Le pianiste métamorphique Alexandre Tharaud professe ici son grand amour de la chanson française avec une riche sélection de 30 morceaux tirés du répertoire connu, comme de quelques tiroirs camouflés. Certaines interprétations sont presque des révisions (Sous le ciel de Paris, Mathilde…), d’autres, des hommages respectueux, voire proprets (Évidemment, J’attendrai…). Quelques classiques, pour vrai, comme cette belle Improvisation No. 15, FP 176 « Hommage à Edith Piaf » signée Francis Poulenc, ou encore les fameux Chemins de l’amour encore de Poulenc, auxquels on peut ajouter cet Opus X de Léo Ferré, une parution posthume, dernier titre de l’album Métamec de 2000, qui offrait des titres inédits du grand poète-musicien. Ferré a écrit ce court morceau pour piano solo quelque part dans les années 1980. L’artiste se rêvait compositeur ‘’classique’’ et cette miniature qui capte parfaitement le son Ferré en à peine deux minutes nous fera regretter pour toujours qu’il n’ait pas exploré plus intensément ce genre de velléités. Quelque part entre les deux, des versions en forme de variations plus ou moins élaborées (Ne me quitte pas, Je suis malade, etc.).
Des bouquets d’hommages pianistiques à la chanson française, il n’en manque pas. Mais Tharaud se démarque par son raffinement, sons sens de l’élégance et celui de la retenue de l’expressivité (pas de pseudo-Richard Clayderman ici, ouf). Le Français ne sent pas le besoin de transformer chaque pièce en ‘’Étude’’ de Rachmaninov pour ‘’créer de l’émotion’’. Sa conviction intime dans la richesse de ces titres traverse le temps et l’espace vers notre propre intériorité.
Tharaud sait réinventer suffisamment ces mélodies pour maintenir le sens de la découverte, tout en sachant bien exposer leur force expressive afin de satisfaire notre besoin de les réentendre aussi souvent que possible. PS : mais pourquoi diable a-t-on inséré une couverture aussi laide?? C’est presque une insulte. Tharaud mérite mieux.























