phrase de l’album. Ça bouscule non ? Un peu comme certains rappeurs font. Pour sa part Bertrand Belin chante, en gravité dans tous les sens.
Certains pourraient argumenter que cette langue fait très France, avec peu de liens communs avec le français québécois, avec des jeux de mots un peu surfaits. Pour ma part, j’aime bien me plonger dans cet univers effectivement très français, mais qui fait mouche.
Le titre, Watt, vient de l’unité de mesure électrique, les watts qui sortent des hauts parleurs, mais aussi titre du roman de Samuel Beckett, écrit en 1953 dans le sud de la France.
Musicalement, Watt poursuit la trajectoire amorcée avec Tambour Vision (2022). De moins en moins de guitare et de plus en plus de synthétiseurs, cordes et électro. La première guitare qu’on entend en solo est sur le sixième morceau, Tel qu’en moi-même, et elle sonne davantage jazzy que rock.
Belin semble décidé à explorer de nouveaux terrains musicaux et le résultat est plutôt positif. Plus on avance dans l’album, plus on entre dans une ambiance méditative, avec des rythmes lents, introspectifs.
On embarque ou pas dans cet univers Bélinois ou Bélinesque. Où il est question de Pluie de Data, de Béatitude, de Berger qui a peur de perdre son troupeau, avec souvent des jeux de mots pas toujours compréhensibles.
Personnellement, je trouve Bertrand Belin très attachant, étonnant et percutant. Tant qu’à faire « sonner le français », je vais contribuer.























