image de couverture: That Static
Troisième soir du festival Taverne Tour. Rien de mieux pour conclure que de la musique qui décape les tympans. Une soirée que j’attendais avec impatience : le Quai des Brumes rempli à pleine capacité, plusieurs spectateurs avec des bouchons d’oreilles (fortement recommandés pour ce genre de programme). L’anticipation était palpable.
That Static
Le premier groupe embarque sur scène. Je les avais déjà vus, mais c’était la première fois en quatuor plutôt qu’en trio. Dès 20 h, une Jazzmaster stridente et perçante déchire la salle, venant du chanteur principal. Un son si particulier qu’on se demande si ce sera vraiment celui qu’il gardera toute la soirée. Rapidement, l’arrivée du reste du groupe confirme : malgré le chaos apparent, chaque élément est réfléchi et distinctement audible.
Le second guitariste occupe le registre médium, tandis que la bassiste joue une Jaguar montée avec des flatwounds, faisant ressortir puissamment les basses fréquences. L’ensemble fonctionne comme un bloc cohérent. Tous les deux morceaux, les guitaristes changent de guitare pour explorer différents accordages, souvent plus graves ou volontairement dissonants. Ces choix rappellent immédiatement Sonic Youth.
Le groupe ne joue pas avec les dynamiques, mais plutôt avec les rythmes, la cyclicité et l’agressivité : chaque motif répétitif, chaque micro-variation captive et crée un groove hypnotique. L’intensité du jeu est telle qu’à la fin du set, la guitare du guitariste est littéralement couverte de sang. Le chant, très crié et émotionnel, contraste avec la voix douce de la bassiste, ajoutant une tension qui m’a rappelé Everything and Nothing de Soft Play.
Aucun matériel officiel n’est encore sorti, mais le groupe a récemment enregistré au Holy Mountain Studio à Montréal. Sur scène, leur son se situe entre Unwound, Television et Sonic Youth, mais poussé vers quelque chose de plus tendu et tranchant, porté par une urgence constante.
Penny & The Pits
C’était le seul nom que je ne reconnaissais pas sur l’affiche. Rapidement, j’ai compris que la chanteuse principale joue également dans MotherhoodLe groupe vient des Maritimes, et il s’agissait de leurs premières dates montréalaises sous ce projet. Quelle meilleure soirée pour un premier spectacle en ville ?
J’ai été frappé par la diversité de leur approche musicale : parfois deux guitares, parfois une seule accompagnée d’un synthétiseur. Le groupe alterne des morceaux nerveux post-punk ou garage punk et des pièces plus longues basées sur des notes pédales, évoquant Slint. Les paroles ne sont habituellement pas mon point d’ancrage, mais ce soir-là, elles faisaient clairement référence aux injustices sociales et aux réalités vécues par les femmes, la chanteuse donnant aussi du contexte entre les morceaux.
Musicalement, j’entendais des échos de Deerhoof, Amyl and the Sniffers (qui ont d’ailleurs repris une de leurs pièces en cover), et Thee Oh Sees dans les moments les plus chaotiques. Un groupe rafraîchissant, avec lequel la salle semblait entièrement connectée.
Last Waltzon
En tête d’affiche, Last Waltzon débarque sur scène avec chaos et assurance, clairement pas leur premier rodéo. Chaque morceau donne l’impression qu’il faut l’attraper au vol : aucun temps mort, on enchaîne sans détour. Les deux guitaristes se partagent les voix, accentuant le caractère brut et viscéral de la performance.
Une urgence palpable, presque fébrile, traverse l’ensemble du set. Pourtant, à travers le déluge sonore, des lignes mélodiques et des rythmes cycliques ramènent constamment l’auditeur vers quelque chose de familier. Cette tension m’a rappelé le deuxième album plus punk de Brian Eno, Taking Tiger Mountain (By Strategy), où la répétition et l’expérimentation servent autant l’énergie que la structure. Le chaos est maîtrisé, tendu, redoutablement efficace. Dans la salle, chaque note résonne jusque dans les chairs : on est happé, secoué, entièrement captivé. Last Waltzon impose une énergie furieuse mais concentrée, poussée jusqu’au point de rupture sans jamais perdre le contrôle.
Cette soirée m’a ramené aux premières éditions du festival. Une salle entièrement captive, happée par le noise rock et le post-punk livré sans compromis par chaque groupe. J’ai quitté la salle avec les tympans bourdonnants, le corps encore secoué par l’énergie brute des groupes, et l’impression que chaque riff et chaque rythme répétitif allait me hanter longtemps, avec l’envie irrépressible de réécouter ces morceaux dès que possible.























