Jeudi 12 février, la première soirée du Taverne Tour 2026 au Belmont donne rendez-vous aux amateurs de textures abrasives et de grooves tendus avec une affiche résolument tournée vers le post-punk. Dehors, un froid mordant rappelait que février à Montréal ne fait pas de compromis ; à l’intérieur de ladite taverne, la chaleur monte graduellement à mesure que la salle se remplit.
Alix Fernz – Une entrée en matière dense et habitée

Vêtu d’un chandail de sport de ce qui semble être une obscure équipe de hockey, Alix Fernz ouvre la soirée avec un post-punk nerveux, porté par des grooves lourds et des paroles déclamées avec une intensité tendue et éraillée.
Les compositions s’articulent autour de hooks solides, de ruptures rythmiques bien placées et d’envolées de claviers aux accents d’orgue qui ajoutent par moments une dimension presque liturgique. La guitare, précise et poignante, marque à l’occasion des dissonances savamment dosées.
Une musique physique, qui oscille entre tension et transe, et qui transmet une certaine urgence de vivre à fond. Alix Fernz explore dans ses textes les conséquences de brûler la chandelle par les deux bouts avec une énergie paradoxale qui nous donne presque envie de l’imiter.
Hot Garbage – L’hypnose par la répétition

Hot Garbage poursuit avec une approche plus circulaire, misant sur la répétition comme moteur rythmique au niveau des compositions. Les motifs s’accumulent, s’entrecroisent, créant un effet hypnotique qui se transmet rapidement à une foule de plus en plus mobile.
« We’re Hot Garbage », lance la chanteuse à la fin du set avec un aplomb désarmant, comme un manifeste ironique. Derrière la désinvolture apparente se cache un travail de textures et de dynamique qui s’inscrit pleinement dans l’ADN post-punk de la soirée.
Yoo Doo Right – Krautrock incandescent et immersion totale

Sous un éclairage rouge enveloppant qui donne à la scène un caractère presque spectral, Yoo Doo Right étire ses longues montées kraut et post-rock. Le trio construit patiemment ses pièces jusqu’à atteindre un véritable mur de son, dense mais lisible.
Le batteur frappe avec force, la bass et la guitare ne laissent pas leur place, ça bûche, au point où certains spectateurs sortent leurs bouchons. Les vibrations ancrent le son live de Yoo Doo Right dans quelque chose de profondément physique, évoquant des paysages vastes et évocateurs, presque désertiques, où la répétition devient transe et où le volume agit comme une matière cinétique, cinématographique et viscérale.
Protomartyr – Le cri du cœur sous le veston

Puis vient Protomartyr, figure attendue de la soirée. Voir le chanteur Joe Casey monter sur scène vêtu d’un veston frappe d’emblée : une allure à mi-chemin entre le crooner sobre et le poète désabusé. Un homme qui semble porter le poids des années et qui transforme ce bagage en matière expressive brut dès que la musique démarre.
Le groupe reste fidèle à cette culture new wave râpeuse qui lui est propre : un groove tendu, une urgence existentielle, des vocals chargés d’un certain mal de vivre. L’intensité est telle qu’un honnête moshpit s’ouvre dans la foule, avec en prime du body surfing, véritable explosion physique de la soirée.
La section rythmique est elle aussi redoutable (mention spéciale à la batterie, sèche et motrice), la qualité sonore irréprochable. Sur scène, Casey boit une bière entre deux salves sonores, comme pour mieux faire passer ce mélange de lucidité cynique et d’abandon ardent qui se fusionne en un véritable élan vital. Aux premières loges, les fans récitent religieusement les paroles de chaque chanson.
C’est une musique qui donne envie de se défouler autant que de réfléchir. De survivre, peut-être, mais surtout de vivre pleinement.
Cette première soirée du Taverne Tour 2026 proposait ainsi un parcours cohérent à travers différentes incarnations du post-punk, de ses formes les plus actuelles à ses racines new wave. Une ouverture solide, immersive, qui lançait le festival sur une note à la fois sombre, vibrante et résolument vivante.























