Arnaldo Antunes est peu connu sous nos latitudes. Au Brésil, il est une vedette, du moins dans les classes moyennes des grandes villes du pays. Ce chanteur, grand, filiforme, a construit un univers qui slalome entre la musique populaire brésilienne (MPB) et le rock. Une espèce de David Byrne brésilien, qui, incidemment, a convié Byrne à chanter avec lui sur deux pièces de son dernier album, Novo Mundo.
L’ex-chanteur de Talking Heads, grand amateur de musiques brésiliennes et Arnaldo Antunes, grand amateur de new-cave des années 80, font parfaitement la paire. Sur « Body Corpo« , vous pouvez suivre un cours accéléré de portugais, puisque les deux chantent exactement la même chose, dans les deux langues, sur un rock nerveux assaisonné de percussions de MPB.
Novo Mundo est le vingtième opus de ce chanteur à la voix grave. Maintenant dans la soixantaine, Antunes nous offre un album nerveux ou ce « nouveau monde » l’angoisse et l’affole. « Trop de plastique et pas assez d’eau, tout l’espace est occupé par la police, on ne peut plus fuir les algorithmes », écrit-il dans la pièce titre.
Cet album est une excellente mise en bouche pour appréhender le travail d’orfèvre d’Arnaldo Antunes. Pas besoin de comprendre le portugais pour apprécier une vision plus rock, plus urbaine, de la musica popular brasileira. Encore que, maintenant, grâce à l’intelligence artificielle, traduire les paroles est devenu facile.
Arnaldo Antunes est également membre de Tribalistas, un groupe fétiche au Brésil, fondé en 2002. Un trio qui tentait de résumer une génération de musiciens brésiliens, avec Marisa Monte, de Rio de Janeiro, Carlinhos Brown de Salvador de Bahia et Antunes, de la grande mégapole économique, São Paulo. Malgré seulement deux albums en vingt ans, ce groupe a fait un tabac incroyable dans toute l’Amérique du Sud.
Pas étonnant d’entendre Marisa Monte, venue au FIJM en 2024, dans un magnifique concert à la PDA, chanter en duo avec Antunes, sur une magnifique balade très poétique, qui parle de solitudes, de lumières, de constellations, d’explosion et d’ancestralité. Arnaldo Antunes est aussi qualifié de poète et cette chanson en fait la preuve.
En attendant un prochain album de Tribalistas, Novo Mundo est un excellent album de musique populaire sophistiquée. Bien que pessimiste, Arnaldo Antunes nous livre aussi une chanson, très rock, qui nous indique que « O Amor é a Droga Mais Forte« , L’amour est la drogue la plus puissante. Voilà. C’est dit.























