Pays : Canada Label : Leaf Genres et styles : classique moderne Année : 2026

Art of Time Ensemble – Stravinsky : Sankofa, The Soldier’s Tale Retold

· par Frédéric Cardin

Revisiter L’Histoire du soldat de Stravinsky dans un contexte afro-canadien? C’est l’idée derrière Sankofa, projet mené par Andrew Burashko et l’ensemble Art of Time, basé à Toronto. C’est à travers un nouveau livret commandé pour l’occasion à l’autrice d’origine nigériane, basée à Edmonton, Titilope Sonuga, qu’est ici actualisée cette histoire, sommes toutes intemporelle. Un soldat échange son violon (son âme) au Diable contre des gains. Le soldat n’est jamais pleinement satisfait, rejoue avec le diable pour d’autres avantages mais finit par être jeté en Enfer après un ultime manquement à sa parole. 

Histoire canadienne

L’histoire ici conçue par Sonuga met en scène un soldat fictif de l’historique 2e Bataillon de construction pendant la Première Guerre mondiale, le seul bataillon entièrement noir de l’armée canadienne, maltraité par ses officiers blancs et relégué au creusement de tranchées parce que ses commandants refusaient de lui donner des armes. Dans cette version, le soldat rencontre le Diable alors qu’il s’apprête à s’enrôler et renonce à son identité et à son héritage (sous la forme d’une amulette Sankofa que lui avait donnée sa mère) pour avoir le « privilège » de servir dans la guerre des Blancs.

À travers cette réécriture, Sonuga projette un peu de lumière sur un repli oublié de l’histoire canadienne concernant ses citoyens Noirs. 

Ten steps forward and twenty back

–a Black man marches an endless track.

Stravinsky respecté

Que les puristes se rassurent, l’arc narratif d’origine n’est en rien changé. Le Diable l’emporte, la quête de sens du soldat, habité d’un vide qui le submerge constamment et d’une insatisfaction enracinée dans des rêves superficiels, est soulignée à travers son incessante course vers ce qu’il ne possède pas encore. 

Olaoluwa Fayokun est adéquatement naïf, un brin juvénile, dans le rôle du soldat. La narratrice Ordena Stephens-Thompson survole avec élégance le monde sonore créé par la musique de Stravinsky. Seul le Diable, Diego Matamoros, m’a moins convaincu. C’est très personnel, et peut-être tout le contraire pour vous, mais sa voix chevrotante, comme celle d’un vieillard fragile, me semble incapable de séduire et d’enjôler, comme un Diable devrait le faire. On est loin de Peter Ustinov (avec Igor Markevitch à la direction) ou Philippe Clay (avec Pierre Boulez), pour les versions en français. 

Plus de diableries svp

Musicalement, Burashko dessine une partition propre, calibrée et focalisée sur la précision. On aurait été mieux guidés à travers le scénario avec plus de grincements, plus d’éclats et de surprises sonores. Cela dit, le chef a osé ajouter quelques moments tenus par des percussions (africaines), ce qui s’accorde bien, sans dénaturer la musique de Stravinsky, avec le personnage du soldat Noir. 

On salue l’idée, et on apprécie fortement le texte, rimé et soigné, porté consciencieusement par le Art of Time Ensemble. Une adaptation pertinente que Stravinsky aurait fort probablement adoubée. 

Tout le contenu 360

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