Quiconque passe beaucoup de temps dans le milieu du jazz à Montréal comprend le rôle fondamental que joue la faculté de musique de l’Université de Montréal dans ce milieu. Au cours des dernières décennies, elle a formé une communauté intergénérationnelle de musiciens sans lesquels la musique de la ville ne serait pas la même. Ainsi, le big band de l’école est inévitablement devenu un lieu de développement pour d’innombrables musiciens qui continuent de se faire un nom dans la ville et ailleurs dans le monde. Ce jeudi, à l’occasion du 45e anniversaire de l’ensemble, le public du Théâtre Outremont a eu droit à un répertoire à la fois surprenant et classique, mettant en vedette la jeune génération d’étudiants aux côtés de plusieurs de leurs mentors de la faculté.
La soirée a débuté en beauté avec un arrangement original de « Well You Needn’t » de Thelonious Monk par le tromboniste principal Laurent Cauchy. Son interprétation de la pièce faisait largement appel à des mesures irrégulières et à un pont oscillant entre le tempo simple et le tempo double, ce qui redonnait à la mélodie de Monk une dimension nouvelle et intéressante. On retrouve dans l’écriture de Cauchy un lien stylistique évident avec celle d’anciens membres du Thad Jones/Mel Lewis Orchestra tels que Jim McNeely et Bob Brookmeyer.
Le reste du programme a largement suivi cette tendance, avec plusieurs interprétations (relativement) contemporaines de standards par des arrangeurs de renom tels que Gil Evans et Bill Holman. L’un des moments forts du spectacle a été l’arrangement de Rob McConnell de « Tickle Toe » de Lester Young, qui mettait en vedette le tromboniste Jean-Nicolas Trottier, membre du corps professoral, aux côtés de Maude Gauthier au saxophone ténor, échangeant des solos énergiques à la fois en séquence et simultanément.
S’il y avait une chose qui manquait au spectacle d’hier soir, c’était l’absence de solos des étudiants membres de l’orchestre. Bien sûr, ce fut un plaisir d’écouter les membres du corps enseignant qui se sont succédé sur scène tout au long du concert, mais le public n’a pas eu l’occasion de découvrir la plupart des musiciens présents. En fait, l’arrangement de Don Sebesky du classique « All the Things You Are » a été le seul morceau à mettre en vedette plus d’un solo étudiant. Cela ne veut pas dire que cela a nui à la performance, mais peut-être qu’une occasion a été manquée.
En somme, le Big Band de l’UdeM a su rendre hommage à ses 45 ans d’existence, tout en démontrant qu’il restera une figure incontournable de la scène jazz montréalaise pour les années à venir.
Photo by Nina Gibelin Souchon























