Avec la parution de Vol. II, l’énigmatique duo mantra-rock dada pythago-cubiste du Saguenay confirme son statut de phénomène mondial, propulsé notamment par leur performance aux Rencontres Trans Musicales de Rennes, relayées par KEXP. Si cette musique fascine par son étrangeté familière et sa rigueur technique, les extraterrestres Klek et Khn de Poitrine, tous deux âgés de 333 ans, ont d’abord capté l’attention grâce à leur signature visuelle aussi loufoque que mystique : costumes à pois noir et blanc, nez exagérés, pyramides en papier mâché. On a l’impression d’assister à un rituel absurdiste cryptique.
Derrière cette façade théâtrale se cache pourtant une mécanique musicale redoutable. Khn, grand pontife de la pédale de loop, manie une guitare microtonale unique à double manche intégrant une basse. À coups de boucles empilées, activées avec une précision chirurgicale, il érige des structures d’une densité vertigineuse.
Face à lui, Klek, batteur aux larges épaules et au nez pendouillant, impose une rigueur rythmique implacable, naviguant entre mesures irrégulières (5/4, 10/4, etc.) et ruptures franches. Ensemble, ils donnent l’impression d’un édifice instable qui, pourtant, ne s’effondre jamais : chaque couche accentue d’abord la dissonance avant de faire émerger un groove cohérent.
Si les micro-intervalles des échelles mélodiques existent dans plusieurs cultures, rarement ont-ils été poussés aussi loin dans un contexte rock. C’est là que réside le génie du duo : transformer des ‘fausses’ notes en une expérience étonnamment accessible. Par la répétition, une cohésion finit toujours par se former, créant un inconfort électrisant qui frôle le sublime.
L’album se déploie comme une suite de tableaux en mouvement. FabienK ouvre sur une dissonance saccadée qui se transforme en cavalcade désertique, ponctuée de vocalisations extraterrestres. Mata Zyklek étire une tension minimaliste avant d’exploser puis de retomber dans un groove presque surf, traversé d’une énergie punk. SarnieZZ démarre avec aplomb et nous entraîne dans une course faite de stop-and-go nerveux. UTZP débute comme une polka balkanique en caravane avant de basculer en champ de bataille. Yor Zarad évoque une poursuite haletante qui se conclut en marche héroïque, tandis que Angor martèle un motif hypnotique aux accents rituels, propulsant l’auditeur vers des paysages brûlés.
Malgré cette densité conceptuelle, Vol. II demeure profondément engageant. Là où d’autres projets expérimentaux se replient sur leur complexité, Angine de Poitrine choisit le jeu, l’humour et une accessibilité inattendue. Avec Vol. II, le duo signe un disque à la fois laboratoire sonore et fête étrange, une œuvre qui déstabilise, amuse et fascine, et qui confirme qu’Angine de Poitrine est bien plus qu’un phénomène viral : une anomalie précieuse qui fait rayonner le Québec à l’international.





















