alt-rock / breakbeat / rock

Taverne Tour | À la recherche de la lumière sur Saint-Laurent

par Loic Minty

La Sottarena : Bienvenue dans l’expérience

À mon avis, Korea Town Acid avait volé la vedette au MUTEK il y a deux ans. Sa musique est avant-gardiste, son approche totalement expérimentale. Que faisait-elle à La Sottarena avec deux groupes de punk hardcore ? Un truc avec un jeu vidéo ? La majeure partie de son set semblait complètement hors de portée du public, ce qui, paradoxalement, le rendait encore plus spécial pour moi et les quelques autres personnes que je voyais se balancer en extase. Son set oscillait entre une sélection éclectique de breaks, de nappes orchestrales, d’accords de jazz et de samples soul, qu’elle lançait en direct, une véritable prouesse technique.

Korea Town Acid

La qualifier simplement de DJ serait comme dire la même chose d’Arca : techniquement exact, certes, mais terriblement insuffisant. Dans une interview précédente accordée à PAN M 360, K.T.A. décrivait une constante adaptation au public, mais lorsqu’elle levait parfois les yeux pour prendre le pouls de l’ambiance, seule une jeune fille légèrement éméchée, poussant des cris de joie, l’encourageait.

Son spectacle s’est terminé de façon quelque peu décevante, le présentateur mentionnant à peine cette performance fantastique, préférant faire la promotion du jeu vidéo.

“So for this evening we-”
“Koreaa Town Acid!! Woooo!”
“Yes, give it up for Korea Town Acid, and next up we have Nuha Ruby Ra.”

Sa présence scénique était excellente. Nuha Ruby Ra avait une assurance à la M.I.A., un sourire dément et une voix envoûtante. « Get closer to the fucking stage ! » Sans m’en rendre compte, mes pieds se sont avancés. Quant à la musique, elle l’a dit elle-même : « Ce set est expérimental, on est venues jusqu’ici pour tester des morceaux. » C’était comme un Channel Beads atonal, ou peut-être que le chant était faux. Après cette remarque de Nuha, difficile de distinguer le voulu du non voulu. Le Taverne Tour, c’est avant tout donner le meilleur de soi-même, et là, on sentait un léger décalage. Le guitariste semblait peu inspiré à jouer seul sur des pistes d’accompagnement, et Nuha était peut-être plus consciente de ce décalage qu’elle ne voulait l’admettre. Après trois chansons, j’ai traversé la rue vers Casa.


Casa Del Popolo : Gymshorts prend le dessus jusqu’au bout

Gymshorts

À Casa Del Popolo, Gymshorts jouait et c’était tout sauf prétentieux. Avec des membres originaires de Providence et de Boston, ils ont créé une ambiance brute, typique des musiciens DIY de la côte Est, qui aiment tout simplement ce qu’ils font.

Entre chaque couplet et chaque refrain, la chanteuse et guitariste Sarah Greenwell se penchait en arrière pour adresser à ses camarades un sourire en coin, comme pour les encourager. Et ça a marché. Le guitariste et le bassiste se sont mis à sauter avec ferveur, comme dans une pub pour iPod des débuts. Un changement bienvenu. La musique m’a replongé dans une époque plus simple. Elle avait un petit côté pop-punk des années 2000, mais la voix grave et rauque de Greenwell puisait plus profondément dans des influences comme Ana da Silva des Raincoats. Juste au bord de la rupture, et pourtant toujours d’une intensité émotionnelle absolue.

Chaque morceau de deux minutes semblait être le dernier, et si vous aviez eu la chance de voir ce groupe au Barfly un soir, vous en parleriez pendant des années. Je suis parti uniquement parce que je ne voulais pas que ça se termine.

Alors que je partais, Greenwell s’est mise à jouer une chanson sur le pilote automobile américain Jeff Goldblum, tout en jouant de la guitare sur le thème de Jeff Goldblum. Ah oui, j’oubliais de préciser qu’elle portait un short de sport (gym shorts) ! Si vous voulez saisir la blague, je vous recommande vivement d’écouter leur discographie, dont l’un des plus grands succès est « DUI IUD », une chanson qui parle, vous l’aurez deviné, d’une conduite en état d’ivresse au lieu d’un stérilet.


Sala Rosa : À la conquête des cieux

En entrant, j’ai tout de suite été frappé par la carrure d’un homme corpulent coiffé d’un chapeau de cow-boy, qui m’a esquissé un sourire. On pourrait écrire des pages et des pages sur les performances iconiques de Sean Nicholas Savage, mais pour en savoir plus, je vous laisse lire la critique de Laurent Pellerin, notre correspondant de Sala Rosa.

Sean Nicholas Savage

Christopher Owens : La cerise sur le gâteau

L’étrangeté décalée de Daniel Johnston, l’honnêteté brute d’Elliott Smith et la légèreté de Neil Young se conjuguent pour former Christopher Owens. Sans doute l’un des plus grands auteurs-compositeurs de notre génération, comme l’a dit Sean Nicholas Savage. Et je partage cet avis. Christopher Owens m’a fait croire à nouveau en l’amour. Il donne une nouvelle dimension aux doutes, une lueur d’espoir à la souffrance que nous avons toujours su exister, mais que nous étions trop obstinés pour laisser nous submerger. Lui, en revanche, n’avait rien à cacher. C’était à la fois rassurant et dérangeant. C’était comme grandir. Il trébuchait en avançant, mais toujours dans la bonne direction.

Entre les chansons, il y a eu quelques échanges maladroits avec le public, notamment sur l’influence du film « Le Plombier » sur sa vie. Le reste était difficile à comprendre. On avait toujours l’impression que ça allait mal tourner, mais non. Il a su trouver le juste équilibre entre vulnérabilité et sincérité. Un véritable cadeau pour cette première du Taverne Tour : une authenticité et une joie profondes que je n’avais pas ressenties depuis le concert de Beverly Glenn Copeland.

Christopher Owens

Hier soir, Taverne Tour m’a rappelé que si vous savez ce que vous cherchez, vous le trouverez.

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