Virée classique | Helmchen et Taylor : à travers une tempête d’émotions

par Alexandre Villemaire

C’est une Maison symphonique au parterre bien garni qui a découvert le jeu sensible du pianiste Martin Helmchen et la voix profonde de la mezzo-soprano Beth Taylor. Ces deux interprètes de calibre international ont conquis une assistance diversifiée, allant d’amateurs habitués aux codes des concerts classiques à ceux qui découvraient l’ambiance de la Maison symphonique pour la première fois.

En termes de répertoire, ils ont été servis avec deux œuvres de grand contraste. En première partie de concert, Martin Helmchen a interprété le Concerto pour piano nº 24 en do mineur, K. 491 de Mozart. Comptant parmi les dernières œuvres du compositeur, cet avant-dernier concerto de sa série de douze est rempli d’envolées théâtrales et de nuances dans le jeu entre le piano et l’orchestre ; un jeu que Payare et Helmchen ont fait ressortir avec finesse. La manière de jouer de Martin Helmchen est délicate et agile même dans les moments plus animés. Une des qualités de l’interprétation d’Helmchen est également son sens du phrasé musical ainsi que son utilisation des silences dans la musique. Il fait respirer de manière naturelle les temps d’arrêt dans la musique, notamment dans la cadence finale du concerto, avec une grande théâtralité.

Le contraste stylistique était marqué avec l’interprétation du cycle Sea Pictures du Britannique Edward Elgar par la mezzo-soprano Beth Taylor. L’œuvre, à travers cinq poèmes de différents poètes, évoque la mer, dépeinte sous toutes ses formes, de son immensité et de son calme à sa nature imprévisible. Bath Taylor a rendu les différents affects véhiculés dans le texte et la musique avec une interprétation incarnée. Dès la première note de « Sea-Slumber Song », le timbre rond, à la fois sombre et lumineux de la mezzo-soprano écossaise nous frappe et nous transporte dans un monde sonore et poétique. On a senti un petit égarement dans le deuxième couplet du quatrième poème Where Corals – dont le rythme en contretemps perpétuel peut être traître – mais qui n’a pas amené à un déraillement majeur de la ligne vocale. Elle a conclu le concert avec une performance d’un aplomb interprétatif.

Une soirée de concert tout en finesse qui a tout de même été émaillée de bruitages du public. Il y a des choses que l’on peut passer outre dans le cadre de l’expérience de la Virée classique, mais amenée. un jeune bébé pour entendre ce type de répertoire ne rend service à personne.

Crédits photo : Antoine Saito

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