Je ne connaissais pas Andrew MacKelvie avant de tomber sur cette parution exceptionnelle. Le saxophoniste et compositeur manie avec passablement d’énergie le jazz contemporain, côté free, voire psychédélique, autant que le classique contemporain, le groove et le rock.
Many Worlds trahit toutes ces influences au gré d’une décharge énergétique absolument brillante d’originalité et d’authenticité. Le type semble connecté à son moi viscéral, habité par le souvenir d’un accident qui a failli lui coûter la vie en 2012.
L’abstraction de son écriture instrumentale reste totalement lyrique et surtout solidement pieutée dans le rythme, parfois motorique, et le groove élégant. Nous sommes ainsi conviés à entrer dans des tableaux sonores extatiques, psychédéliques. On s’y retrouve baignés de couleurs métamorphiques mais aussi d’un sentiment de bonheur induit par une musique qui n’a rien de cérébrale. Au contraire, celle-ci se fait étonnamment accueillante, chaleureusement organique et intuitive. MacKelvie tire tous les avantages disponibles d’un octuor bien garni (incluant un euphonium et une harpe!), auquel s’ajoutent quatre musiciens invités. Il a donc l’embarras du choix des textures et des amalgames timbraux.
La pièce finale offre un contraste frappant : accompagnés d’une écriture contemplative, des voix, dont celle de MacKelvie, évoquent l’accident de 2012 en se superposant et s’entrelaçant. Les voix finissent par su fusionner dans un murmure frémissant sous les quelques lignes impressionnistes du saxophone, puis des très belles voix de sopranos ondoyantes de Meghan Gilhespy et de Zoe Leger. Une finale en forme de sérénité retrouvée, magnifiquement rendue par l’écriture de MacKelvie.
Many Worlds est un album férocement inventif. Fortement recommandé.
Andrew MacKelvie – saxophone alto et soprano, clarinette basse
Jackson Fairfax-Perry – saxophone ténor, synthétiseur
Andrew Jackson – trombone
Tom Richards – trombone, euphonium, clavier
Ellen Gibling – harpe, clappements
Ross Burns – guitare, clappements, tambourin
Gabriella Ciurcovich – basse
Doug Cameron – batterie, clappements, percussions
avec :
Aquakultre alias. Lance Sampson – voix (piste 5)
Meghan Gilhespy – voix + effets (piste 4, 5, 7)
Zoe Leger – voix (piste 4, 5, 7)
Michael Cloud Duguay – melodica modifiée (piste 1, 7)























