hardcore / pop / punk hardcore

Taverne Tour | Vagabonder entre pop et hardcore

par Laurent Pellerin

image de couverture: Faze

Jane Inc.

Le O Patro Vys est une salle intime et décontractée que j’avais auparavant visitée pour assister à un jam de hip-hop/jazz. Ce vendredi de Taverne Tour, à mon arrivée, j’aurais pu m’imaginer entrer dans un night club. Les rythmes de facture électronique qui font vibrer les murs appuient les lignes vocales de Carolyn Bezic, leader du groupe Jane Inc.

Aux premiers abords, je remarque l’effectif sur scène: deux choristes à droite de la chanteuse et un claviériste à sa gauche. Le groupe occupe la scène sur sa largeur, mais je ressens une impression de vide. Il ne m’en faut peu pour réaliser que la bonne partie de la musique que nous percevons est issue d’une bande autonome, qui me semble être déclenchée par le claviériste au début de chaque morceau. 

Bien que l’on voit ce dernier jouer et Carolyn chanter, que parfois même elle agrémente certains morceaux de guitare électrique, la constatation que la moitié des personnes sur scène ne sont impliquées que de façon intermittente m’empêche d’être complètement engagé avec la performance. À cet égard, la foule bruyante qui m’entoure n’aide pas à la cause, surtout dans les pièces aux nuances plus douces. 

Néanmoins, j’apprécie la prestance de cette chanteuse qui semble ne reculer devant rien pour livrer un bon spectacle. Le groupe revient d’ailleurs à un répertoire énergique pour les dernières pièces, où l’on retrouve alors un public plus engagé. La chanteuse termine son set en descendant dans la foule, provoquant des duels de danse momentanés avec les plus enthousiastes des premières rangées.

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CEASE

La salle de la Toscadura est plus profonde et plus large que la précédente. La vastitude de l’espace est toutefois comblée de camarades me rappelant des spectacles enivrants de mes années d’adolescence. La communauté punk et métal a pour moi ce don d’accorder un sentiment de sécurité familière à n’importe quel lieu de spectacle. 

J’entre au tout début du set. Si les silences entre les pièces de Jane Inc. étaient couverts par la foule du O Patro Vys, ils le sont ici par les feedbacks criards de la guitare et de la basse. Quatre musiciens, des monolithes d’amplis au fond de la scène ; je suis prêt à recevoir ce que CEASE a à m’offrir. Sans perdre de temps, le guitariste décroche un riff rapide avant que l’on se fasse percuter par un violent mur de son. Les musiciens sont affairés à leur instrument alors que la chanteuse oscille entre des manifestations d’intense agressivité et d’épuisement. Ainsi vont les vingt prochaines minutes: le groupe marie blastbeats et riffs pesants, le jeu d’effets de tension et de détente s’effectue par des fréquents breaks de quelques secondes où l’on est privé de tempo, on est tirés entre ces instants d’apesanteur et les rechutes dans le grand vacarme.

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Faze

Les musiciens n’ont pas besoin de jouer pour que je pressente leur assurance. Je les observe installer leur équipement tranquillement, le batteur procède à de nombreux micro-ajustements de sa caisse claire et de ses toms. Au début, je distingue mal qui prendra le micro, pour moi un excellent signe dans ce genre de contexte musical.

Au bout de quelques minutes, le chanteur s’avance et demande à ce que le technicien diminue l’intensité des lumières de scène. Il ouvre grand les yeux, sourit, envoie un pouce en l’air.

Le batteur débute un ostinato de toms alors que gémissent les guitares en feedback, introduction typiquement hardcore qui mène irréductiblement à une hausse de la fréquence cardiaque des spectateurs. L’excitation est à son comble quand le chanteur laisse échapper un cri et la musique envahit la pièce comme une détonation d’explosifs. L’aspect « béton » de Faze est immédiatement dévoilé. Le chanteur se tortille en folle jubilation, comme une sangsue sur laquelle on aurait versé du sel, rattrapant le micro de justesse pour déclencher une cascade d’échos par ses hurlements rythmiques. Du naturel de ce chahut transparaît l’’expérience de scène du groupe: la proprioception des musiciens est impressionnante, chacun d’entre eux se balançant constamment sans jamais se heurter les uns contre les autres.

Le fameux trombone est vite dévoilé, pour être joué trente secondes avant d’être abandonné à la multitude. Par moments, on le revoit refaire surface, porté par un corps qui s’élève au-dessus des bras de la foule.

Leur set est généreux en intensité, nous invitant corps et âme à joindre l’heureux tintamarre de cette deuxième soirée du Taverne Tour.

Je ressors de la Toscadura repus, comme purifié. J’ai un sourire d’accroché aux lèvres et les oreilles qui silent.

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